Act. Apost., II, 41 ; IV
Les nouveaux convertis persévèrent tous dans la foi, la communion de la fraction du pain et les prières. 11 n’y a nul pauvre parmi eux, « neque enim quisquam egens erat inter illos », car ils sont tous unis et tout ce qu’ils possèdent devient commun, « erant illis omnia communia. » Ils vendent leurs terres, leurs autres biens25, et en mettent le prix à la disposition des Apôtres qui le répartissent selon les besoins particuliers. Cette multitude de croyants n’a qu’un cœur et qu’une âme [Act. apost., II, 41-47 ; IV, 32-35).
Voici cependant une ombre au tableau : les premiers convertis comprennent des Juifs désignés sous le nom A hellénistes parce qu’ils parlent la langue grecque et subissent, en une certaine mesure, l’influence de l’étranger. Les Juifs parlant seulement l’araméen, dont l’orgueil national est surexcité outre mesure par le pharisaïsme, méprisent les hellénistes'^^. Ces préjugés ne disparaissent pas entièrement dans l’Eglise du Christ Les hellénistes se plaignent que leurs veuves sont moins bien partagées lors des distributions journalières. « Factum est murmur Græcorum adversus Hebræos, eo quod despicerentur in ministerio quotidiano viduæ eorum » [Act., VI, i) ^8,
Les douze Apôtres disent alors aux disciples, il n’est pas équitable que nous quittions la prédication pour avoir soin des tables et empêcher qu’il ne se passe aucune injustice dans la répartition des aumônes en les distribuant nous-mêmes ; choisissez sept hommes d’entre vous d’une probité reconnue, pleins de l’Esprit saint et de sagesse auxquels nous commettrons ce ministère.
25. « Rem omnem pretiosam a parentibus mortuis sibi relictam vendidit et egentibus distribuit, sibi vero solum agrum unum reservavit unde ali possit. » Il vendit même ensuite ce champ {Laiidatio S. Barnabæ^ cap. I, § 15. — Act. sanct. Bolland., XXII, p. 435.)
26. E. de Pressencé, Hist. des trois premiers siècles de VEglise chrétienne. Le siècle, in-8 ; 1858, liv. I, chap. II, p. 382.
27. Une première question se pose pour les convertis d’origine hébraïque; la bonne nouvelle est-elle réservée au peuple choisi, ou bien les Gentils doivent-ils être admis à la recevoir? La solution de ce problème est révélée à Pierre; l’Esprit saint descend sur le centurion Corneille, homme juste, distribuant beaucoup d’aumônes au peuple (AcL, X-XI), aussi Pierre s’écrie-t-il (X, 34-35) ; « En vérité, je vois bien que Dieu ne fait point acception des personnes, mais qu’en toute nation celui qui le craint et dont les œuvres sont justes lui est agréable. »
28. Corn, a Lapide, Comm. in scrip. sacram (édit. Vivès), XVII, cap. VI, p. 159 et seqq.
LA LOI NOUVELLE
Telle est rorig*ine des diacres {Act., VI, 1-7).
Faut-il voir dans cette constitution intime de l’Eg'lise de Jérusalem, comme beaucoup l’affîrment, l’application des doctrines communistes présentées au monde à titre d’exemple et devant servir de type universel? Aucunement.
Nombre de fidèles, suspects à la synagogue qui emprisonne, persécute, met à mort diacres et apôtres, sont sans ressources. Le sentiment fraternel enflamme les cœurs, multiplie les offrandes, mais cette charité est volontaire, spontanée.
« La communauté des biens n’a rien d’absolu ni d’obligatoire, elle est basée sur un libre consentement » Les Actes nous fournissent la preuve de cette vérité : deux époux poussés par un détestable sentiment de vanité, apportent à Pierre une somme d’argent et veulent faire croire qu’ils se sont dépouillés entièrement de leur avoir, tandis qu’une partie du prix de vente est mise en réserve par eux. La justice divine les frappe. Est-ce pour ne pas avoir abandonné la somme totale? Non ; ils ont menti à Dieu, « non es mentitus hominibus, sed Deo. »
Pierre le déclare de la manière la plus explicite ; s’adressant à cet homme nommé Ananie : « Gomment, lui dit-il, Satan a-t-il pu te tenter jusqu’à te faire mentir au Saint-Esprit en te portant à détourner une part de ce fonds de terre ? « Fraudare de pretio agri. » Ce champ ne demeurait-il point toujours à toi si tu avais voulu le garder? Et même, après la vente, la valeur restait encore ta pleine propriété, « nonne manenstibi manebat, et venundatum in tuâ erat potestate » (AcL, V, I, 11).
D’un autre côté, «il est évident, conclut Sudre, qu’un régime fondé sur la distribution des possessions des fidèles, sur la consommation de capitaux qui ne se reproduisent pas, est essentiellement temporaire et transitoire. Aussi il n’est établi dans aucune des Eglises que les apôtres ne tardent pas à fonder »
29. «...Ils se déchargèrent aussi en mesme temps sur eux (les diacres) du service de l’Autel, en partie mesme du ministère de la parole divine; puis qu’alors la Table sacrée et la Table commune n’estoient point encore séparées » (Thomassin, Ane. et nouv. discip. de VÉglise, in-fol. 1679, t. pr, Hv. P% chap. XXV, § iii, p. 78.)
30. E. de Pressencé, op. cit., liv. chap. P% § 2,p. 379 ; Schmidt, op. cit.,\iv. II, chap. P‘‘, § 2, p. 182-186 ; F. de Ghampagny, La charité chrétienne dans les premiers siècles de VÉglise., in-12, 1856, chap. III, § P% p. 65-67.