Salzmann, Nécropole de Camiros, pl. 6o
2. Cf. Kalkmann, Aphrodite aif dem Schwann. {Jahrbuch des arch. Instituts, 1886.)
Les vases à fond blanc.
bien gardé de surcharger d’une polychromie indiscrète cette exquise composition. Le ton brun de l’himation et des bordures de la robe semble n’avoir d’autre objet que de faire valoir l’étonnante pureté du dessin, les lignes charmantes de la figure et le détail si précis des plumes de l’oiseau. C’est à peine une hypothèse que d’attribuer cette oeuvre si fine à un potier athénien, et d’autre part la présence du sigma sous sa forme ionienne nous avertit qu’elle est postérieure à l’année 445.
Nous ne pouvons passer sous silence un des spécimens les plus remarquables de la peinture sur fond blanc, à savoir l’admirable coupe trouvée à Nola, que le British Muséum compte parmi ses richesses A l’intérieur est figurée la naissance de Pandore. « Héphaistos, dit Hésiode, par l’ordre de Zeus, modela avec de la terre une figure semblable à une belle jeune fille, et Athéna lui donna pour parure une robe éclatante... Elle plaça sur sa tête une couronne d’or, ouvrage d’Héphaistos, qui l’avait achevée pour plaire à Zeus. » Le peintre a suivi de tous points le récit du poète béotien. Pandore, désignée ici par une variante de son nom, Nésidora (celle qui accumule les dons), se tient debout, vêtue d’une robe brune semée d’étoiles blanches. Athéna, sans casque, armée seulement de l’égide, achève d’ajuster le vêtement de la jeune femme, qui la regarde, toute droite, les mains pendantes, avec l’attitude rigide d’un corps que le souffle de la vie vient seulement d’animer. Héphaistos, tenant encore son marteau, semble contempler son œuvre. Comme dans la coupe d’Euphronios, les tons sont simples et d’une harmonie très apaisée. Sommes-nous autorisés à retrouver ici un souvenir de quelque grande peinture décorative? Nous savons seulement que Phidias avait traité le même sujet sur la base de la statue de la Parthénos; mais nous connaissons trop mal l’histoire de la peinture du cinquième siècle pour désigner le modèle dont le peintre de la coupe a pu s’inspirer.
I. Gerhard, Fcstgcdanken an Wincicelmann, pl. I. — Cf. Élite des monuments céramographiques, t. III, pl. 44.
Les vases à fond blaric.
Dans les exemples que nous venons de signaler, les potiers ont réservé pour l’intérieur du vase la peinture sur fond blanc’. C’est le procédé le plus général, et il s’explique sans peine par la
Fig. 84. — Hermès apportant Dionysos enfant à Silène, Cratère à fond blanc. (Musée Grégorien.)
ragilité de la couverte blanche. Aussi est-ce par exception qu’ils se sont risqués à user de la méthode inverse', comme on le voit sur une Coupe du musée de Gotha, trouvée en Attique, près du
I. Le Louvre possède une curieuse coupe dont l'intérieur, à figures rouges sur fond noir, représente Une scène amoureuse; le fond est cerné par un large rebord blanc. C’est un intéressant exemple d’une tentative faite pour varier l’emploi de la couverte blanche.
Les vases à fond blanc.
promontoire d’Haghios Cosmas'. Tandis que l’intérieur est décoré suivant la technique habituelle, à l’extérieur, des peintures sur fond blanc représentent deux personnages couchés sur des coussins. Mais ce qui n’est qu’une dérogation aux habitudes courantes sur la coupe de Gotha devient une nécessité quand il s’agit de décorer des vases autres que des coupes, par exemple des œnochoés, des cratères ou des pyxis. On peut prendre pour type de cette classe de poteries le superbe cratère du musée Grégorien reproduit par notre figure 84^. Ici, toute la partie extérieure du vase, entre l’attache des anses et le rebord, est revêtue d’un enduit blanc, et ce fond clair est limité par une double rangée de palmettes et par une grecque. Le sujet est emprunté au mythe de l’enfance de Dionysos^. A peine le jeune dieu est-il sorti de la cuisse de Zeus, qu’ Hermès, sur l’ordre de son père, l’emporte pour le confier à Silène et aux nymphes de Nysa. Le messager de Zeus vient de pénétrer dans la grotte de Nysa, et présente avec respect à Silène, assis sur un rocher, le petit dieu enveloppé de ses langes. Celui-ci tourne la tête et regarde avec une curiosité enfantine l’étrange père nourricier qui va le recevoir dans ses bras. Aussi bien la barbe blanche de Silène, son nez camard, son corps entièrement velu, qui rappelle le -/opTaîoç yirwv dont s’afl'ublait au théâtre l’acteur chargé du rôle du Papposilène, sont bien faits pour provoquer l’étonnement. Mais Dionysos ne tardera pas à se familiariser avec Silène et à prendre avec lui les privautés dont parle Calpurnius^ :
Cui deiis arridens-, horrentes pectore setas Vellicat., aut digitis aurcs astringit aciitas.
Deux jeunes filles, deux nymphes de Nysa, assistent à la présen-
1. Hcydcniann, Uiia di Coliade. {Amtali, 1877, Moniimenti inédit!, vol. X,
pl. XXXVII a)