‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 60 sur 144 · Kclog. X, vers 3i · texte numérisé non relu

Kclog. X, vers 3i

Les vases à / d blanc.

tation, et au revers une autre nymphe, entourée de deux de ses compagnes, joue de la lyre pour faire accueil au nouvel arrivant. A ne considérer que le sujet', on songe immédiatement à l’art du quatrième siècle, qui l’a traité avec prédilection. Faut-il rappeler que Képhisodote, le père de Praxitèle, avait représenté Hermès portant Dionysos enfant, et que les fouilles d’Olympie nous ont rendu le groupe original où Praxitèle s’était inspiré de la même donnée? D’ailleurs le style du cratère du Vatican a toute l’aisance et la liberté des peintures du quatrième siècle; on sent que l’influence des Zeuxis et des Nicias a passé par là.

Jusqu’à quelle date l’usage du décor sur fond blanc pour les vases de luxe a-t-il prévalu dans les ateliers de l’Attique? Il est difficile de le dire avec précision. Cette technique est encore appliquée à des vases de toilette qui accusent tous les caractères du style céramique du commencement du quatrième siècle. On peut citer comme exemple la jolie pyxis du Louvre représentant Persée tuant la Gorgone, et où le trait bistre est relevé de quelques touches de pourpre*. Mais ce procédé, d’application délicate, est détrôné au cours du quatrième siècle par la peinture à figures rouges rehaussée de dorures et de couleurs : il n’est conservé que pour une classe spéciale de vases, de fabrication purement attique, et dont le caractère funéraire explique cette persistance d'une tradition ancienne : ce sont les lécythes attiques à fond blanc.

On trouve dans les tombeaux de l’Attique des lécythes à couverte blanche dont le rôle funéraire n’est pas douteux -.

[. A. Duniontj Monuments grecs publiés par l’Association pour l’encouragement des études grecques, 1S78, pl. 2.

2. Ces vases ont été étudiés par M. Pottier dans une excellente monographie que nous n’avons guère qu’à résumer ici : Étude sur les lécythes blancs attiques à représentations funéraires, Paris, i883.

Aristophane y fait allusion dans le passage bien connu de X Assemblée des femmes, où il parle du potier « qui peint les lécythes pour les morts » :

''Oç Toî; v£xpo“(7i Ta; XrixuSou;,

le scholiaste de Platon nous apprend que ces vases faisaient partie du mobilier funéraire b Les peintures dont les lécythes sont décorés en témoigneraient elles-mêmes au besoin, et ce n’est pas le moindre intérêt de ces vases que de nous renseigner sur l’usage auquel ils étaient destinés. Quand le mort, lavé et parfumé, était couché sur le lit de parade, on plaçait auprès de lui des lécythes remplis de parfums (ppov) qui devaient combattre les lourdes émanations de la chambre mortuaire. Ces vases l’accompagnaient dans son tombeau. Aux jours qui ramenaient près de la tombe les parents et les amis du défunt, les lécythes blancs jouaient encore leur rôle; des mains pieuses les déposaient sur les degrés de la stèle, ou les attachaient au monument à l’aide de bandelettes 2.

L’étroite relation qui existe entre la destination des lécythes blancs et les rites funéraires des Athéniens suffirait seule à démontrer que ces vases sont exclusivement de provenance attique. Si l’on en trouve quelques exemplaires en Italie, en Sicile, à Rhodes, ce fait ne s’explique que par les hasards de l’exportation; mais c’est là une exception, et l’Attique seule pouvait offrir aux fabricants’ de lécythes blancs une clientèle assurée. En outre, dépourvus de tout caractère d’usage, employés seulement à titre de vases de parade ou d’objets d’offrande, ils présentent des particularités de fabrication qui permettent de les distinguer au premier coup d’œil des vases à fond blanc mentionnés au commencement de ce chapitre.

1. Aristophane, L’Assemblée des femmes, vers 996. — Scholiaste de Platon, Hippias major, p. 368 C.

2. Voir, pour les exemples, Heydemann, Griechische Vasenbilder, pl. XII, ii, et Stackelberg, Gracber der Hellenen, pl. 46, i.

Des différences essentielles distinguent les lécythes attiques des lécythes du soi-disant type de Locres. Tandis que dans ces derniers la couverte est très cuite et offre un ton légèrement jaunâtre, ici elle est d’un blanc très pur, de couleur laiteuse; on s’explique aisément la plaisanterie d’Aristophane comparant à un lécythe les joues fardées de blanc de céruse d’une vieille coquette*. Cet enduit, cuit à très petit feu, est extrêmement friable et s’écaille facilement. Il recouvre la partie cylindrique de la panse du vase et la gorge; le col, l’anse et le pied sont, au contraire, revêtus d’un vernis noir très brillant.

Comme la fabrication des lécythes athéniens a duré longtemps, du cinquième au troisième siècle, il faut s’attendre à y observer des variétés de style et de technique. On y retrouve, en effet, toutes les phases du développement de la peinture sur fond blanc que nous avons étudiées plus haut; ces analogies permettent par suite de proposer pour les lécythes blancs un classement chronologique fort vraisemblable Les plus anciens sont ceux où l’on constate l’application des procédés usités dans la peinture au trait noir sur fond blanc. Les figures sont tracées à la couleur noire, à l’aide d’un pinceau large donnant des contours très gras, et la décoration est exclusivement monochrome. Dans cette série, les scènes de la vie ordinaire sont assez fréquentes, témoin un lécythe du musée de Berlin, représentant une femme tenant une couronne, ayant une perdrix posée sur ses genoux, et causant familièrement avec un personnage barbu chose rare sur les lécythes attiques, on lit dans le champ des inscriptions (ô r.caç, zaT-o;, ’o>.uvki)(^o; zaTio?), alors que dans le style plus développé cet usage disparaît complètement. Bientôt, et sans doute dans la seconde moitié du cinquième siècle, les potiers emploient pour tracer les contours des figures une couleur plus claire, plus délayée, d’un ton jaune

1. 4>pûvTiv Xiô>iv(0ov Ttpoç Taïç Y^ctOoti;. (^Assemblée des femmes, vers i loi.)

2. Voir les remarques de M. Furtwaengler, Archæologische Zeitung, 1880, p, i36. M. Pottier admet une autre classification. Étude sur les lécythes blancs attiques, p. io3.

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