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FABRIQUES DE LA GRÈCE PROPRE

ÉTERMiNER, avcc UDC parfaite rigueur, la date à laquelle la peinture céramique prend fin dans la Grèce propre, est chose bien difficile en l’état actuel de nos connaissances. Il n’est pas beaucoup plus aisé de fixer le moment où commence la décadence. Les indices font trop souvent défaut pour le classement chronologique des vases : pas de signatures d’artistes qui nous fournissent des points de repère; les inscriptions, dont les céramistes étaient autrefois si prodigues, deviennent fort rares. Aussi le style plus ou moins négligé des peintures est-il encore l’élément le plus certain dont nous puissions disposer pour reconnaître les vases exécutés dans la dernière période de l’industrie céramique, c’est-à-dire pendant le dernier quart du quatrième siècle et une partie du troisième.

28 O Les vases à figures rouges de V époque macédonienne.

Pour suivre d’aussi près que possible l’histoire des fabriques purement grecques, reportons-nous à la date qui marque, dans le quatrième siècle, l’époque la plus brillante de la peinture de vases en Attique. Vers 35o, l’art athénien est dans tout son éclat. Praxitèle, en pleine période d’activité, exécute VEros de Thespies et le Satyre de la rue des Trépieds. Si, à l’extérieur, la puissance macédonienne paraît déjà menaçante pour des esprits clairvo}^ants, Athènes peut encore se bercer de rêves glorieux. C’est seulement dix- huit ans plus tard que la bataille de Chéronée • dissipera brutalement ses illusions. Mais la perte de son indépendance politique a-t-elle pour Athènes des conséquences immédiates, au point de vue de la prospérité matérielle? Entraîne-t-elle subitement la ruine de son industrie? Tout ce qu’on sait de l’histoire de l’Attique à cette époque prouve le contraire. Sous Alexandre, et pendant la paix de dix ans qui coïncide avec l’administration de Démétrius de Phalère, jusqu’en 3oy, Athènes reste le foyer de la vie artistique et intellectuelle. Les étrangers y sont nombreux et son commerce est florissant. Si l’on en juge par le grand nombre des vases attiques trouvés dans les nécropoles de la Crimée, et appartenant à la période comprise entre les années 35o et 3oo, les relations commerciales avec le Bosphore * continuent, aussi suivies que par le passé. Les ateliers d’Athènes sont encore le principal centre de la fabrication grecque. Toutefois, les événements qui suivent la reprise d’Athènes par Démétrius Poliorcète (296) semblent avoir rudement atteint la prospérité de la ville. Après la guerre dite de Chrémonide, elle perd toute importance et végète obscurément jusqu’à la conquête romaine. C’est donc vers le début du troisième siècle que l’industrie attique commence à décliner.

Les vases attiques contemporains d’Alexandre montrent l’application des principes mis en vigueur par les artistes de la première moitié du quatrième siècle. Dans les grandes compositions, on a tout à fait renoncé à disposer les personnages par zones.

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suivant la méthode qui avait duré si longtemps. Désormais les personnages sont répartis sur plusieurs plans. Les céramistes se préoccupent surtout de grouper le plus grand nombre possible de figures, et pour cela ils empruntent à la peinture sa perspective, ils étagent les personnages, ils les font passer les uns devant les autres et offrent ainsi à l’œil des compositions très pleines et très serrées. En outre, l’usage des engobes blanches, appliquées sur les chairs des femmes et des Eros, sur les accessoires tels que les bijoux et les parures, est devenu général et persistera jusqu’au déclin de la peinture de vases.

Le Louvre possède un fort beau vase où tous ces caractères se trouvent réunis ; c’est une amphore à anses cordées, munie d’un couvercle à bouton, et mesurant dans son entier 8 1 centimètres de hauteur'. Sur tout le pourtour de la panse se développe, sans interruption aucune, une vaste composition offrant un luxe inusité de personnages : elle ne compte pas moins de 47 figures. Nous ne pouvons ici la décrire en détail; notre figure 108, qui reproduit une des faces de l’amphore, suffit à montrer avec quelle verve et quelle ampleur le peintre a traité un sujet familier entre tous aux artistes grecs, le combat des dieux contre les Géants. Le milieu de l’espace compris entre les deux anses détermine le centre de la scène. A cette place est représenté Zeus debout, le sceptre dans la main gauche et tenant de la droite le foudre, dont il va frapper un jeune Géant qui cherche en vain à parer le coup en levant vers le dieu son bras gauche entouré d’une peau de panthère. De chaque côté de Zeus sont des groupes disposés avec une recherche visible de la symétrie. D’une part, le char du dieu, conduit par Niké, est attelé de quatre chevaux auxquels le peintre a alternativement donné une teinte blanche, ou laissé la couleur rouge de la terre; plus loin, Apollon, tenant son arc et brandissant une torche. A droite de Zeus, et entraînés vers une

I. Ravaisson, Monuments grecs publiés par l’Association des études grecques, 1875, pl. I Cl II.

Fabriques de la Grèce propre.

direction tout opposée, sont Dionysos, debout sur son char attelé de deux panthères, et Poséidon, monté sur un cheval blanc. Dans la partie inférieure, mêlées aux Géants qui occupent le premier plan, Artémis et Athéna sont aux prises avec deux adversaires : la sœur d’Apollon, chaussée d’endromides, et vêtue d’une tunique de dessus richement brodée, est armée, comme son frère, d’un arc et d’une torche, tandis qu’Athéna combat avec la lance. Viennent ensuite Héraclès, qui a posé sur le sol sa lourde massue et s’est agenouillé pour décocher une flèche, dans l’attitude que lui prêtent les monnaies de Thasos, et enfin Hermès, le pétase aux épaules, une courte épée à la main. Au revers de l’amphore, les combattants divins sont Arès et Aphrodite, tous deux montés sur un char auprès duquel le petit Eros lutte vaillamment, agenouillé sur le dos d’un des chevaux de l’attelage; '’puis deux divinités féminines, peut-être Déméter et Coré et les deux Dioscures. Quant au personnage tirant de l’arc, placé entre Arès et Poséidon, il faut sans doute y reconnaître une Amazone alliée des Géants.

Est-il besoin d’insister sur le caractère pictural de la composition? L’influence de la peinture décorative apparaît partout, dans le groupement très libre des figures, dans l’art avec lequel l’artiste a su relier les personnages du second plan à ceux du premier. On sent que ces procédés sont depuis longtemps pratiqués dans les ateliers, et que la main des potiers y est rompue. Quant au style, malgré quelques incorrections et une tendance fâcheuse à alourdir les proportions, il ne manque ni de souplesse ni de vigueur. Le type attribué aux Géants dans cette scène de gigantomachie nous fournit d’ailleurs, pour dater le vase du Louvre, d’utiles indications. Les adversaires des dieux n’ont pas encore la forme de monstres anguipèdes que leur donnent, vers le début du second siècle, les sculpteurs de la frise de Pergame ‘. Sur l’am-

I. Elle apparaît seulement sur les vases de la dernière époque, par exemple sur une œnochoé de la collection Castellani. (Heydemann, Zeus im Gigaiitenkampf, Halle, 1876.)

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phore du Louvre, comme sur un vase du musée de Naples qui s’en rapproche beaucoup pour le style les Géants n’ont rien de monstrueux. Quelques-uns d’entre eux portent même, suivant la vieille tradition grecque, des pièces d’armure, le casque et le bouclier; ceux qui combattent à l’aide de quartiers de rocs et de brandons enflammés ont le type juvénile dans toute sa beauté. L’amphore du Louvre peut donc être considérée comme contemporaine du règne d’Alexandre, au plus tard. L’artiste inconnu qui l’a exécutée appartient bien à cette génération qui voit déjà poindre les tendances de l’art alexandrin, à savoir la recherche des oppositions violentes, le goût de l’effet dramatique et de la mise en scène théâtrale. La provenance du vase est connue : il a été trouvé dans l’île de Milo. Mais nous n’hésitons pas à le rattacher à la fabrique attique.

Pour apprécier avec quelque certitude le style de la céramique attique au temps d’Alexandre et de ses successeurs immédiats, c’est à coup sûr dans les salles du musée de l’Ermitage, à Saint- Pétersbourg, qu’il faut chercher des exemples. La plupart des vases trouvés dans les nécropoles de Panticapée présentent, pour la forme et le décor, des caractères qui dénotent clairement leur origine attique; on y observe le même style souple et facile, dont les principes se laissent encore entrevoir, malgré la mollesse et la négligence de l’exécution, sur les vases de la décadence.

Nous choisissons, comme un des meilleurs spécimens, une lékané de l’Ermitage provenant du tumulus de louz-Oba, près de Kertch; c’est une coupe à deux anses, très basse sur pied, munie d’un couvercle ^ (fig. 109). Les vases de cette forme servaient aux usages de toilette; aussi sont-ils décorés presque exclusivement de sujets empruntés à la vie des femmes, scènes de bain et de jeux, concerts, entretiens galants; des Eros voltigent

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