partie supérieure de la convexité de
la panse, deux petits cônes qui ne sont autre chose que les seins. Plus bas ils ont parfois représenté le nombril, tantôt rond et plat, tantôt divisé par des raies incisées qui simulent la cicatrice du cordon ombilical. Plus rarement, un collier autour du goulot, une bandelette ou dia\5ma en sautoir autour de la panse, complètent la décoration.
Les poteries trouvées dans l'île de Santorin (l'ancienne Théra) et dans l'îlot adjacent de Thérasia sont d'un art plus développé et d'un goût plus fin, et cependant les circonstances dans lesquelles elles ont été découvertes forcent à leur attribuer une antiquité extrêmement reculée '.
I. Fouqué, Santorin et ses éruptions. Paris, 1879. — Rappons de MM. Gorceix et Mamci sur leurs fouilles à Santorin, dans le Bulletin de l'Ecole française d'Athènes,
s Les premiers essais.
L'île de Théra était primitivement composée d'un cône volcanique adossé à une montagne calcaire : de tous côtés, à partir des bords du cratère central, les pentes descendaient régulièrement vers le rivage, dont la ligne était presque circulaire. A la suite d'une grande éruption qui couvrit toute la surface de Tîle d'une épaisse couche de cendres et de ponces, le cratère, sous lequel la projection de tant de matières avait creusé un vide immense, s'effondra tout à coup, la mer envahit la place qu'il avait occupée, et il ne resta de l'île que la moitié orientale, en forme de croissant échancré à l'Ouest, et au Nord-Ouest quelques îlots dont Thérasia est le plus grand.
11 est possible que le récit fait par Hésiode de la lutte des Dieux contre les Titans' soit inspiré d'un confus souvenir de ce prodigieux cataclysme. Certains traits de la description du poète, les secousses qui ébranlent sur leur base le ciel et les montagnes, la grêle de pierres lancée par les géants, les coups de foudre par lesquels Zeus riposte, les flammes qui sortent de la terre embrasée, le bouillonnement de la mer, peuvent difficilement avoir été inventés de toutes pièces. Mais outre qu'il n'est point certain que d'autres volcans connus des Grecs, celui de Nisyros par exemple, n'aient pas eu à l'époque historique des éruptions assez /ortes pour suggérer au poète ridée de cette peinture, cette ressouvenance, si ressouvenance il y a, est en tout cas fort vague; elle nous transporte en pleine mythologie. Si le bouleversement de Théra était postérieur à la colonisation phénicienne, laquelle est de la fin du quinzième siècle et commence l'histoire de l'île, nous en saurions assurément plus long. Et en effet M. Fouqué, d'après des considérations géologiques, fait remonter le cataclysme jusque vers 2000 ou 1800 avant notre ère.
Les travaux faits à Thérasia par MM. Christomanos, Nomikos et Alafousos, pour l'extraction de la pouzzolane, les recherches de M. Fouqué dans le même îlot et au sud de la grande île, à Acrotiri,
1870. — E. Burnouf, Mémoires sur Pautiquité : Saniorin. — Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre , I'^ part., ch. ir. — La collection considérable formée par MM. Gorceix et Mamet est à l'Ecole française d'Athènes. I. Théogonie, v. 667 à 720.
Les premiers essais.
enfin les fouilles plus étendues de MM. Gorceix et Mamet dans cette dernière localité, ont fait découvrir, sous la couche de cendre et de ponce déposée par l'éruption, plusieurs des habitations de la population primitive. Bâties en éclats de pierres empâtés dans un torchis de boue et de paille, avec de menues branches noyées dans la maçonnerie pour empêcher la dislocation des murs sous l'action des
Fig. II. — V>sei d* Thé». (Alhtncs, Hcote françaiie.)
tremblements de terre, couvertes en terrasses d'argile battue supportées par des bois de grume, soigneusement crépies à l'intérieur, ces maisons étaient beaucoup plus confortables que les masures de Hissarlik. Dans leur fuite précipitée, leurs habitants avaient tout abandonné : des armes et outils de pierre, des meules à main pour broyer le blé, un moulin à huile, une petite scie en bronze, quelques pépites d'or façonnées pour être portées en collier, enfin de nombreux vases dont quelques-uns contenaient encore des grains carbonisés, orge, seigle, lentilles, pois chiches.
Tous ces vases ont été faits dans l'île même. L'argile blanchâtre dont ils sont composés provient des environs d'Acrotiri; elle n'a point été épurée et contient des fragments d'amphibole, de pyroxène.
Les premiers essais.
de feldspath et de diverses laves qui attestent son origine. Presque toutes les pièces ont été façonnées au tour, et la régularité de leur galbe témoigne de l'adresse des potiers : néanmoins les corps étrangers mêlés à la terre ont forcé le plus souvent d'achever le tournassage par un lustrage au polissoir. On a ainsi donné à la surface un grain assez compact et assez fin. La cuisson a eu Heu à une température très basse. Les formes des vases de Théra sont plus commodes, plus élégantes aussi que celles des vases de Hissarlik. La plus originale est
Fig. 19. - Vasea de Hier*. (Alhines, Ecole fnnçilsc.)
celle d'une œnochoé oii se retrouve, mais exprimée d'une manière plus discrète, la comparaison avec le corps humain. La panse, renflée en avant comme le ventre d'une femme, est décorée à sa partie supérieure de deux petites saillies coniques qui simulent les seins; le visage et le nombril sont supprimés. Sur un vase seulement, deux petites boulettes placées sous l'embouchure représentent les yeux. Une autre forme également fréquente et curieuse est celle d'un long cornet, percé en bas d'un trou très étroit, et muni d'une petite anse : comme le kéras des temps postérieurs, ce devait être un vase à porter des santés; il fallait le vider entièrement, en appliquant les lèvres à l'orifice inférieur, avant de le reposer sur la table (fig. 1 1).
A Hissarlik, aucun vase n'était peint : des lignes sinueuses tracées avec le doigt, des stries creusées à la pointe étaient la seule décoration. Ici la peinture apparaît partout, tantôt étendue par immersion du vase dans la couleur délayée, tantôt réservée à quelques ornements et
Les premiers essais.
appliquée au pinceau. Du reste le potier ne dispose encore que de deux tons : un blanc jaunâtre, dont il se sert peu, un brun qu'il affectionne et qui est sans doute un oxyde de fer : suivant le degré de cuisson, cette couleur prend une teinte violacée, ou tire au contraire sur le rouge brique. Le plus souvent la peinture se réduit à de simples lignes horizontales, larges ou étroites, simples, doubles, triples ou quadruples, qui coupent la hauteur du vase et en délimitent les diverses parties;
Fig. i3. - ViMS de Thfra. (Athènis, Kcok frinçaise.)
entre ces lignes horizontales s'interposent de larges rubans ondulés. Sur une grande jarre qui a passé, par l'intermédiaire de M. Lenormant, des mains d'un propriétaire santoriniotc, M. Delenda, entre celtes du baron de Witte, ces rubans se replient sur eux-mêmes, s'enroulent plusieurs fois, de manière à former une suite de postes rudimentaires '. Sur certains vases l'ornementation est plus délicate : ainsi sur les œnochoés à forme féminine, les seins sont peints, et entourés d'un petit cercle en pointillé, et, sur le cou, deux cercles de pointillés semblables, enfermant entre eux de grosses gouttes oblongues, simulent évidemment des colliers.
Ce qui est plus intéressant encore, c'est devoir sur quelques vases,
I. De Witie, De quelques antiquités rapportées de Grèce par M. Fr. Lenormant Cajetle des Beaux-Arts, i" aoûi i8(16).
12 Les premiers essais.
en petit nombre à vrai dire, les essais d'une décoration beaucoup plus originale, et dont les éléments sont empruntés à l'étude directe de la flore et de la faune du pays. Ainsi Tintérieur d'un plat est orné d'une rangée de tiges de roseaux, avec leurs feuilles recourbées : on surprend ici l'origine des feuilles d'eau de l'architecture classique. Un pot cylindrique destiné à être porté au moyen d'une ficelle passée dans les trous de deux petits appendices latéraux est décoré de lignes diagonales formées de petites feuilles opposées, à peu près comme celles d'un rameau de myrle. Un autre vase présente des feuillages terminés par des fleurs, d'un dessin libre et fantaisiste, qui se détachent en clair sur le ton rougeâtre du fond (fig. 12). Enfin deux petites aryballes ventrues nous offrent, l'une un oiseau, l'autre trois animaux galopant, que l'on peut prendre pour des chèvres (fig. i3).
Il n'était pas, a priori^ vraisemblable que ces concepts artistiques eussent été particuliers à Théra. On les retrouve en effet dans d'autres îles de la même région, où la fabrication des vases a continué pendant longtemps d'après les mêmes traditions : ainsi à Milo, à Amorgos, à Sikinos, on a découvert des poteries analogues, quoique plus habilement faites et parfois sans doute très postérieures. Mais les endroits où ont été exhumés les monuments les plus intéressants de cette série sont Cnossos, en Crète, et lalysos dans l'île de Rhodes. Les vases découverts en 1878 à Cnossos, par M. Kalokairinos, rappellent ceux de Théra par les formes et par les essais de décoration florale; toutefois, sur quelques-uns, faits d'une terre plus fine, apparaît un ornement nouveau, dont il semble que le modèle ait été une sorte d'annélide qui vit dans les sables des grèves'. La
I. Haussoullier, Vases peints archaïques découverts à Knossos (Bulletin de correspondance hellénique, 1880, p. 124. — Cf. Rev, arch.y 1880, pi. XXIH). — Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre, I'« part., ch. v, p. 64.
Les premiers essais.
trouvaille faite en 1873 à lalysos, par M. Bîliotti, est beaucoup plus considérable; là, d'un tombeau qui renfermait, entre autres objets, un scarabée égyptien au cartouche d'Amenhotep III (dix-huitième dynastie, fin du seizième siècle), on a retiré quarante- trois vases intacts'. La pâte est ici bien plus fine, les formes plus régulières et plus savantes qu'à Théra et qu'à Cnossos; une glaçure au sable a rendu la surface brillante, et la peinture joue dans la décoration un rôle beaucoup
tig. 14. — Vasec d'IalyM». (Londm, Briliah Muicum.l
plus important. Ce ne sont plus seulement quelques bandes droites ou flexucuses, quelques copies enfantines de fleurs ou d'animaux, que le pinceau a tracées; il est devenu assez habile pour venir à bout d'un ensemble bien composé. Dans un de ces vases, il semble à M. Lenormant que l'on ait cherché à représenter des herbes poussant dans les interstices d'un entassement de rochers: que ce soit cela ou autre chose, la régularité n'en est pas moins complète, et l'effet assez heureux. D'autres portent des postes ou sont couverts d'imbrications : ceux-ci trahissent peut-être déjà une influence phénicienne. Mais ce qui est bien indigène et ce qu'il importe surtout de noter comme une nouvelleet plus claire manifestation de la tendance que nous avons vue s'indiquer à Théra et à Cnossos, c'est le goût des motifs empruntés
I. Fr. Lenonnanl, Galette archéologique, 1879, p. 197, pi. XXVI et XXVIl. — Les antiquités de ta Troade. Il* partie. Paris, 18H0. — Dumont et Chaplain , les Céramiques de la Grèce propre, 1" part., ch. m. — Les vases d'Ialysos sont presque tous au British Muséum; le Louvre n'en possède que trois.
14 Les premiers essais.
à la vie de la mer et des grèves. Sur un gobelet cylindrique à une seule anse, sorte de monôton^ Tartiste paraît avoir voulu représenter une série d'annélides tubicoles. Sur une coupe à pied très élevé, il a peint de la manière la plus exacte une seiche aux tentacules éployées (fig. 14). Le même mollusque, très abondant dans les mers de Grèce, est reproduit avec une vérité non moins grande sur un cornet qui est au Louvre, et qui pour la forme est semblable à ceux de Théra.
Ce n'est pas seulement dans les poteries des îles les plus méridionales de la mer Egée, que Ton constate remploi de cette ornementation inspirée de la flore des côtes et de la faune maritime : on la retrouve jusque sur la terre ferme, jusque dans la Grèce du Nord et dans le Péloponèse. En 1878, on découvrit en Attique, au pied de THymette et auprès du hameau de Spata (Tancienne Sphettos), un tombeau de forme conique, comme les trésors de Mycènes, et qui avait été pillé dans l'antiquité. Mais les fouilleurs avaient laissé sur place quelques débris sans valeur, objets d'ivoire, pâtes de verre, et tessons de poterie '. Les objets d'ivoire et de verre étaient naturellement des importations étrangères, mais les poteries étaient de fabrication indigène : or, dans leur ornementation, se montrent les mêmes motifs qu'à Cnossos et à lalysos : entre autres, sur un fragment, on reconnaît distinctement les pattes d'un poulpe.
Le tombeau de Spata n'a donné qu'un petit nombre d'objets : il en est tout autrement des sépultures restées intactes de l'acropole de Mycènes, sépultures dont M. Schliemann a trouvé les cinq premières en 1876, et M. Stamatakis la sixième quelques mois après *. Dans ces fosses creusées simplement dans le sol et où ont été ensevelis, avec une précipitation évidente, des hommes et des femmes que les
1, Haussoullier, Catalogue descriptif des objets découverts à Spata (Bulletin de correspondance hellénique, 1878, p. i85). — Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre, I'« part., ch. v.
2. Schliemann, Mycènes, Traduit de l'anglais par J. Girardin. Paris, 1879. — Furtwaengler et Loeschcke, Mykenische Thongefcesse. Berlin, 1879. — Fr. Lenormant, les Antiquités de la Troade. Deuxième partie. — Newton, Dr Schliemann*s discoveries at Mycenœ {Essays on Art and Archœology^. Londres, 1880, p. 246) —Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre, I" part., ch. iv.
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masques d'or placés sur leur visage, la profusion d'ornements d'or qui couvraient leurs vêtements, les vases d'or et d'argent placés à côté d'eux, démontrent avoir été en leurs temps de très grands personnages, il est bien difficile de ne pas reconnaître des sépultures royales^ celles mêmes d'Agamemnon et de ceux de ses compagnons massacrés avec lui par Égisthe. Que la tradition ne soit pas exacte dans
tous les détails, cela va de soi, mais les fouilles de M. Schliemann prouvent qu'elle a tout au moins un fondement historique.
Les objets trouvés dans les tombes de Mycènes sont donc de la fin du treizième ou du commencement du douzième siècle, et c'est bien en effet la date, qu'indépendamment des circonstances de la découverte, un examen attentif engage à leur assigner. Les instruments de pierre ont presque entièrement disparu ; nous sommes en plein âge du bronze, et le fer même commence à être employé. L'abondance de l'or justifie l'expression homérique itoT-'j/ficoio Muxvîvi;; et prouve la réalité des richesses attribuées par la tradition aux Pélopides. Des objets assez nombreux de fabrication phénicienne, voire même égyptienne, sont
i6 Les premiers essais.
mêlés à de maladroites imitations indigènes et à des produits de Tart purement local : or, c'est à partir du quatorzième et du treizième siècle que le commerce sidonien dans les mers grecques commence à être actif. Quelques pierres gravées, découvertes soit dans les tombes mêmes, soit dans le sol de la ville, sont chaldéennes; absolument aucun objet n'est assyrien ; or, c'est vers la fin du treizième siècle que Tempire ninivite s'étend vers TOuest, et c'est en 1204 seulement que Sin-Akhé-Irib s'empare de Sidon.
Les vases trouvés dans les six tombes de Mycènes nous montrent encore les mêmes formes, le même genre de décor que ceux de Théra, de Cnosse, d'Ialysos et de Spata. Seulement, si la préparation de la terre n'est pas plus habile que dans ces deux dernières localités, la hardiesse des formes et la variété plus grande des peintures marquent un nouveau progrès; il ne faut d'ailleurs pas oublier que la trouvaille est très nombreuse. Les vases entièrement glacés ou peints constituent la grande majorité. Les uns sont encore décorés simplement de lignes, bandes droites, rubans ondulés ou brisés, enroulements, tantôt isolés, tantôt disposés en séries comme des postes. Celles-ci, dont on a pu prendre le modèle sur des objets phéniciens, sont déjà tout à fait régulières : le compas a parfois servi à les tracer. Ailleurs, nous revoyons l'ornementation végétale, mais dessinée avec bien plus de richesse d'imagination et de sûreté de main. Ainsi, sur un des vases de la première tombe, de grandes tiges de lierre, avec leurs feuilles et leurs radicelles, serpentent sur la surface de la panse et la recouvrent tout entière. Sur les débris d'une amphore de la quatrième tombe, ces feuillages prennent un aspect purement ornemental et se recourbent comme des palmettes couchées; çà et là nous apercevons des fleurs traitées de même au point de vue décoratif, ramenées à des espèces de rosaces, que nous n'avions point encore vues. En même temps, la faune de la mer et des grèves, si familière "aux potiers d'Ialysos et de Cnosse, inspire également ceux de Mycènes. Les annélides tubicoles apparaissent fréquemment. Sur un beau stamnos du sixième tombeau, se détache, en blanc sur le fond jaune orangé du vase, un
Les premiers essais.
poulpe nageant. Son bec pointu, spn gros œil rond, ses tentacules agitées d'un mouvement rapide, ont été fort bien rendus.
Ce mode d'ornementation a certainement été général dans tous les pays grecs, pendant une période de plusieurs siècles, qui va au moins jusqu'à la fin du douzième. Ce n'est pas seulement dans les tombes de Cnosse, d'Ialysos et de Mycènes que l'on en retrouve les spécimens : c'est aussi dans les innombrables tessons semés, parfois sur une grande épaisseur, dans les terres qui recouvrent les emplacements des plus anciennes cités de la Grèce : à Tirynthe, à Orchomène de Béotie, aussi bien qu'à Mycènes et qu'à l'Héraeon qui en est voisin. Lorsqu'on se sera pénétré de l'idée que de simples débris peuvent être aussi instructifs que des vases entiers, que ramasser et collectionner des fragments est faire œuvre profitable à la science, on trouvera de ces spécimens en une foule de points. Naturellement, parmi ces débris dispersés au milieu des terres, déplacés par les pluies ou remués par la charrue, ceux que l'on trouve près l'un de l'autre ne sont pas toujours contemporains. Ils ne peuvent pas servir de base à la fixation d'une chronologie. Mais ils nous font connaître, sans nous permettre de les dater, les variations successives d'un art, qui, tout barbare qu'il fut, n'en a pas moins fourni une longue carrièreet fait preuve d'une grande activité. Purement indigène dans ses origines, expression fidèle des premières sensations d'une population de pêcheurs et de marins, cet art est d'une naïveté et d'une gaucherie extrêmes : mais derrière cette naïveté et cette gaucherie se révèlent déjà un soin d'observer la nature, une audace de conception et une délicatesse d'impression visuelle qui méritent toute notre attention. D'ailleurs, cet art enfantin ne demande qu'à s'instruire ; il agrandit sans cesse le champ de ses études;^ des objets les plus simples, il passe à de plus complexes. Des plantes et des annélides il s'élève aux oiseaux et aux quadrupèdes, chèvres et chevaux surtout. Peu à peu, il s'enhardit jusqu'à s'attaquer à la figure humaine. Un fragment ramassé dans les terres de l'acropole de Mycènes laisse voir la tête d'un homme et celle
d'un cheval qu'il conduisait. Près de là, dans les ruines d'une maison
Les premiers essais.
construite en appareil polygonal irrégulier et qu'il regarde, cela va sans dire, comme le palais des Atrides, M. Schlîemann a trouvé plusieurs fragments d'un vase sur le pourtour duquel se développait un défilé de guerriers. Ces hommes ont déjà toutes les pièces essentielles de l'armement d'un Grec : casque à aigrette, bouclier échancré comme la pelta de la Grèce du Nord, longue lance et cnémides. Leurs cheveux, laissés dans toute leur longueur, sont pelotonnés et ficelés en une boule qui pend sur la nuque ; leur barbe est épaisse, taillée en pointe; leurs nez sont énormes, leurs yeux représentés de face et relevés vers les tempes (fig. 16). En même temps, les potiers étudient les objets étrangers que le commerce leur fait connaître, et imitent tant bien que mal certains profils, certaines idées de décor. Peu à peu s'introduisent, au milieu des éléments habituels, des motifs nouveaux et d'un principedifférent: croix gammées, méandres, chevrons répétés, lignes de losanges avec un point au centre, rosaces enfermées dans des cercles concentriques^ le tout tracé avec une maladresse, appliqué avec un manque d'à-propos, où se trahissept les emprunts faits à un art voisin, art doué d'une vitalité plus grande et tendant peu à peu à dominer.
Fig. 17. — Cylli irODVtc è Alhèaci. (Paria, collection de l'ai