Cf. G. Perrot, Revue historique, t. IV
2. Voir le décret des Athéniens en Phonneur des fils de Leucon : Hicks, Manual of greek historical inscriptions, n* i3i.
et les vases en forme de figurines. 263
toirs à Panticapée, plus d'un maître potier fut-îl tenté de transporter ses ateliers au centre même de ce marché si productif. Tel est sans doute le cas de l'artiste qui a signé l'admirable aryballe du musée de l'Ermitage, trouvé dans un tombeau de Kertch, que nos figures loo et loi reproduisent sous deux aspects différents '. Autour de la gorge du vase court une inscription en relief et en lettres dorées, donnant la signature de l'artiste : « Xénophantos, Athénien, a fait ».
ZENOOANTOZ EPOIEZEN AHON
SevoçovToç iiToiifiaev *AÔî)v(aîoç).
Or, d'habitude, les peintres de vases n'indiquent pas le nom de leur patrie. Si Xénophantos a dérogé à l'usage, n'était-ce pas parce qu'il s'était établi dans le Pont? Et cette mention de sa qualité d'Athénien n'avait-elle pas pour objet de rehausser, aux yeux de ses clients, la valeur des produits de son atelier?
Pour la forme, et pour le style de la partie du décor qui est peinte, l'aryballe de Kertch est de la même famille que les vases à dorures étudiés dans le précédent chapitre; mais il montre l'application d'un procédé que nous n'avons pas encore rencontré jusqu'ici, à savoir l'emploi de figures en relief, modelées à part, et se détachant comme une frise sur les parois du vase. La décoration de l'aryballe de Xénophantos comporte deux frises de cette nature. L'une d'elles, la moins importante, est placée à la gorge du vase, et représente, répété trois fois, un groupe composé de Niké conduisant son char et d'un héros tirant de l'arc; dans les intervalles sont figurés Athéna combattant contre un Géant, et deux héros luttant contre un Centaure. C'est sur l'autre frise, celle de la panse, que l'artiste a reporté tout l'effort de son invention. Le champ du tableau fst partagé verticalement par deux hautes colonnes, peintes en blanc, surmontées de trépieds dorés, et ornées
I. Antiquités du Bosphore Cimmérien, pi. XLV-XLVI. — Compte rendu de la com* mission arch. de Saint-Pétersbourg pour i866, pi. IV et p. 144.
364 Les vases ornés de reliefs
de larges feuilles épanouies qui leur donnent l'aspect de plantes arborescentes; au milieu est un palmier, et de chaque côté on voit des pousses de laurier avec des baies dorées. Des scènes de chasse forment le sujet de la composition, qui se divise en groupes de deux ou trois personnages, tous revêtus du costume asiatique, mitre, tunique et anaxyrides. Au centre, et dans la partie supérieure, un cavalier désigné par le nom de Darius (ioPEIOï) s'apprête à frapper un animal renversé sous les pieds de son cheval, et dont il ne reste plus que la silhouette.
Au-dessous, un autre Asiatique, Abrokomas, monté sur un char, attaque un sanglier à coups d'épieu.
Dans la partie gauche du registre supérieur, un chasseur, Cyros, donne des ordres à un valet qui retient à grand'peine un énorme Fig. 100. - Arïb,ii, ù r«nrf. tro»vé » K«>ch. chien, impatient d'échap-
(Mn««< de rErniil«g«, i Silni-Pttcrabourg.)
per à la laisse, et que suit un personnage armé d'une bipenne, ce dernier simplement exécuté suivant les procédés habituels de la peinture rouge. A droite, un des compagnons de Darius portant un nom grec, Euryalos, secondé par Klytios, va donner le coup mortel à un sanglier coiffé par un chien.
D'autres scènes de chasse se mêlent à celles-ci; mais cette fois les chasseurs sont aux prises avec des animaux fantastiques, avec
et les vases en forme de figurines.
des griffons ailés à corps de lion. L'un d'eux, Artamîs, brandit sa bipenne pour frapper un des monstres dont la tête est celle d'un aigle; d'autre part Seisamès et un de ses compagnons, tous deux en costume oriental, ont pour adversaire un griffon à tête de lion muni de cornes dorées. On n'a aucune peine à reconnaître les habitants légendaires des régions hyperboréennes, les Arimaspes, combattant contre leurs ennemis habituels, les griffons , gardiens jaloux de l'or des monts Riphées. La présence de ces deux scènes, empruntées à la légende, exclut, pour les précédentes, toute interprétation historique. A coup sûr il serait tentant de reconnaître, avec le duc de Luynes, le fils d'Artaxercès Mnémon dans le Darius du vase de Kertch ■. Mais Xénophantos a-t-il eu l'ambition de s'inspirer de l'histoire î II a f«- '"■ - '^^ï"'"' » ""^f »""* * ''"'f "
*^ (Matée it rErmll»ge, i S»lnt-P*i*rsboQrg.)
simplement combiné deux
sujets, la légende des Arimaspes et une chasse orientale, motit que les broderies des tapis perses avaient depuis longtemps rendu familier aux Grecs; en désignant les chasseurs par les noms de Perses célèbres, il n'a pas eu d'autre objet que de prêter plus d'intérêt à la scène.
L'afyballe de Kertch, qu'on peut dater du milieu du quatrième
1 . Duc de Luynes, Bulletin archéologique de l'A thenteum français, i85ô, p. 1 7.
246 Les vases à figures rouges du quatrième siècle.
Comme dans Taryballe de Gumes, dont le vase de Trachonès se rapproche beaucoup pour le style, les figures sont disposées sur plusieurs plans; mais ici c'est une scène riante que le peintre a représentée. Assis sur un tertre fleuri, Dionysos assiste aux danses des nymphes qui forment son cortège habituel. L'attention du dieu et de ses compagnons se concentre sur une figure qui occupe le milieu de la composition. Phanopé, Tune des nymphes, danse au son du tympanon dont joue une de ses compagnes, Périklyméné. Debout sur la pointe des pieds, les bras étendus, le buste cambré, Phanopé se livre à une de ces danses dont la tradition n'est pas encore perdue en Orient, et qui consiste en mouvements vifs et rapides, exécutés presque sans changer de place. Si peu violente qu'elle paraisse, cette danse n'en provoque pas moins une certaine ivresse : témoin cette autre nymphe, Naïa, qui, tout étourdie et défaillante, a laissé échapper son thyrse et tomberait privée de sentiment si Nymphe ne la retenait dans ses bras. A droite et à gauche sont répartis, dans des attitudes pleines d'une grâce nonchalante, les spectateurs de la scène. Derrière Dionysos c'est Komos, un Silène au nez camard; puis Ghoro, une nymphe, étendue au milieu des fleurs, les bras repliés sous sa tête; enfin Kalé, accoudée sur un rocher et regardant la danseuse avec une attention naïve. De l'autre côté, Makaria, Anthé et Silène sont groupés avec un art infini, et, un peu à l'écart, Khrysis, tenant à la main une double flûte, converse gravement avec Kisso, qui l'écoute dans une attitude pensive. Toute la scène est conçue avec un goût parfait, et l'esprit, la verve aisée et gracieuse dont le céramiste a fait preuve, n'ont d'égal que la merveilleuse délicatesse du style. Ajoutez que des touches discrètes de dorure, posées sur les bracelets, les boucles d'oreilles et les couronnes des personnages, rehaussent çà et là le dessin au trait et font encore valoir le beau ton rouge de la terre. Avec l'aryballe de
de la Grèce propre, pi. XII, XIII. Une reproduction en couleurs a été donnée par M. Furtwaengler, Collection Sabouroff, pi. LV.
268 Les vases ornés de reliefs
animaux, grififons, lions et panthères. Sur la gorge se développe une composition également en reliefi qui comprend dix figures, et dont le sujet est emprunté aux mythes éleusiniens. Aucune inscription n'accompagne les personnages, mais on reconnaît facilement au centre le groupe des deux divinités éleusiniennes : Déméter assise sur un rocher carré qui figure la pierre triste (dey^XflWToç iwTpa) d'Eleusis, et près d'elle Coré debout, les cheveux flottants, et tenant une torche. Entre les deux déesses est placé un petit autel allumé, au-dessus duquel se croisent deux bâtons ornés de feuillages (^x^i) comme en portaient les initiés. A droite de ce groupe figurent quatre personnages; d'abord un homme jeune et imberbe portant deux ^x^S ^^ tenant le petit cochon de lait (opOayopKjxoç) destiné au sacrifice : on y a reconnu tantôt Kéléos, le père de Triptolème, tantôt le héros Eubouleus; peutêtre est-ce simplement un sacrificateur. Plus loin Athéna assise, armée de la lance, puis Hécate tenant deux longues torches, enfin Aphrodite assise, un sceptre fleuronné à la main, le voile ramené sur la tête. A gauche de Déméter, c'est d'abord lacchos en costume féminin, appuyé contre un haut trépied, et s'entretenant avec Triptolème, assis sur son char ailé attelé de deux serpents; à gauche encore, un personnage tenant une torche, peut-être un dadouque, et près de lui Rhéa, la tête surmontée d'un calathos richement orné de perles. Bien qu'on ne puisse pas attribuer à l'hydrie de Cumes une date plus ancienne que le dernier quart du quatrième siècle, elle n'en occupe pas moins une place d'honneur dans la série des vases à reliefs. Nulle part on ne retrouve au même degré cette touche libre et souple, et cette étonnante finesse de modelé qui apparaît sous la dorure.
Faut-il faire honneur à la fabrication attique de cette admirable pièce, unique jusqu'ici? Le lieu de la provenance, l'imitation évidente des hydries campaniennes en bronze, fournissent de sérieux arguments pour l'attribuer au contraire à un atelier de Cumes. On sait d'ailleurs combien cette technique était familière aux potiers
et les vases en forme de figurines, 26g
campaniens. Une superbe série de vases noirs côtelés ou lisses, rehaussés de dorures, que possède le British Muséum, et qui proviennent de Capoue, ne laisse aucun doute sur ce point. On y retrouve les formes élégantes et fièrement découpées des vases de bronze ", et la dorure, appliquée sur de très légères saillies, y est répandue avec une richesse qui va souvent jusqu'à la profusion. Un des plus dignes d'attention est la magnifique œnochoé à panse cannelée, portant en relief une Bacchante devant un hermès de Dionysos. Ailleurs, sur un cratère à panse lisse, des guirlandes de feuillage, des ornements en forme de colliers et de pendeloques forment une décoration brillante et luxueuse qui contraste avec le goût sobre des céramiques attiques.
Au reste, les ateliers de Cumes et de Capoue n'ont pas eu le monopole de ce genre de poteries. On en trouve à Rhodes ', en Attique et dans la Cyrénaïque. C'est même de cette dernière région que provient une œnochoé appartenant à M. Carabella, et qui nous apprend quels noms les potiers grecs donnaient eux-mêmes à ce genre de vases 3. Le pied porte l'inscription suivante, gravée à la pointe : Mtxpa* Aeîa èvvevTÎxovTa. *Pa6Jci>Ta èvvevTÎxovTa. Comme l'a reconnu A. de Longpérier, c'est un mémento pour une commande de vases. Le mot ^eia désigne les vases à panse lisse, et le mot faê^wra les vases à panse côtelée.
Si la Grèce n'a fourni, comparativement à l'Italie, qu'un petit nombre de ces poteries, on est en droit de penser qu'elles étaient fabriquées à peu près partout. On peut cependant attribuer à la fabrique d'Alexandrie une classe restreinte de vases qui sont des imitations lourdes et sans grâce des céramiques à reliefs et à dorure. Le musée de la Société archéologique d'Athènes possède une amphore à anses cordées, à panse cannelée, revêtue d'un
1. Cf. l'œnochoé de bronze du Cabinet des Médailles publiée par F. Lenormant {Gas^ette archéologique, 1875, pi. 23).
2. Le musée de Berlin en possède plusieurs exemplaires provenant d'Haghios Sidéros, et qui ont fait partie de la collection Biliotti.