Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, pl. z
4. Lettre d’Alessandro François et article de Braun, Annali, 1848, p. 299 à 38e;
dans le reste de la Grèce.
enfermé avait été pillée dans l’antiquité, le vase brisé, les fragments dispersés; les plus patientes recherches n’ont pu les faire retrouver tous. Assurément, cette maîtresse pièce n’est pas de fabrication locale : les nombreux spécimens parvenus jusqu’à nous de la céramique de l’antique cité ombrienne de Camars, conquise par les Étrusques et appelée par eux Clusium, sont d’un art tout différent et très grossier. Elle ne saurait non plus être prise pour un produit des ateliers de Corinthe ou de Cæré, quoique l’ornementation en soit pareillement
disposée en bandes, et qu’on y retrouve les animaux, les sphinx, les déesses ailées, si fréquemment figurés sur les vases corinthiens. La terre dont il est fait est plus ferrugineuse, et les fonds sont par suite plus rougeâtres; les noirs sont plus francs, les engobes plus discrètement employées; le dessin, très soigné, pousse la précision presque jusqu’à la sécheresse. Comme sur la coupe d’Ergotimos mentionnée ci-dessus, les inscriptions sont toutes en dialecte et en lettres attiques; quelques-unes des scènes représentées sont aussi tirées des légendes particulières d’Athènes. Je suis donc très porté à considérer le vase comme sortant d’un atelier athénien. Quoi d’étonnant, d’ailleurs, à ce que les potiers d’Athènes aient emprunté certains principes de technique à leurs voisins de Corinthe ?
Le vase Alessandro François est un premier essai de ce qui deviendra le crater. Des deux parties dont se compose essentielle-
Momimenti, t. IV, pl. 54 à 58. — Weizsâcker, Neue Untersiichungen über die Vase des Klitias iind Ergotimos {Rheinisches Muséum, 1877, p. 28; 1878, p. 364; i88o, p. 35o).
L'înjliience orientale
ment le cratère, une sorte de cupule et un tronc de cône évasé, à arêtes paraboliques, la première est encore de beaucoup la plus importante, le tronc de cône qui la surmonte n’occupant qu’environ le quart de la hauteur totale. Au cinquième et au quatrième siècle, les anses seront, suivant les fabriques, soit disposées dans un plan horizontal et attachées sur la cupule, soit placées verticalement et enroulées à leur partie supérieure en volutes qui viennent en se recourbant s’appliquer sur les lèvres du vase. Ici le potier n’a pas encore fait son choix entre ces deux systèmes. Il les a gauchement combinés, en fixant une anse verticale sur une anse horizontale.
Toute la place disponible, jusqu’aux anses et au pied, a été couverte de peintures tracées d’une main très sûre d’elle-même, déjà très instruite des formes et des mouvements des hommes aussi bien que des animaux, soucieuse avant tout de l’exactitude.
Deux bandes sont superposées sur la partie supérieure du vase. Sur la plus voisine des lèvres, qui est en même temps la plus étroite, l’un des côtés représente un des faits les plus célèbres de l’histoire mythique d’Athènes, le retour de Thésée, vainqueur du Minotaure. Les jeunes gens et les jeunes filles que le héros ramène sains et saufs sont montés sur un bateau non ponté, à carène peu profonde et à extrémités pointues, tout à fait semblable aux Traites dont se servent aujourd’hui les pêcheurs de l’Archipel. Le bateau accoste en culant sur la grève sablonneuse de Phalère; l’eau est peu profonde, et il faut beaucoup de précaution pour ne pas toucher trop rudement. Les rameurs sont assis à leurs bancs et dénagent; Thésée debout, le bras étendu vers ses compagnons, la tête tournée vers la plage, surveille la décroissance du fond et commande la manœuvre; le timonier fait signe de voguer doucement. Une partie des jeunes gens embarqués est debout et s’agite, impatientée de cette lenteur nécessaire; n’y tenant plus, un homme s’est déjà jeté à l’eau et gagne la terre à grandes brassées. La scène est composée de la manière la plus amusante, et chaque personnage est dessiné avec ce sentiment de la vérité des attitudes et des gestes qui n’abandonne
dans le reste de la Grèce.
jamais les artistes grecs. Tout à côté, par une de ces conventions nécessaires et constamment observées dans les peintures de vases, le potier a figuré la scène qui, d’après la tradition, suivit le débarquement : les jeunes gens et les jeunes filles célèbrent leur délivrance et leur heureux retour en formant un chœur de danse. Ce chœur est l’origine de la fête des Skirophories.
De l’autre côté, sur le même registre, est la chasse du sanglier de Calydon. L’énorme bête a déjà étendu à terre un des chasseurs, Antæos, et éventré le chien Orménos. Deux autres chiens, Rorax et Marpsas, sautent sur elle, tandis qu’un peu plus loin d’autres accou-
rent, Égertès et Méthépon en tête. Les héros, rangés deux par deux, entourent le monstre; d’un côté sont Pélée et Méléagre, puis Mélanion et Atalante, de l’autre Castor et Pollux suivis d’Acastos et d’Asmétos. D’autres groupes viennent ensuite, et, comme dans un combat bien ordonné, les archers Euthymachos, Kimmérios, Toxamis, avec leur costume scythe, sont rangés vers les extrémités de là composition.
La bande placée au-dessous de celle-ci représente, sur une des faces du vase, la course des chars aux funérailles de Patrocle, sur l’autre le combat des Centaures et des Lapithes aux noces de Pirithous. Au milieu des Lapithes est Thésée. Les Centaures portent des noms qui expriment leur nature brutale : Agrios «le sauvage», Hylæos « celui qui habite les bois », Pétræos « celui qui vit dans les rochers», Hasbolos «celui qui lance de la fumée», etc. Il manque malheureusement de ce côté plusieurs morceaux.
La panse, séparée du col par un ruban d’ornements imbriqués, est divisée en trois registres. Le premier est le plus haut de tous, et
L'influence orientale
c’est sur lui que se développe, faisant tout le tour du vase, la représentation principale : le mariage de Pelée et de Thétis. Thétis, voilée, suivant l’usage, est assise dans l’intérieur d’un palais d’ordre dorique. Devant l’entrée de l’édifice est un autel, auprès duquel se tient debout Pélée, qui serre la main du centaure Chiron. Vers la demeure des deux époux s’avance le long cortège des grands dieux, montés sur des quadriges, et accompagnés des divinités moins importantes, qui marchent modestement à pied. D’abord viennent sur la même ligne Hestia et Déméter, avec Chariclo, sœur de Thétis et épouse de Chiron, puis Dionysos, barbu, vêtu d’une tunique talaire, une lourde amphore sur l’épaule, et derrière lui les trois 'üpai ou Saisons. Après cette avant-garde, commence la série des quadriges : dans le premier sont Zeus, les rênes et le fouet dans une main, le foudre dans l’autre, et à ses côtés Héra; dans le second Poséidon et Amphitrite, Arès et Aphrodite dans le troisième. A côté de ces chars marchent les Muses, Uranie et Calliope d’abord, puis Melpomène, Clio, Euterpe, Thalie, Polymnis, Érato et Stésichoré. Ici manque un grand morceau, qui contenait sans doute les chars d’Apollon et d’Artémis, d'Athéna et d’Héraclès. Vient alors le quadrige d’Hermès et de Maia, qu’accompagnent les MoTpai, les Parques des Latins. Le cortège est fermé par Okéanos, au corps terminé en forme de monstre marin, et par Héphæstos, monté sur son mulet, et qui n’a pas oublié de prendre avec lui ses tenailles (fig. 48).
Le registre qui vient ensuite, sur le commencement de la rentrée de la panse, est divisé en deux sujets. D’une part, Achille, assisté d’Athéna, d’Hermès et de Thétis, s’élance à la poursuite de Troïlos et de Polyxène, venus pour chercher de l’eau à la fontaine derrière laquelle il s’était embusqué. Troïlos s’enfuit de toute la vitesse de son cheval, Polyxène laisse tomber son hydrie. Plus loin, auprès des murs de Troie, Priam regarde cette scène, et Hector et Politès s’élancent d’une des portes pour aller au secours des deux jeunes gens. En pendant avec ce sujet est le retour d’Héphæstos dans l’Olympe. Le dieu, monté sur son mulet, s’approche des trônes sur lesquels sont assis
da7is le reste de la Grèce.
Zeus et Héra, entourés des autres divinités. Héphæstos est accompagné de Dionysos, qui traîne derrière lui son cortège ordinaire, des Silènes lutinant des Nymphes.
Le dernier registre n’est décoré que de figures d’animaux et de sphinx, traitées comme dans les vases corinthiens. Mais sur le pourtour du pied est représentée une nouvelle scène mythologique : des Pygmées, les uns à pied, les autres montés sur des boucs, combattant contre des grues. Les anses sont divisées chacune en deux comparti-
Fig. 48. — Les dieux aux noces de Pélée et de Thétis, détail du vase François.
ments. Dans le plus haut, d’un côté et de l’autre, est une Anaïtis ailée tenant sur l’une des anses deux lions, sur l’autre un cerf et une panthère. Pour le second compartiment, l’imagination du peintre semble s’être trouvée à court, et les deux fois il a répété le même sujet, Achille portant sur ses épaules le cadavre d’Ajax. Enfin, à l'intérieur des deux anses est une figure de Gorgone.
Sur la plupart de ces scènes, les noms des personnages sont soigneusement écrits : il y en a plus de cent quinze dans les parties conservées, et les fragments perdus devaient en contenir au moins une vingtaine. Même les objets les plus reconnaissables ont leur nom; ainsi l’autel po[pç], auprès duquel Pélée et Chiron se donnent la main, le siège de Priam, 6àxoç, l’hydrie que laisse échapper Polyxène, viu^pia, la source, xpéve, où les Troyens vont chercher de l’eau. Ces inscriptions sont écrites tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite.
La signature des auteurs du vase était répétée en deux endroits. Tout en haut, à côté d’une des anses, à gauche du bateau de Thésée,
Uinfliience orientale dans le t'este de la Grèce.
on en lit encore la fin. Elle est restée complète sur le registre principal; derrière le groupe des trois Heures, en écrit :
V\a^310n3^0MIT0AS3 entre Pélée et Chiron, au-dessus de l’autel,
I<HT1A5MEAPA®$EA/
« Ergotimos a fait. Klitias m’a peint. «
Nous ne connaissons, et c’est grand dommage, aucune autre œuvre de Clitias. Quant à Ergotimos, nous avons déjà vu son nom, et l’atelier dont il était propriétaire a eu une longue prospérité, car il existe au British Muséum, à Berlin, et dans une collection particulière de Sarteano près de Chiusi, trois coupes signées du nom de son fils : EV+EP05 : EPOIE^E/^ HOPAOTIMO HVIHV^
« Eucheiros a fait, le fils d’Ergotimos » Get homonyme du potier que, suivant la tradition, Démarate aurait amené de Corinthe en Italie, ne se recommande d’ailleurs pas à nous par des œuvres comparables à celles de son père : deux des coupes que nous avons de lui ne sont décorées que d’une seule figure; de la troisième, il ne subsiste que quelques fragments.
I. Klein, Die griechischen Vasen mit Meistersignaturen, p. 33.
Fif». 4Q. — Hector et Politès sortant de Troie, ddtail du vase François.
Fig. 5o. — Bain de femmes. Amphore trouvée à Vulci. (Musée de Berlin.)