O. Rayet, Ga\ette archéologique, 1880, p. loi
Introduction.
four et suivre les progrès de la cuisson. Une autre plaque corinthienne, appartenant au musée de Berlin (fig. 5)', nous montre l’intérieur du four représenté en plan; des vases de formes différentes y sont disposés suivant une perspective sans doute très conventionnelle, car on a peine à croire que, dans la réalité, ils fussent ainsi couchés [sur le flanc; la flamme arrive par des conduits qui font communiquer le foyer avec l’emplacement circulaire dessiné
par l’enceinte du foyer. Plus tard, on adopta une disposition plus savante , celle que nous font connaître les ruines d’un four à poterie romain, découvert, il y a peu d’années, aux environs de Francfort -sur- le - Mein Ici, un mur partage le foyer en deux parties et supporte une plaque percée de trous rectangulaires, qui isole les vases, tout en livrant passage à la chaleur.
La cuisson, faite à un feu modéré, ne constitue la dernière opération que pour les vases dépourvus d’engobes.
Dans le cas contraire, le potier doit encore appliquer sur les vases déjà cuits les couleurs rouges, jaunes ou blanches qui rehausseront le ton sombre de la peinture ; il doit aussi tracer, à la couleur blanche ou rouge, les inscriptions qui désignent les personnages, en y ajoutant parfois sa propre signature. Le vase subit alors une seconde cuisson qui fixe les engobes et les inscriptions; mais ces couleurs, plus fusibles que l’enduit noir, et d’ailleurs légèrement cuites, n’ont pas le même éclat
1. Antike Denkmaeler, herausgegeben vom kaiserl. deiitschen ar ch. Institut, I, 1886, pl. 8, n“ 19 b.
2. Otto Donner et von Richter, Sopra le antiche fornaci di pentolaio (Annali delV Instit., 1882, p. 182-186, et pl. U, i-6.)
Fig. 5. — Vue intérieure d’un four .= à poterie.
Fragment d’une plaque corinthienne.
( Musée de Berlin. )
Introduction.
brillant; elles disparaissent souvent, laissant une trace mate, qui permet de reconnaître la place des engobes et de lire les inscriptions à jour frisant.
Cette dernière cuisson termine l’œuvre du potier. Dès lors, les vases sont prêts à être vendus ou expédiés au loin. Les plaques votives de Corinthe, qui nous donnent tant de détails sur la vie industrielle du sixième siècle, nous montrent encore une curieuse représentation empruntée au commerce des vases. Sur un ex-voto consacré à Poséidon (fig. 6) on voit un navire muni de ses agrès, et dont la voile est enroulée autour du mât; dans le champ, près de la tranche supérieure, est peinte une série d’œnochoés figurant le chargement du vaisseau, qui va porter sur les côtes de Grèce ou en Italie les produits de l’industrie corinthienne :
cargaison précieuse et fragile, que la dévotion du marchand place sous la sauvegarde du dieu de la mer.
On peut apprécier par cet exposé à quel point l’art et l’industrie se confondent dans la fabrication des vases. A vrai dire, les céramistes grecs ne les séparaient pas, et là est le secret de leur supériorité. Ils revendiquaient aussi bien l’honneur d’avoir modelé une amphore de forme irréprochable ou une cylix élégante, que celui d’avoir exécuté les peintures de ces vases; le potier n’était pas moins fier de faire suivre son nom du mot è-iroé/iaev [a fait) que le peintre ne l’était de signer son œuvre avec la