I. Voyez par exemple, fig. 23, un vase trouvé à Villanuova
L’ornementation géométrique.
Les bandes d’or trouvées dans les tombeaux d’Athènes, qu’elles aient été importées par le commerce ou, comme cela est plus probable, que la fabrication en ait eu lieu sur place d’après des modèles étrangers, procèdent de l’art phénicien de la seconde époque, de celui qui est tout imprégné d’éléments assyriens. Et, d’autre part, le fait que cette influence assyrienne ne s’est pas encore propagée des bijoux à la poterie prouve qu’elle était de date récente. Cela nous reporte au douzième ou au onzièrne siècle. Deux ou trois cents ans de fabrication ne sont pas de trop pour rendre compte du nombre de vases à décor géométrique que l’on a découverts d’un bout à l’autre du monde grec. L’industrie céramique, exercée comme elle l’était dans une multitude de petits ateliers, ne devait point être facile aux innovations. La poterie peinte, d’ailleurs, trouvait dans les cérémonies religieuses un de ses principaux emplois, et la religion a pu concourir à faire durer sur certains points les mêmes habitudes de technique, longtemps après qu’aux alentours s’étaient développés des goûts nouveaux. A Athènes en particulier, où la loi ordonnait de ne se servir pour les sacrifices que de vases faits en Attique, il ne serait nullement étonnant que la production de la poterie à décor géométrique ait persisté jusqu’à la fin du septième siècle, sinon plus tard.
Dans les pays où cette fabrication s’est ainsi attardée, elle n’a pu, on le comprend sans peine, fermer entièrement les yeux à ce qui se faisait autour d’elle ; il lui a fallu subir l’influence des nouveaux procédés qui s’emparaient de la vogue, et admettre bien des éléments, non seulement étrangers, mais même contraires à son principe. Aussi quelques-uns de ses derniers produits ne se rattachent-ils plus aux premiers que par des analogies fort lointaines, et sont-ils d’un style tellement hybride que l’on ne sait où les classer. Du nombre est le vase dont la figure 22 reproduit une partie. C’est une sorte d’oxj'baphon., qui a été trouvé à Cæré, et qui, des mains de M. Castellani, a passé dans les vitrines du Musée étrusque du Capitole'. S’il
I. Fœrstcr, Annali, i86f), p. iSy. — Monumenti , t. IX, pl. 4. — Klein, Griechischen l'rt.ïpn mit Mcister.si")tatureii, p. 14.
L’ornementation géométrique.
est de fabrique cæritane, il est forcément antérieur au milieu du septième siècle, époque de l’établissement dans la ville d’une colonie corinthienne; mais il me semble beaucoup plus probable qu’il a été apporté par le commerce et qu’il a été fabriqué soit en Grèce, soit dans l’une des colonies grecques de l’Italie méridionale. La forme, les couleurs employées pour le décor, le dessin des figures rappellent la céramique primitive d’Athènes. La signature qu’il porte, XptcTovo^oç sTCotirev, ne contient aucune particularité caractéristique
Fig. 22. — Polyphème aveuglé par les compagnons d’Ulysse. Vase trouvé à Cæré. (Rome, Musée étrusque du Capitole.)
d’un dialecte *. Les formes des lettres qui s’y trouvent semblent appartenir à un alphabet ionien, voire même à l’alphabet de Chalcis, la métropole des villes grecques de la côte campanienne. M. Fœrster considère ce vase comme de date assez tardive ; il y voit un pastiche étrusque du style archaïque grec. Ni M. Klein ni moi ne partageons en aucune façon cette manière de voir, et n’apercevons rien qui puisse empêcher de rapporter ce monument à l’époque dont il paraît être, c’est-à-dire au milieu du septième siècle.
L’ornementation du vase est partagée en trois zones ; la première, de beaucoup la plus haute, est remplie par deux scènes diffé-
I. Le vase a été trôuvé brisé en un grand nombre de fragments et a subi une restauration complète. Je ne puis assurer que l’inscription n’ait pas été altérée. Au lieu de ApuTTÔvoçoç, qui n’a point de sens, on s’attendrait à lire ’ApiTxôvop.o; ou ’ApiuroJocpo;. La forme ÈTioÎTev est de même inquiétante.
L’ornementation géométrique.
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rentes. D’un côté, Ulysse et ses compagnons enfoncent dans l’œil unique de Polyphème une longue barre de bois qu’ils ont taillée en pointe; la violence du choc renverse le Cyclope à terre. Sur l’autre face est un combat entre deux navires, plus trapus que ceux des vases du Céramique, mais de construction analogue. Dans l’une et l’autre de ces scènes le dessin est également de la dernière naïveté; les nez des personnages sont énormes, leur chevelure ressemble à une crinière; la gracilité de leurs bras contraste avec l’épaisseur de leurs cuisses; leurs pieds sont d’une petitesse excessive. Parfois le potier commet d’étranges oublis : il n’a donné qu’une jambe à Polyphème.
Au-dessous de cette large zone est une bande plus étroite, décorée d’un damier de cases alternativement noires et blanches. Avec les cercles ornés d’un point au centre qui garnissent le champ des deux sujets d’au-dessus, ce damier est le seul reste qui subsiste ici du système géométrique. Les espèces de roseaux ou de feuilles d’eau qui décorent la bande inférieure sont au contraire l’imitation maladroite d’un motif égyptien, et annoncent la transformation nouvelle dont nous allons maintenant retracer l’histoire.
Fig. 23. — Vase à ossements de Villanuova.
Fig. 24. — Peinture d’un vase de Mélos. (Athènes, ministère de rinstrnction publique.)