De Witte, Études sur les vases peints ^ P
Les vases à figures noires. i2j
duire ici la peinture, parce que la scène y est expliquée par des inscriptions ', et vous ne pourrez hésiter à reconnaître que ces deux compositions procèdent du même prototype. Dans Tune et dans l'autre, Triton a la tête, les épaules et les bras d'un homme et le corps terminé en queue de poisson. Dans Tune et dans l'autre, Héraclès a sauté sur son adversaire et l'enlace dans une étreinte que Triton cherche en vain à desserrer. Sur l'hydrie de Berlin toutefois, l'action est plus énergiquement exprimée : Triton se tord avec un mouvement plus puissant, et Héraclès, penchant la tête en avant, fait un effort plus marqué (fig. 57). Du reste, dans les deux vases, le style est large et vraiment grand.
Les exploits d'Héraclès sont d'ailleurs un des sujets favoris de cette époque, âge héroïque de la Grèce, inauguré par Marathon, Salamine et Platées, enivré d'orgueil patriotique, et animé d'une noble ardeur pour les luttes sanglantes du champ de bataille comme pour celles plus innocentes qui ajoutaient à l'éclat de toutes les fêtes religieuses. On voit encore fréquemment sur les vases de la première moitié du cinquième siècle soit Héraclès ramenant Cerbère, soit la lutte du héros contre le lion de Némée, ou sa dispute avec Apollon pour la possession du trépied delphique , ou son combat contre l'Amazone. Fréquemment encore les sujets des peintures sont choisis dans la légende de Thésée, cet Héraclès athénien, ou bien parmi les innombrables combats racontés dans les poèmes du cycle troyen; tandis que, sur les vases de petite dimension, ce sont des épisodes de la vie du gymnase, des lutteurs, des pugilistes ou des pancratiastes, des pentathles lançant le javelot ou le disque, ou sautant avec des haltères. A côté de ces peintures héroïques, le culte de Dionysos fournit de nombreux motifs pour la décoration des cratères, des canthares et des œnochoés. A mesure que l'on descend le cours du temps, ce second ordre de sujets prend peu à peu la prépondérance : il finit par supplanter complètement les scènes d'une nature plus grave.
I. Gerhard, Etruskische und kampanische VasenbUder, pi. 16, n» 5.
Les vases à figures noires.
Il est impossible de dire à quelle époque la peinture à figures noires disparut complètement; le grand nombre de vases d'un faire tout à fait lâché qui sont parvenus jusqu'à nous montre que, par un phénomène dont nous avons déjà vu et dont nous verrons encore des exemples, elle s'éternisa, elle se survécut à elle-même. Quoiqu'un procédé bien supérieur, trouvé au milieu du cinquième siècle, ait revendiqué pour lui la décoration des plus beaux vases, il ne parvint pas à enlever complètement les poteries communes au procédé antérieur, moins coûteux et plus à la portée d'ouvriers d'une adresse médiocre. Pendant toute la fin du cinquième siècle et toute la durée du quatrième, on employa encore fréquemment les figures noires dans la décoration courante; l'usage, ainsi que nous allons le voir, s'en conserva même plus longtemps encore, jusqu'à la fin du troisième siècle, pour certains vases à destination religieuse, et dont le caractère sacré imposait le respect de la tradition.
Fig. S9- — Slidiodromei. — Revers d'une amphore ptnelhenilque