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Or, d’habitude, les peintres de vases n’indiquent pas le nom de leur patrie. Si Xénophantos a dérogé à l’usage, n’était-ce pas parce qu’il s’était établi dans le Pont? Et cette mention de sa qualité d’Athénien n’avait-elle pas pour objet de rehausser, aux yeux de ses clients, la valeur des produits de son atelier?
Pour la forme, et pour le style de la partie du décor qui est peinte, l’aryballe de Kertch est de la même famille que les vases à dorures étudiés dans le précédent chapitre; mais il montre l’application d’un procédé que nous n’avons pas encore rencontré jusqu’ici, à savoir l’emploi de figures en relief, modelées à part, et se détachant comme une frise sur les parois du vase. La décoration de l’aryballe de Xénophantos comporte deux frises de cette nature. L’une d’elles, la moins importante, est placée à la gorge du vase, et représente, répété trois fois, un groupe composé de Niké conduisant son char et d’un héros tirant de l’arc; dans les intervalles sont figurés Athéna combattant contre un Géant, et deux héros luttant contre un Centaure. C’est sur Tautre frise, celle de la panse, que l’artiste a reporté tout l’effort de son invention. Le champ du tableau est partagé verticalement par deux hautes colonnes, peintes en blanc, surmontées de trépieds dorés, et ornées
I. Antiquités du Bosphore Cimmérien, pl. XLV-XLVI. — Compte rendu de la Commission arch. de Saint-Pétersbourg pour 1866, pl. IV et p. 144.
Les vases ornés de reliefs
de larges feuilles épanouies qui leur donnent l’aspect de plantes arborescentes; au milieu est un palmier, et de chaque côté on voit des pousses de laurier avec des baies dorées. Des scènes de chasse forment le sujet de la composition, qui se divise en groupes de
deux ou trois personnages, tous revêtus du costume asiatique, mitre, tunique et anaxyrides. Au centre, et dans la partie supérieure, un cavalier désigné par le nom de Darius (AaPEIO^;) s’apprête à frapper un animal renversé sous les pieds de son cheval, et dont il ne reste plus que la silhouette.
Au-dessous, un autre Asiatique, Abrokomas, monté sur un char, attaque un sanglier à coups d’épieu.
Dans la partie gauche du registre supérieur, un chasseur, Cyros, donne des ordres à un valet qui retient à grand’peine un énorme
Fig. 100. — Aryballe à reliefs trouvé à Kcrtch. chien, impatient d’échap-
( Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.)
per à la laisse, et que suit üh personnage armé d’une bipenne, ce dernier simplement exécuté suivant les procédés habituels de la peinture rouge. A droite, un des compagnons de Darius portant un nom grec, Euryalos, secondé par Klytios, va donner le coup mortel à un sanglier coiffé par un chien.
D’autres scènes de chasse se mêlent à celles-ci; mais cette fois les chasseurs sont aux prises avec des animaux fantastiques, avec
et les vases en forme de figurines.
des griffons ailés à corps de lion. L’un d’eux, Artamis, brandit sa bipenne pour frapper un des monstres dont la tête est celle d’un aigle; d’autre part Seisamès et un de ses compagnons, tous deux en costume oriental, ont pour adversaire un griffon à tête de lion muni de cornes dorées. On n’a. aucune peine à reconnaître les habitants légendaires des régions hyperboréennes, les Arimaspes, combattant contre leurs ennemis habituels, les griffons, gardiens jaloux de l’or des monts Riphées. La présence de ces deux scènes, empruntées à la légende, exclut, pour les précédentes, toute interprétation historique. A coup sûr il serait tentant de reconnaître, avec le duc de Luynes, le fils d’Artaxercès Mnémon dans le Darius du vase de Kertch *. Mais Xénophantos a-t-il eu l’ambition de s’inspirer de l’histoire? Il a simplement combiné deux sujets, la légende des Arimaspes et une chasse orientale, motir que les broderies des tapis perses avaient depuis longtemps rendu familier aux Grecs; en désignant les chasseurs par les noms de Perses célèbres, il n’a pas eu d’autre objet que de prêter plus d’intérêt à la scène.
L’aryballe de Kertch, qu’on peut dater du milieu du quatrième
I. Duc de Luynes, Bulletin archéologique de rAthenœum français, i856, p. 17.
Fig. loi. — Aryballe à reliefs trouvé à Kertch. (Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.)
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siècle, est le type le plus achevé d’une série encore peu nombreuse de vases du même style. A la même fabrique, évidemment attique, se rattache l’aryballe dont la décoration en relief représente Andromaque assise sur le tombeau d’Hector, assistée d’Hécube, et recevant le petit Astyanax que lui apporte sa nourrice * ; citons encore celui de l’ancienne collection Blacas, aujourd’hui conservé au British Muséum, et montrant Dionysos et Ariadne escortés de deux Bacchantes 2. Tous ces vases sont contemporains des aryballes et des lécythes à dorures et à peintures rouges et blanches; mais le principe du décor est totalement modifié. C’est à l’art du métal, et non plus à la peinture, qu’il est emprunté. Les figures moulées sont, en effet, des imitations des appliques en relief qui décoraient les vases de métal et les boîtes de miroir en bronze; à l’habileté du peintre se substitue celle du modeleur.
L’imitation de la technique du métal est encore plus frappante dans une série de grands vases en forme d’hydries ou d’œnochoés, où la décoration peinte disparaît complètement pour faire place à l’emploi exclusif de la dorure et du relief, combiné avec celui du vernis noir. C’est aussi au musée de l’Ermitage que nous en trouverons le plus beau spécimen, dans la célèbre hydrie de l’ancienne collection Campana, trouvée à Cumes Ce vase passe à juste titre poilr une dés merveilles de la céramique grecque. Haut de soixante-cinq centimètres, il est décoré autour de l’orifice d’une rangée d’oves dorés. Tout le vase est revêtu d’un vernis noir, et la panse est côtelée, à part une bande étroite, ménagée à mi-hauteur, qui sert de fond à une petite frise en relief représentant des
1. Raoul Rochctu:, Monuments inédits, pl. XLIX, 3. — Catalogue Durand, n» 1379.
2. Panofka, Musée Blacas, pl. III. Voici d’autres exemples ; aryballe du musée de la Société archéologique d’Athènes, représentant Hermès et Maïa {Catalogue des vases d'Athènes, n» SyS); aryballe de la collection Rendis, à Corinthe ; femme assise avec Une suivante (Dumont, Peintures céramiques, p. 49)1
3. Stephani, Vasensammlung der K, Ermitage, n° 5i5. — Compte rendu de la commission arch. de Saint-Pétersbourg, 1862, pl. 111. — Bull. arch. napoletano, i855, t. III, pl. \'I. Cf. O. Rayet, Galette des Beaux-Arts, t. XXIV, 1881, p. 471.
Fig. 102. — Hydrie à reliefs trouvée à Cumes. (Musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.)
Les vases ornés de reliefs
animaux, griffons, lions et panthères. Sur la gorge se développe une composition également en relief, qui comprend dix figures, et dont le sujet est emprunté aux mythes éleusiniens. Aucune inscription n’accompagne les personnages, mais on reconnaît facilement au centre le groupe des deux divinités éleusiniennes : Déméter assise sur un rocher carré qui figure la pierre triste (âyé>.a(jToç nrexpa) d’Eleusis, et près d’elle Coré debout, les cheveux flottants, et tenant une torche.. Entre les deux déesses est placé un petit autel allumé, au-dessus duquel se croisent deux bâtons ornés de feuillages (Paityoi) comme en portaient les initiés. A droite de ce groupe figurent quatre personnages; d’abord un homme jeune et imberbe portant deux Panpi, et tenant le petit cochon de lait (6pôaYopu7x.o;) destiné au sacrifice : on y a reconnu tantôt Kéléos, le père de Triptolème, tantôt le héros Eubouleus; peutêtre est-ce simplement un sacrificateur. Plus loin Athéna assise, armée de la lance, puis Hécate tenant deux longues torches, enfin Aphrodite assise, un sceptre fleuronné à la main, le voile ramené sur la tête. A gauche de Déméter, c’est d’abord lacchos en costume féminin, appuyé contre un haut trépied, et s’entretenant avec Triptolème, assis sur son char ailé attelé de deux serpents; à gauche encore, un personnage tenant une torche, peut-être un dadouque, et près de lui Rhéa, la tête surmontée d’un calathos richement orné de perles. Bien qu’on ne puisse pas attribuer à l’hydrie de Cumes une date plus ancienne que le dernier quart du quatrième siècle, elle n’en occupe pas moins une place d'honneur dans la série des vases à reliefs. Nulle part on ne retrouve au même degré cette touche libre et souple, et cette étonnante finesse de modelé qui apparaît sous la dorure.
Faut-il faire honneur à la fabrication attique de cette admirable pièce, unique jusqu’ici? Le lieu de la provenance, l’imitation évidente des hydries campaniennes en bronze, fournissent de sérieux arguments pour l’attribuer au contraire à un atelier de Cumes. On sait d’ailleurs combien cette technique était familière aux potiers
et les vases en forme de figurines.
campaniens. Une superbe série de vases noirs côtelés ou lisses, rehaussés de dorures, que possède le British Muséum, et qui proviennent de Capoue, ne laisse aucun doute sur ce point. On y retrouve les formes élégantes et fièrement découpées des vases de bronze ', et la dorure, appliquée sur de très légères saillies, y est répandue avec une richesse qui va souvent jusqu’à la profusion. Un des plus dignes d’attention est la magnifique œnochoé à panse cannelée, portant en relief une Bacchante devant un hermès de Dionysos. Ailleurs, sur un cratère à panse lisse, des guirlandes de feuillage, des ornements en forme de colliers et de pendeloques forment une décoration brillante et luxueuse qui contraste avec le goût sobre des céramiques attiques.
Au reste, les ateliers de Cumes et de Capoue n’ont pas eu le monopole de ce genre de poteries. On en trouve à Rhodes en Attique et dans la Cyrénaïque. C’est même de cette dernière région que provient une œnochoé appartenant à M. Carabella, et qui nous apprend quels noms les potiers grecs donnaient eux-mêmes à ce genre de vases 3. Le pied porte l’inscription suivante, gravée à la pointe : Aeia êvvevvixovTa. 'Paê^cova èvvev7ix.ovTa. Comme
l’a reconnu A. de Longpérier, c’est un memento pour une commande de vases. Le mot désigne les vases à panse lisse, et le mot paê^wva les vases à panse côtelée.
Si la Grèce n’a fourni, comparativement à l’Italie, qu’un petit nombre de ces poteries, on est en droit de penser qu’elles étaient fabriquées à peu près partout. On peut cependant attribuer à la fabrique d’Alexandrie une classe restreinte de vases qui sont des imitations lourdes et sans grâce des céramiques à reliefs et à dorure. Le musée de la Société archéologique d’Athènes possède une amphore à anses cordées, à panse cannelée, revêtue d’un
1. Cf. l’œnochoé de bronze du Cabinet des Médailles publiée par F. Lenormant {Ga:{ette archéologique, 1875, pl. 23).
2. Le musée de Berlin en possède plusieurs exemplaires provenant d’Haghios Sidéros, et qui ont fait partie de la collection Biliotti.