‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 45 sur 187 · I. Monumenti, i855, pi · texte numérisé non relu

I. Monumenti, i855, pi

Les vases à figures rouges. Euplironios. ijj

du secours qui faisait sa force, et l'étouffer dans une dernière

étreinte.

Le corps d'Héraclès et celui d'Antée donnent, malgré la

complication du mouvement, deux lignes droites très obliques

par rapport à la ligne du sol et qui forment avec celle-ci un

triangle isocèle très bas et très allongé, semblable à celui que donne

le groupe des figures décorant le fronton d'un temple. Tous les

détails du modelé des bras et des jambes, toute la division de la

poitrine et du torse en méplats bien distincts, sont rendus avec

la science anatomique la plus exacte. A gauche et à droite de

cette partie, d'un aspect si frappant de décoration architecturale,

les vides du champ sont remplis de figures ou d'objets d'intérêt

médiocre et qui ne jouent que le rôle de simples accessoires:

ainsi, à gauche, sont la peau du lion et la massue d'Héraclès, et

de plus une femme qui étend le bras d'un air suppliant; adroite,

deux autres femmes s'enfuient avec des gestes de terreur et de

désespoir.

Au-dessus des deux lutteurs est l'inscription :

EV©POf/IO$ EAPA05E

Il resterait à parler ici d'une autre coupe qui porte le nom d'Euphronios et dont les peintures, faites en plusieurs couleurs, se détachent sur un fonds d'un blanc crémeux. Mais comme cette cylix se range, par le procédé technique suivant lequel elle a été faite, dans un groupe de poteries auquel un chapitre entier sera consacré, il semble préférable de ne faire pour le moment qu'en noter l'existence et d'en différer l'étude.

La collection du roi Louis^ au rez-de-chaussée de la vieille Pinacothèque, à Munich, possède une grande et belle coupe,

i'j4 ^^^ vases à figures rouges, Euplwonios.

trouvée dans les fouilles du prince de Canino, et sur laquelle le nom d'Euphronios est associé à celui d'un autre artiste, Chachrylion. On lit, en efifet, sur le pied :

+A+PVHON' EPOIEîEf/ EV(DPOf/IOÎ EAPA(D5EA^

Chachrylion a fait. Euphronios a peint*.

A rintérieur, au centre, est un jeune cavalier. A Textérieur, les peintures des deux côtés ont trait au* mythe d'Héraclès et de Géryon : sur Tune, Héraclès, après avoir tué le chien à deux têtes Orthros et le berger Eurytion, combat, en présence de sa protectrice Athéna, le géant au triple corps Géryon, maître de Tîle d'Érythie. Sur l'autre, quatre des compagnons du héros grec emmènent le troupeau de vaches pour la conquête duquel l'expédition avait été faite : expédition sous les épisodes légendaires de laquelle se cache un mythe purement astronomique, car Héraclès n'est autre chose que le soleil dans son plein, qui poursuit jusque dans le pays rouge^ c'est-à-dire jusque dans les profondeurs du couchant empourpré, ce que le Zend-Avesta appelle pareillement les vaches, c'est-à-dire les étoiles, et les ramène par le pays noir et mystérieux de Libye, c'est-à-dire par-dessous la terre, au point où elles doivent reparaître le soir du jour suivant.

Le style de ces peintures est fort beau; c'est la même simplicité d'arrangement, la même dignité des lignes, le même sentiment de la vie que dans les coupes signées d'Euphronios seul. Et c'est en effet à Euphronios, d'après le texte même de la signature, qu'appartient le mérite de cette composition. Chachrylion ne revendique pour lui que l'exécution matérielle • de l'œuvre commune, la fabrication et la cuisson de la coupe.

Ce n'est pas que Chachrylion ne fût également un peintre*.

1. De Witte. NouveUes annales, publiées par la section française de VInstitut archéologique, i838, t. II, p. 107. — .Monuments publiés, etc., pi, x6 et 17. — O. Jahn, Vasensammlung K. Ludwigs, n« 337.

2. Klein, Die griechischen Vasen mit Meistersignaturen, p. 124. — Georg Loeschcke, Uber die Lebens^eit des Vasenmalers Chachrylion, dans Helbig, Die Italiker in der Poebene, p. i25 à i3o.

Les vases à figures rouges. Euphronios. ijS

Son nom figure seul sur un plat et sur treize coupes. La plupart de ces vases sont d'importance beaucoup moindre que la coupe d'Héraclès et de Géryon. Les coupes n'ont en général qu'un sujet peint à l'intérieur, sujet qui ne met en scène qu'un petit nombre de personnages, et très souvent qu'un seul. Le British Muséum en

possède cependant une dont la dimension est plus grande et la décoration plus .riche'. Deux peintures ornent l'extérieur. Sur l'une, Thésée emmène, sur un char à quatre chevaux, Ântiopeia, la reine des Amazones, qu'il soutient du bras gauche. La jeune femme, vêtue du costume oriental, avec la mitre et les anaxyrides, se détourne chastement de lui et regarde en arrière, comme

t. Hawkine, Catalogue c/ the greek and elrusean Vases in Ihe British Muséum,

ijô Les vases à figures rouges. Euphronios.

pour dire un dernier adieu au pays loin duquel on Tentraîne. Derrière le char de Thésée marchent son inséparable compagnon Peirithoos et son ami Phorbas. Sur Tautre peinture sont les adieux des Dioscures à Tyndare et à Léda. L'ensemble de cette décoration est faite d'une main très habile; Tenlèvement d'Antiope surtout est un chef-d'œuvre de délicatesse.

Ma modeste collection d'antiques contient une coupe de Chachrylion de dimensions moyennes, n'ayant de sujet peint qu'à l'intérieur; encore ce sujet se réduit- il à un seul personnage ' : un homme nu, le casque sur la tête, aux jambes les cnémides, une lance dans la main droite, et au bras gauche un bouclier échancré à droite, de manière à laisser au maniement de la lance plus de liberté. Cette coupe a le même caractère artistique que les autres vases de Chachrylion : le dessin y est, comme toujours, d'une élégance un peu maigre, et, dans la figure, comme dans toutes celles qu'il a peintes, l'étroitesse des hanches, le développement de la musculature des bras et des jambes, rappellent les traditions archaïques et forment avec la liberté des poses et la souplesse des mouvements le même contraste que dans les compositions d'Euphronios ; Chachrylion, ici comme ailleurs, se montre élève docile de ce maître.

Deux détails donnent un intérêt particulier à cette petite coupe. D'abord, tandis que toutes les autres œuvres de Chachrylion proviennent d'Italie, et presque exclusivement de la région de Vulci, celle-ci a été trouvée en Grèce même, à Velanidèza, sur la côte nord de l'Attique. Elle est seule restée près de la cité dans les ateliers de laquelle ejle avait été. faite. Ensuite, brisée en plusieurs fragments sur le bûcher du mort, elle a été recollée, sans que la peinture ait subi aucune de ces retouches dont les restaurateurs italiens sont si prodigues. Grâce à cette intégrité parfaite, on peut y constater un détail presque toujours invisible sur les vases venus d'Italie : les traces de l'esquisse faite

I. BuUetin de la Société nationale des antiquaires de France, 1878, p. 47.

Les vases à figures rouges. Euphronios. 777

par Tartiste. Chachrylion a cherché son personnage sur la coupe même, simplement dégourdie et encore un peu molle : le crayon dont il se servait, en même temps qu'il traçait des traits, écrasait légèrement la terre à peine séchée, et la brunissait en quelque sorte sur son passage : de là des lignes brillantes que Ton distingue en éclairant la peinture à jour frisant, et que Ton s'est efforcé d'indiquer au moyen d'un pointillé dans le dessin à la plume ici inséré. Il est donc évident que Chachrylion ne copiait pas un modèle : il improvisait, il inventait ses sujets sur les vases mêmes qu'il avait à décorer; il est, de plus, intéressant de noter que, dans les tâtonnements successifs de l'ébauche, et, plus tard, dans le tracé définitif à la couleur noire, il a constamment engraissé les contours et assoupli les lignes; il y a là un curieux effort pour corriger un défaut naturel de « voir maigre » dont il se rendait parfaitement compte.

Les autres coupes de Chachrylion ont, comme celle-ci, des sujets très simples, souvent des sujets bachiques ou des épisodes de banquets : un Silène portant un canthare sur son dos, un danseur jouant des crotales. Le dessin a toujours la même finesse de trait, la même élégance, bien près parfois de devenir mesquine. Chachrylion, quand il travaille seul, semble procéder du sculpteur Calamis, comme Euphronios procédait des artistes à tempérament plus vigoureux, les Critios et les Myron. Sauf cette nuance, il y a certainement entre ces deux hommes une étroite parenté.

C'est encore à cette même école, à l'école purement attique par les goûts et par les procédés, qu'appartiennent Hischylos et Epictétos. Hischylos a signé six coupes, sur une desquelles son nom figure seul, tandis que sur les cinq autres il est associé à celui d'un autre artiste; trois fois on trouve la double signature : Epictétos a peint, Hischylos a fait. De ces coupes, tant de celles qu'il a faites en collaboration que de celles qu'il a faites seul, plusieurs réunissent les deux systèmes de décoration à figures

1^8 Les vases à figures rouges. Euphronios.

rouges et à figures noires. Ce sont d'ailleurs des œuvres d'intérêt médiocre; les sujets sont sans importance, et dans la manière de les traiter rien ne dépasse ce qu'on peut attendre d'un bon ouvrier.

Épictétos mérite de fixer un peu plus longtemps notre attention : non qu'il soit, pour le talent de peintre, notablement supérieur à Hischylos, mais parce que nous avons de lui un beaucoup plus grand nombre d'œuvres. Il n'y a pas moins de vingt-sept pièces qui portent son nom suivi du mot eypaipev, qui, par une singulière bizarrerie d'orthographe, est écrit plusieurs fois eypaaçev. Sur ce nombre de vases, il y a dix plats et une douzaine de coupes. Plusieurs de ces coupes, notamment deux sur les trois faites en collaboration avec Hischylos, portent des peintures des deux systèmes. Quelques-unes des coupes et tous les plats n'ont de sujet peint qu'à l'intérieur, et le sujet est le plus souvent d'intérêt fort médiocre : des Dionysos, des Satyres, des Ménades, du des scènes de banquet, ou Wen encore une Amazone ou un archer Scythe. Le dessin est soigné, moins fin toutefois que dans les vases de Chachrylion, et souvent il paraît plus raide, plus gauche. Il y a d'ailleurs à cet égard, dans les produits des mains d'Epictétos, une certaine variété. La période pendant laquelle il a travaillé a pu être longue, et peut-être y avait-il en lui une certaine insouciance du beau qui le rendait plus docile à l'influence de ses émules et aux caprices de la mode.

L'inconstance du style et un certain abandon paresseux sont également les caractères des œuvres de Doris. Nous avons de cet artiste vingt et une coupes et deux vases, toutes ces pièces^ sauf une seule, signées Aopiç eypaçaev. L'une des coupes, de beaucoup la plus belle, est aujourd'hui au musée du Louvre'. A l'extérieur sont peints deux combats, celui de Ménélas contre Alexandre, celui d'Ajax contre Hector. A l'intérieur est représenté Héos tenant entre ses bras le cadavre de Memnon. C'est une peinture austère,

1. Frœhncr, Choix de vases grecs, pi. 2, 4. — Musées de France, pi. 10.

Les vases à figures rouges. Euphronios.

d'une rigidité toute archaïque, d'un caractère brutat et d'une expression tragique vraiment saisissante. Dans le champ est la double signature « Doris a peint, Caliadès a fait ' ». A voir cette coupe, on la croirait des plus anciennes parmi tes poteries à figures rouges. Deux autres qui, si l'on classait par ordre de mérite les coupes de Doris, viendraient immédiatement après celle-là, sont d'un faire beaucoup plus assoupli et ont l'aspect d'œuvres posté-

Flg. ;î. — InWrieur d'icole.

Peinture d'une coupe de Dorii. ( Maife de Berlin.)

rieures à la précédente. Sur celle de ces coupes trouvée A Cœré et possédée par le musée de Berlin, la décoration extérieure représente une série de scènes se rapportant à l'instruction des jeunes gens : nous voyons chaque fois un enfant ou un Jeune homme, debout (un seul est assis) devant un maître qui lui apprend soît h jouer de la lyre ou de la double flûte, soit à écrire ou h chanter. L'un de ces maîtres déroule même devant son disciple un rouleau de papyrus sur lequel on lit des essais de vers, imitation oii réminiscence peu exacte de quelque début de poème '. Sur celle du

I . J'avoue que le nom de Catiadès m'inspire de grandes craintes. Mais je n'ai pu examiner la coupe d'assez prÈs pour uvoir à ce sujet une conviction tout à faii établie. 1. Miehaelis, Arch. Zeit., 1873, p. 1 et pi. :.

Les vases à Jigtires rouges. Euphronios.

British Muséum, les scènes sont toutes empruntées au mythe de Thésée : à l'intérieur, le héros, vêtu en éphèbe, le corps couvert d'une simple tunique et le pétasos attaché sur le dos, va percer de son épée le Minotaure. A l'estérieur, deux groupes de chaque côté : sur une face, Thésée aux prises avec Sinis et avec la laie de Crommyon, sur l'autre le héros athénien jetant Skiron à la mer et luttant avec Cercyon '. Dans' toutes ces peintures, et surtout dans la dernière, Doris rachète un peu de négligence et de pré* , cipitation dans le dessin par un sentiment vraiment attique de la grâce des mouvements er de l'élégance des formes.

. Gerhard, AuserUiene VatenbUder, t. III, pi. 134.

Fig. 73. — Œdipe Cl le Sphini.

C)lïi du Musée grigorien au Vati

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