‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 55 sur 187 · A rchœologische Zeitung, 1880, pi · texte numérisé non relu

A rchœologische Zeitung, 1880, pi

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doré et à reflet brillant; en même temps les scènes de la vie ordinaire font place aux sujets funéraires, traités souvent avec une grande négligence '. Peu à peu, l'emploi du vernis noir ou jaune, délayé ou non, est abandonné, et les peintres usent d'une couleur mate, rouge, brun rouge, quelquefois gris sombre; la polychromie devient plus riche, plus variée, le style gagne en finesse; c'est à cette période qu'appartiennent les beaux lécythes du quatrième siècle. Notre planche XI reproduit un spécimen de cette technique : c'est un lécythe polychrome trouvé au Pirée et appartenant au musée du Louvre. Suivant une habitude qui devient alors constante, la couverte blanche monte jusqu'à l'épaule du vase, décorée de palmettes, et une grecque noire cerne la partie supérieure de la panse. Les figures, tracées au trait rouge, sont rehaussées par une polychromie très discrète, consistant en de larges touches rouges ou bleues posées avec un pinceau fortement appuyé. Le goût public finit-il par se lasser de ce style d'une élégance si simple? On serait tenté de le croire en voyant les peintres de lécythes se hausser jusqu'à des ambitions plus grandes et essayer de véritables imitations de la peinture murale telle que nous la connaissons par les fresques de la Campanie. Le musée de Berlin possède deux grands lécythes, trouvés dans la région de l'ancien dème d'Alopèce, et qui sont entièrement revêtus d'un enduit blanc ^. Le peintre a recouvert d'un ton brun rouge ou jaunâtre les parties nues des personnages, et, usant d'un procédé tout nouveau dans la céramique, il les a modelées à l'aide de hachures plus sombres. Cette particularité, jointe à la médiocrité du style, nous avertit que nous touchons déjà à une basse époque : les deux lécythes de Berlin représentent la dernière période de la fabrication.

Quelles que soient d'ailleurs les variétés du style, les peintures

1. Voir par exemple Benndorf, Griechische und sicilische Vasenbilder, pi. XXIV.

2. Furtwaengler, Beschreibung der Vasensammîung im Antiquarium, n«» 2681,

LECYTHOS POLYCHROME

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des lécythes attiques ont un caractère commun qui en fait Toriginalité. Sauf un nombre relativement restreint de vases où les sujets sont empruntés à la vie quotidienne ou à la mythologie, les scènes qui les décorent sont en relation directe avec le rituel funéraire des Athéniens, avec le culte des morts; elles reflètent les croyances qui avaient cours sur le mystérieux voyage accompli par le mort dans les régions d'outre-tombe. A ce titre, elles comptent parmi les documents les plus précieux qui puissent nous révéler quelle idée l'Athénien se faisait de la mort, quelles émotions elle éveillait en lui, quelle destinée il croyait réservée à ceux qui, suivant l'énergique expression homérique, avaient souffert, c'est-à-dire vécu (ol xapvTeç).

Sur tous ces graves problèmes, la religion officielle, on le sait, restait muette. Si la philosophie offrait à quelques esprits d'élite des doctrines consolantes, et si les mystères d'Eleusis provoquaient dans les âmes des espérances mystiques, la masse du peuple vivait sur des croyances traditionnelles, dont le fond n'avait guère changé depuis Homère. Que la foi dans l'immortalité de l'âme fût un des traits essentiels de cette doctrine populaire, cela n'est pas douteux : les inscriptions funéraires en témoignent formellement. « L'éther a reçu les âmes, et la terre le corps de ces hommes, » dit l'inscription gravée sur le cénotaphe des Athéniens tués en 482 devant Potidée K Personne n'hésitait à croire que l'âme s'échappait du cadavre pour lui survivre. Mais si l'on acceptait sans peine les légendes de THadès, Charon et sa barque et la traversée de l'Achéron par les ombres, la conscience populaire se refusait à penser que tout fût fini pour le corps enseveli sous le tertre du tombeau. Pour l'Athénien, le mort vivait encore d'une existence souterraine, obscure, mal définie. Entretenir cette ombre de vie, la rendre aussi agréable que possible pour le défunt, c'était là la principale préoccupation; elle créait aux sur-

I. Hicks et Newton, Ancient greek inscriptions in the British Muséum, part. I, Attica, XXXVII.

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vivants d'impérieux devoirs '. C'est cette conception de la vie future qui inspire les peintures des lécythes attiques; les potiers du Céramique la partagent avec leurs plus humbles clients, et sans se soucier d'une philosophie dont les hautes spéculations leur restent étrangères, ils traduisent à leur manière des croyances profondément enracinées dans Tâme de la foule.

L'image de la mort dans toute sa réalité, Tensevelissement, la descente dans l'Hadès, les rites accomplis autour du tombeau, tels sont les principaux thèmes dont s'inspirent les peintres. Neuf lécythes blancs, jusqu'ici, montrent la scène de l'exposition du mort. Au point de vue de la composition, ces tableaux ne diffèrent pas sensiblement des plaques peintes athéniennes du cinquième siècle; rien n'est changé, en effet, ni dans les prescriptions légales, ni dans les usages. Ce sont encore des femmes qui, sur un beau lécythe polychrome du musée de l'Art et de l'Industrie à Vienne, entourent le lit funèbre^. L'une d'elles, vêtue d'un chiton vert clair et d'un himation brun foncé, fait des gestes de désolation auxquels s'associe une de ses compagnes; une troisième tient un éventail, pour défendre contre les mouches le cadavre de la morte, une jeune femme aux traits délicats, dont la poitrine ornée d'un collier est un peu découverte et dont le corps est caché sous une couverture verdâtre. Il faut seulement noter ici un détail nouveau. Dans le champ du vase, trois petites figures ailées, très fluettes, dessinées en quelques coups de pinceau à l'aide de touches brunes, voltigent autour du lit et semblent ramener une de leurs mains vers leur visage avec un geste de douleur. On a pu discuter sur le sens de ces figures; mais l'interprétation la plus simple, et aussi la plus généralement adoptée, c'est que les peintres figurent ainsi l'ei^w^ov du mort, c'est-à-dire l'image d'une chose impalpable, du souffle de la vie qui s'exhale des lèvres du mourant. Sans trop se préoccuper du nombre de

1. Voir E. Pottier, Étude sur les lécythes blancs attiques, p. 80-87.

2. Benndorf, Griechische und sicilische Vasenbilder, pi. XXXIII.

Les vases à fond blanc.

ces figures, les peintres les multiplient parfois dans le champ des vases, alors même que la logique n'en exigerait qu'une seule, comme dans la scène du lécythe de Vienne. Maïs pourquoi chercher ici une rigueur qui n'est nullement dans l'esprit de ces peintures rapidement enlevées par un pinceau souvent hâtif?

Cependant le jour des funérailles est venu, et le cortège

Fjg. 8S. — Hypnos ci Tbanatoa ddpauat au tombcta 1c corps d'une jeune fcrame. (Mu>«c de 1* Société archtologique d'Atbèncs.)

funèbre s'achemine vers ta nécropole. La scène de la déposition au tombeau âgure sur un petit nombre de lécythes, cinq au plus; mais dans le nombre est un pur chef-d'œuvre : à savoir, l'admirable lécythe du musée de la Société archéologique d'Athènes, dont nous donnons le dessin ■. Au pied d'une stèle élégante, couronnée de feuilles d'acanthe, deux génies ailés vont déposer dans la fosse ouverte le corps d'une jeune femme. Le plus jeune, imberbe, soutient les jambes de la morte : c'est le Sommeil, Hypnos, celui que, par une poétique conception, les poèmes homé-

I, Dumont et Chsplain, les Céramiques de la Grèce propre, pi, XXVII-XXVIII.

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riques appellent le frère de la mort [zacfTTiç ôwwMft*. L'autre^ plus âgé et barbu, est Thanatos, le génie de la mort, fils de la Nuit, comme son frère cadet '. Dans Hésiode, il a « une âme de fer et un cœur d'airain », et sur les plus anciens rases Tépée qu'il porte au coté est le signe de son redoutable ministère. I^Iais ici il a dépouillé tout caractère lugubre. Voyez arec quelles précautions délicates, avec quelle pieuse sollicitude les deux génies portent leur fardeau, avec quel soin ils le soutiennent pour le déposer doucement au pied de la stèle. Aussi bien ce n*est pas un corps rigide et inerte que tiennent Hypnos et Thanatos : la jeune femme semble vivante. Pensive et recueillie, le regard rêveur, elle s'abandonne avec une grâce pudique et chaste aux mains des deux porteurs; les lignes de son corps ont toute la souplesse de la vie. L'artiste a écarté tout ce qui aurait pu accuser brutalement l'horreur de la mort, et Téphèbe qui, debout près de la stèle, abaisse son regard vers la morte, semble assister à quelque vision idéale plutôt qu*à une scène de deuil.

Les léc3rthes oii est figurée la descente aux enfers ont surtout l'intérêt de nous montrer quelle place tenait, dans les croyances populaires, la légende du nocher funèbre et du passage de l'Achéron dans la barque de Charon. Une vingtaine de lécythes montrent Charon debout à l'avant de sa barque, coiffé le plus souvent d'un bonnet à bords retroussés, et prêt à passer les ombres qui l'attendent sur le rivage^. Quelquefois le peintre a curieusement combiné des motifs empruntés aux différentes scènes qui constituent son répertoire. Ainsi, sur quelques lécythes, la barque de Charon arrive presqu'au pied de la stèle sur les degrés de laquelle le mort est assis; la séparation va avoir lieu sous les yeux des vivants qui apportent l'offrande au tombeau. Un lécythe du musée de Berlin nous offre un exemple digne d'attention, et

1. Voir sur Hypnos, Winnefeld, Hypnos, eiu archœologiscïicr Versuch, 1886, — sur ThanatoSy C. Robert, Thanatos, programm :[um Winckelmannsfest, Berlin 1874.

2. Voir E. Pottier, Études sur les lécythes blancs attiques, chap. m, p. 34- 5o.

Les vases à fond blanc.

unique jusqu'ici, de ces combinaisons'. La barque de Charon, à demi cachée par des roseaux, accoste au pied d'une stèle; devant le monument se tient debout une jeune femme, tenant une corbeille remplie de pommes de grenade. L'offrande était sans doute réservée à la morte, qui s'avance derrière sa compagne, vêtue d'un manteau constellé de guirlandes de lierre ; mais l'heure de la séparation est venue, et c'est Charon qui s'empare du contenu de

la corbeille. Le peintre a mêlé ainsi deux sujets habituellement distincts : la barque infernale et l'offrande au mort, qui occupe une très large place parmi les différents épisodes du culte du tombeau.

La religion des morts avait, chez les Athéniens, une trop grande importance pour que l'usage, d'accord avec le sentiment, ne fît pas aux survivants une loi de venir, à des époques fixées, déposer sur la tombe des offrandes, honorer le défunt, lui adresser jusque dans son tombeau des paroles de respect et d'affection. Soit pendant la période de deuil (ri TfÎTot, Ti e'vxtoi), qui durait

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