‹ Histoire de la céramique grecqueChapitre 62 sur 144 · I. Von Duhn, Arch, Zeitiingj i885, p. 20, pl, III · texte numérisé non relu

I. Von Duhn, Arch, Zeitiingj i885, p. 20, pl, III

Les vases à fond blanc.

un mois, soit au jour anniversaire de la mort, les parents se réunissaient, ornaient la stèle, apportaient des offrandes qui devaient encore réjouir celui auquel elles s’adressaient. Ces scènes, qui se passaient dans des nécropoles ouvertes, sous les yeux des passants, étaient familières à tous; mais est-ce à dire que les peintres de lécythes n’aient eu qu’à les regarder pour les reproduire? En aucune façon. Il est bien rare qu’ils recherchent le côté épisodique, comme dans un curieux lécythe du British Muséum, où un éphèbe poursuit à coups de pierres un lièvre passant devant une stèle. Presque toujours les scènes sont conçues dans le sens le plus général : les personnages, éphèbes, hommes âgés, jeunes femmes, ont le même caractère typique, et nullement individuel, que ceux des stèles funéraires attiques. Sur le lécythe du Louvre, encore inédit, que reproduit notre figure 86, ces trois catégories de personnages se trouvent réunies, et l’exemple que nous choisissons nous dispensera d’insister sur les autres. Au centre est la stèle, couronnée d’une palmette et posant sur trois degrés. Est-ce à la même sépulture qu’appartient le tertre ovale figuré à droite, et sur lequel sont déposées des bandelettes? On serait tenté de le croire et de chercher ici le commentaire des textes qui distinguent, pour un même tombeau, la stèle (otïi>.yi) et le tertre (yw[7.a).

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C’est d’ailleurs autour de la stèle que s’empressent les assistants. Une jeune femme, vêtue du costume des femmes athéniennes, les cheveux serrés dans une coiffe d’étoffe, tient la corbeille (xavoGv) contenant les offrandes destinées au mort : une guirlande de feuillage et des bandelettes rouges. En face d’elle, un jeune homme, s’appuyant sur les deux lances qui constituent l’armement habituel des éphèbes athéniens, l’himation rejeté sur le bras, ramène sa main droite vers son visage, pour faire le geste

Anthologie Palatine, VII, 24-

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consacré de la prière et de l’adoration. Enfin, un homme plus âgé, complètement enveloppé d’un manteau sombre, s’appuie sur un bâton, et, l’air recueilli, semble s’associer aux pieuses pensées des deux jeunes gens. Que ces témoignages de souvenir et d’affection parviennent jusqu’au mort et l’émeuvent dans sa tombe,

Fig." 87. — Scène du culte des morts. Lécythe athénien. (Musée du Louvre.)

cela n’est pas douteux; car voici, dans le champ, l’ei^wT^ov du défunt qui voltige autour des vivants, comme pour se mêler à eux, et renouer, ne fût-ce qu’un instant, les liens rompus par la mort.

Avec une singulière hardiesse de conception, les peintres de lécythes n’hésitent pas à supprimer parfois les limites du réel et du surnaturel et à montrer, au milieu de ses parents et de ses amis, le mort avec toutes les apparences de la vie. Sur un lécythe du Louvre (fig. 87) deux personnages sont venus rendre au

I. Pottier, Etude sur les lécythes blancs attiqiies, pl. IV. — Cf. Catalogue de la collection O. Rayet, n» 145.

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défunt les hommages habituels : l’un d’eux, un homme d’âge mûr, appuyé sur un bâton dont l’extrémité est placée sous l’aisselle gauche, a le type et l’attitude que la frise du Parthénon a popularisés dans l’art industriel; l’autre, un éphèbe, en chlamyde, le pétasos suspendu aux épaules, les deux lances dans la main gauche, tient au bout des doigts une perdrix, sans doute l’oiseau familier que le mort s’amusait à nourrir. Mais, en dépit de la présence de l’e’i'^wT^ov, c’est le défunt lui-même que le peintre a placé au pied de la stèle, sous les traits d’un jeune garçon jouant de la lyre b Veut-on un exemple encore plus caractéristique? 11 nous sera fourni par le beau lécythe représenté figure 88, qui offre avec certaines stèles funéraires de frappantes analogies Tous les archéologues connaissent la scène dite de la toilette, qui figure sur les bas-reliefs des tombeaux attiques; on sait que le type le plus parfait de cette série est l’admirable stèle de la nécropole du Céramique, où une jeune femme, Hégéso, est occupée à se parer et puise dans un coffret à bijoux que lui présente une suivante. Mais voyez comment la 'peinture, autorisant une liberté plus grande, a permis au potier athénien de réaliser une fiction pleine d’un euphémisme charmant : l’image de la morte s’est détachée de la stèle et revit au milieu des vivants 3. Une jeune femme, nonchalamment assise sur un siège à dossier et à pieds courbes (zAïcixoç), vêtue d’une tunique collante d’étoffe sohibre sur laquelle est passé un chiton sans manches, relève de la main gauche les plis de son voile et tient sur le revers de la main droite deux oiseaux familiers. Des suivantes

1. Même scène sur un lécythe publié par M. Furtwaengler, Collection Sabouroff, pl. LX, n° 2.

2. Dumont et Chaplain, Les Céramiques de la Grèce propre , pl. XXV-XXVI.

3. Sur un lécythe récemment trouvé à Érétrie, dans des fouilles faites par la Société archéologique d’Athènes, on voit un curieux exemple de la représentation de la morte encore étroitement associée à la stèle. Sur la plate-forme supérieure d’une stèle sans couronnement, le peintre a placé la morte assise, et présentant un objet à un jeune homme accroupi à ses pieds. A droite et à gauche deux vivants, de dimensions beaucoup plus grandes. ( ’M^iojxepiç àpxaio).o'vn<’ô, 1886, pl.4.)

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s’empressent autour de leur maîtresse. L’une d’elles apporte un alabastron rempli de parfums et un vase muni d’un couvercle à bouton, sans doute une plémochoé; une autre, coiffée d’une sorte de mouchoir noué sur le devant de la tête (oTvtcÔoccpsv^ovv)), tient un éventail de plumes monté sur un manche orné de palmettes

Fig. 88. — La morte auprès de la stèle. Lécythe athénien. (Musée du Louvre.)

et de volutes; enfin une troisième, qui ne figure pas sur notre dessin, apporte la corbeille employée pour l’offrande au tombeau, et le sens de la scène est ainsi discrètement indiqué. Néanmoins, grâce à ce mélange d’idéal et de réel, la composition flotte entre ciel et terre, et emprunte à son caractère indéterminé un charme infini.

Tous les lécythes attiques sont loin d’offrir un style aussi achevé et aussi parfait. Il y en a un grand nombre dont l’exé-

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cution très lâchée n’a pas dû coûter cinq minutes au potier. La clientèle peu fortunée se contentait de ces vases qu’on lui livrait à bon compte, et qui d’ailleurs n’étaient pas destinés à un long usage. Mais, même dans les plus soignés, la technique commandait une certaine rapidité de main. Une fois l’esquisse sommairement arrêtée à l’aide d’un crayon bleu ou gris, il fallait procéder sans hésitation et sans retouches, dessiner d’une main ferme et sûre les contours des personnages, les enlever comme un croquis. Pour y réussir, ce n’était pas trop d’une forte éducation artistique; aussi bien, malgré leur humble condition, ce sont de véritables artistes qui ont su dessiner d’un trait si sobre et si pur, avec un sentiment si profond de la grâce, ces charmantes figures d’éphèbes, et faire deviner, sous la transparence des vêtements, ces corps féminins aux silhouettes élégantes. A regarder ces exquises productions de l’art attique, on sent que le goût du beau avait pénétré dans les plus modestes ateliers ; ils sont bien de pure race attique ces potiers du Céramique, qui ont comme l’instinct inné de la noblesse des formes et de la grâce aristocratique.

Fig. 90. — Ménades dansant. Peinture d’une pyxis d’Athènes.

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