Ibid., pl. I
Les vases à figures noires.
cution est moins patiente, mais plus large et plus souple, montrent que les ateliers de potiers ne restaient pas tous indifférents au brillant essor que la plastique et la peinture prirent après 480. La période comprise entre cette date et 460 environ
Fig. 57. — Lutte d’Héraclès contre Triton. (Hydrie du Musée de Berlin.)
est en effet le plus beau moment de la fabrication des vases à figures noires. Je citerai par exemple une superbe amphore du Louvre, l’un des très rares vases de grande dimension qui proviennent de la Grèce même. Elle a été trouvée sur la voie par laquelle on allait du Dipylon à l’Académie, voie que bordaient presque d’un bout à l’autre des monuments funèbres élevés aux frais de l’État. C’est une amphore agonistique, c’est-à-dire donnée en prix dans des jeux; et une réparation faite dans l’antiquité même, au moyen d’attaches de plomb scellées à la chaux, montre combien ce monument d’une victoire était précieux à ses posses -
Les vases à figures noires.
seurs. Sur la face principale de la panse, car les grands vases ont toujours un côté mieux décoré, est représenté Héraclès se rendant dans l’Olympe sur un char à quatre chevaux dans lequel sa protectrice Athéna lui a fait prendre place et qu’elle conduit elle-même. Hermès, Apollon, d’autres divinités, se pressent autour du char. Les chairs des déesses et la robe d’un des chevaux sont d’un beau blanc crémeux. Sur le côté opposé sont deux cavaliers de face, entre un hoplite et une femme.
Cet exemple de l’héroïsme récompensé par l’apothéose était un des meilleurs sujets que l’on pût trouver pour la décoration d’un objet destiné à être donné en prix; aussi est-il reproduit sur un grand nombre de vases, et l’uniformité des grandes lignes de la composition indique-t-elle que tous les potiers se sont inspirés du même modèle, quelque peinture peut-être ou quelque bas-relief dont la mention n’est pas parvenue jusqu’à nous. Notre planche 8 reproduit un second exemple de la même scène, emprunté à une amphore de Vulci, aujourd’hui conservée au musée de Berlin, et qui ressemble beaucoup à l’amphore athénienne , quoique le style n’en soit ni aussi sévère ni tout à fait aussi ferme'. Héraclès est déjà sur le char; il est vêtu de sa peau de lion, dont le mufle lui sert de casque, et a sa massue sur l’épaule. Athéna, coiffée du casque à haut cimier, monte à son tour et saisit les rênes. Hermès se tient à la tête des chevaux, prêt à remplir son rôle d’avant-coureur, et au second plan, derrière l’attelage, l’artiste a représenté Apollon jouant de la lyre, et auprès de lui Dionysos et deux déesses.
Cette existence de modèles courants empruntés à des œuvres d’art est encore prouvée par la ressemblance qu’offrent dans toutes leurs parties essentielles les nombreuses représentations d’un autre exploit du demi-dieu, sa lutte contre Triton. Prenez par exemple l’hydrie du Louvre signée du nom de Timagora^, et celle du musée de Berlin, dont il a semblé préférable de repro-