I. Tite-Live, XXXIX, 8-i
La fin de la peinture de vases en Italie.
un changement de technique et l’apparition de vases décorés de peintures blanches, jaunes et rouges sur fond noir. Ces poteries ont été peu étudiées; elles font modeste figure à côté des beaux vases à figures rouges. Il y a cependant quelque intérêt à suivre, dans ce groupe de vases, les dernières applications de la peinture céramique.
Ce qu’on y observe tout d’abord, c’est le rôle capital désormais attribué au vernis noir. Il envahit tout le vase; des ornements blancs, rehaussés de jaune et de rouge vif, et posés sur la couverte , égayent seuls la teinte sombre du fond. Il y a là une tendance manifeste à réduire au minimum le travail du peintre, en même temps qu’un effort pour trouver encore du nouveau et rajeunir tant bien que mal la technique de la poterie peinte. Les vases de ce type ont été découverts d’abord sur l’emplacement de la ville apulienne de Gnathia, aujourd’hui Fasano; mais il n’y a aucune raison de leur conserver le nom de vases de Gnathia., sous lequel les marchands napolitains les ont longtemps vendus; on les rencontre en réalité dans toute la région est de l’Italie méridionale, de Canosa à Tarente h Cette fabrication a été sans doute très active et très répandue, car on en connaît des spécimens provenant de Grèce, en particülier de Milo; MM. Pottier et S. Reinach en ont également recueilli dans les tombeaux de Myrina Mais nous n’hésitons pas à admettre comme très vraisemblable l’hypothèse de Fr. Lenormant, qui place à Tarente l’origine de la poterie à décors blancs.
Elle offre une parenté indéniable avec la céramique apulienne, ou, pour mieux dire, tarentine. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner ceux de ces vases qui paraissent les plus anciens. Un lécythe du Louvre, de style soigné, nous fait voir comment s’est accomplie l’évolution. La silhouette du décor, un Éros volant au
1. Voir Fr. Lenormant, Comptes rendus de V Acad, des inscr., 1879, p. 289. — Ga^. arch., 1881-1882, p. io2-io3.
2. Birch, Ancient Pottery, p. Sgô ; Canthare trouvé à Milo. — E. Pottier et S. Reinach, La nécropole de Myrina, p. 228.
( Musee du Louvre
SKYPHOS
( Musée du Louvre )
La fin de la peinture de vases en Italie.
milieu de rinceaux de style fleuri, est encore ménagée sur le fond de la terre; mais les touches blanches et le vernis noir y ont déjà une grande importance. Bientôt, on trouve plus simple de peindre directement les figures en blanc sur le fond noir, comme on le voit sur des lécythes du Louvre, de travail plus négligé, où des Eros et des Victoires s’encadrent entre des rinceaux très rapidement tracés. Enfin , les figures deviennent rares et cèdent la place à un décor ornemental, qui se marie aux cannelures imitées des vases en métal.
Les ornements ' consistent surtout en feuillages, pampres et guirlandes de lierre, auxquels sont souvent suspendus des masques scéniques ; des oiseaux, et plus rarement des Amours, s’envolent au
milieu de ces festons de Fig. 123. — Œnochoé à peintures blanches.
... Provenant de Gnathia. (Musée du Louvre.)
verdure. Nous choisissons
comme un bon spécimen de cette poterie une œnochoé du Louvre, à panse cannelée, provenant de Gnathia ' (fig. i23). Le masque de théâtre et la guirlande qui décorent le col sont rehaussés de touches jaunes, et des teintes rouges relèvent çà et là l’éclat des fleurs
I. Ancienne collection Durand. Ce vase porte le numéro d’inventaire N. 21 1 3.
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blanches qui ornent la zone unie ménagée sur la panse. Toute cette décoration est disposée avec un certain goût et enlevée d’une main légère. Un autre vase du Louvre, un skyphos reproduit en couleurs sur notre planche XIII (fig, 2) offre une décoration
assez gracieuse. Autour du vase, court la guirlande de feuilles de lierre alternativement blanches et jaunes, qui est comme la marque de fabrique de cette classe de vases; les anses imitent une corde nouée. Sur la zone supérieure, au milieu de fleurs des
champs, deux colombes se font face; l’une d’elles bat des ailes, l’autre retourne la tête pour gratter ses plumes du bec, par un mouvement très justement observé. C’est dans le même ordre de sujets que l’auteur d’une amphore de Fasano a trouvé la matière d’une scène humoristique, rendue avec une amusante fantaisie. Deux oiseaux de basse-cour, un coq et une oie, se rencontrent dans un champ, et des inscriptions traduisent le colloque naïf qui s’établit entre eux: « Tiens, c’est l’oie» {ai tov s’écrie
le premier ; sa commère répond en se dandinant : « Tiens, c’est le coq » (w TOV èT^expuyova) *.
Ce genre de décor, d’un caractère rustique, n’est pas sans
charme; il a une saveur agreste qui éveille je ne sais quelle
idée de bucolique. Chose curieuse : les pampres, les masques scéniques, les oiseaux, les Amours se retrouvent beaucoup plus tard dans la décoration campanienne; on sait quel usage en on fait les peintres pompéiens. Est-ce une pure coïncidence, ou bien faut-il admettre que, sous l’influence de la poésie pastorale alexandrine, les céramistes grecs de la fin du troisièm.e siècle ont comme effleuré cette source d’inspiration à laquelle puisera si largement la peinture gréco-romaine? Cette dernière hypothèse n’a rien que de fort vraisemblable.
On a vu que l’imitation des formes métalliques est déjà sensible dans la poterie à décors blancs et à cannelures. Elle s’accuse