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LES QUESTIONS SOCIALES SOUS LES EMPEREURS

LA SITUATION DES PEUPLES

Constantin vainqueur de Maxence promulgue à Milan, en 31 3 > de concert avec son allié d’un jour, Licinius, Tédit de tolérance qui reconnaît officiellement la religion du Christ. Sauf un court intervalle (361-363, règne de Julien), les souverains se disent chrétiens.

Faut-il en conclure que l’heureuse influence des évêques, des conciles, va s’exercer pacifiquement auprès des maîtres du monde? Hélas, non. Aux violences païennes succèdent les persécutions suscitées par les hérétiques : Apollinaire, Arius, Macédonius, Nestorius, Eutychès, et bien d’autres, bouleversent la société. Les Athanase, les Jean Chrysostome, nombre de pieux évêques sont victimes de la haine de Princes et d’impératrices qui n’ont de catholiques que le nom. Gratien, Théodore Théodore II et Pulchérie sa sœur, Marcien forment des exceptions.

D’un autre côté les barbares avancent, et sous les coups d’Odoacre l’Occident cesse, en 476, d’avoir un empereur particulier alors que par une véritable ironie ce dernier fantôme de monarque s’appelle : Romulus Augustule.

Nous allons étudier ce que durant cette période si troublée

1. « Les modernes croient voir un empire d’Occident qui disparaît en 476; mais les hommes du v® siècle n’ont pas vu cela... Aux yeux des contemporains... que son chef résidât à Rome ou à Constantinople peu importait; il existait toujours un empire romain qui embrassait tout l’ancien monde » (Fustel de Coulanges, L’invasion germanique, ouvrage revu par C. Jullian, fn-8, 1891, liv. II, chap. X et XI, p. 502 et 520.)

(31 1-565) la charité peut accomplir en faveur de ceux qui souffrent ; il faut toutefois, au préalable, se rendre compte de la situation économique des peuples composant l’Empire.

§ 1®^. — Les résultats de la fiscalité impériale et des invasions.

L’exploitation des provinces par Rome n’est pas un fait récent, il y a des siècles que la politique des Quirites pèse sur elles et précipite leur ruine.

Cette administration oppressive, rapace, grandit sous les Césars, avec le pouvoir d’un seul; les fonctionnaires vivant des revenus de l’Empire, s’imposent ensuite aux chefs du Pouvoir, même à ceux animés des meilleures dispositions, et paralysent toute amélioration qu’ils considèrent comme préjudiciable à leurs propres intérêts.

Le fisc invente chaque jour des procédés arbitraires destinés à faire affluer l’or (on pourrait dire le sang) des contribuables dans les caisses de l’Etat; il lève les impôts à l’aide du fouet et de la torture. Au iii® siècle, les populations désertent les champs, la forêt remplace les cultures ^ et l’insurrection des Bagaudes ravage la Gaule. Constantin et ses successeurs, c’est là leur tort, ne savent point résister à cet entraînement; la cour fastueuse de Byzance les dilapidations des favoris, accroissent encore les besoins du trésor, « sacratissimum ærarium. »

Au début, après ses conquêtes successives, le Sénat laisse subsister la vie municipale dans les régions placées sous le joug; les magistrats élus par leurs concitoyens se plaisent à embellir les cités, et le tribut qu’exige le Peuple Romain est payé sans trop de difficulté. Puis les ressources diminuent chez les vaincus, tandis que les exigences des vainqueurs s’accroissent ; on commence à rendre les membres de la curie ^ responsables de la

2. « Desererentur agri, et culturæ verterentur in silvam » (Lact., de mortibus persecutorum, VII (Migne, VII, p. 204).

3. Voir dans le Code Théodosien : VI, i-xxxvii, l’interminable liste des fonctionnaires de la Cour Impériale.

4. « Curialis. Ce mot, dans le bas Empire, est le synonyme exact de décurion; il s’applique à tous les membres du sénat municipal, ou Curta.Le titre de Curialis,

LA SITUATION DES PEUPLES

rentrée des impôts. Du temps de Trajan les curiales cherchent déjà à échapper à un pareil fardeau et « il faut tout raveug“lement de la passion pour ne dater que de Constantin la décadence de cette institution et le dépérissement de l’Empire »

Alors commence une lutte séculaire entre les représentants du fisc, qui cherchent à recouvrer l’intégralité des impositions, et les curiales, ruinés s’ils ne pressurent pas les habitants ; exposés à la haine de tous s’ils font rentrer par force les fqnds publics dont ils demeurent personnellement responsables*'^.

Les Codes Théodosien et Justinien renferment des centaines de Constitutions ^ relatives à ces propriétaires fonciers, attachés à une ville 9 sans pouvoir circuler librement, privés du droit normal de disposer de leurs biens voyant se dissiper leur avoir et leurs fils devenir obligatoirement héritiers des charges paternelles

Les curiales eux-mêmes, en dépit de vains honneurs, sont expo-

à partir du iv® siècle, ne constitue plus une dignité personnelle, mais une condition sociale qui s’acquiei’t par la naissance ou par la fortune » {Dict. ant. grecq. et rom., art. de G. Lacour-Gayet, t. I®*", 2® partie, p. 1632).

5. G. Plin. cœcilii, second., Epistolæ, X, cxiv : « Adversus eos, qui inviti fiunt decuriones », écrit Trajan.

6. Wallon, Hist. de l’esclavage, 2® édit., t. III, livre III, chap. V, § 3, p. 179.

7. « Ubi non quot curiales fuerint, tôt tyranni sint » (Salv., de gubernatione Del, V, IV (Migne, LIII, p. 98).

8. Cod. Theod., XII, 1 à 19; Cod. Jiist., X, 1 à 76. — En ce qui concerne le Code Justinien nous avons eu recours, pour les citations et les dates, aux éditions les plus récentes. Mais au point de vue de la division des chapitres nous n’avons pas cru devoir tenir compte des modifications, peu importantes d’ailleurs, apportées à l’ancien numérotage auquel se réfèrent naturellement tous les ouvrages publiés il y a un certain nombre d’années.

9. Cod. Just., X, XXXI ; De decurion., 16 (ann. 324), — Nous ordonnons que les curiales ne fuient point les villes pour aller habiter la campagne; le domaine rural dans lequel ils auront fixé leur demeure sera adjugé au fisc {Cod. Just., X, xxxvii, si curialis (ann. 396). — H. Wallon, dans son Histoire de l’esclavage, op. cit., t. III, a traité à fond cette question des curiales (chap. V, § 3, p. 179 et suiv.).

10. Cod. Just., X, XXXIII, de prædiis decurionum, 1-3 : « Enfermé dans la curie comme dans une geôle le curiale était le prisonnier de son municipe, l’esclave de sa fortune... » (Duruy, Hist. des Romains, in-S, t. VII, chap. lxxvii, p. 240).

11. Les biens du curtaie mort intestat sans héritiers légitimes sont dévolus à la Curie {Cod. Just., VI, lxii, de heredit. decurion., 4 (ann. 429). — S’il n’existe pas d’héritiers capables de prendre la place du curiale décédé, la curie hérite d’un quart {Cod. Just., X, xxxiv, Quando et Quitus..., 1-2 (ann. 428-443). Plus tard, cette confiscation est portée aux trois quarts {Aut. coll., IV, xvii, nov. XXXVIII, De decur. et filiis eoruiw, VIII, ii, iiov. CI, de don. a curial., factis, cap. 3.)

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sés à être frappés avec des lanières plombées, « plumbatarum vero ictus», suivant décision arbitraire d’ün préfet ou déjugés suspects

Chacun cherche à éviter un si triste sort par la fuite au loin ; en entrant dans l’armée en s’affiliant à une corporation de métier. On va habiter chez les peuples barbares Des m^éntzs tentent d’aliéner leur liberté en se réfugiant chez de grands propriétaires dont ils épousent une esclave D’autres cèdent leurs terres à des nobles, exempts de la curie, et les cultivent pour le compte de l’acquéreur*'^.

Mais autant les curiales montrent d’ingéniosité à soulever le vêtement de plomb qui les écrase, autant le fisc et ses agents font preuve d’âpreté et de cruauté dans la recherche et la punition des fugitifs Aucun effort ne coûte pour leur imposer à nouveau des fonctions odieuses, considérées parfois comme une peine En attendant, les biens du délinquant servent à indemniser la curie désertée

12. Cod. Theod.^ IX, xxxv, de Quæst., 2 (ann. 376) ; Commentaires de Godefroy, t. III, p. 273-274; Cod.Jast., X, xxxi, de decurion., 40 (ann. 387).

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