‹ Histoire de la charité (volume 2)Chapitre 63 sur 89 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS

§ jer — Dq nature et de V organisation des établissements hospitaliers.

Les asiles d’Orient et d’Italie, affectés aux pauvres, aux infirmes, aux malades, se forment insensiblement par suite de la transformation naturelle des œuvres préexistantes en présence de besoins nouveaux.

Au cours des premiers siècles de Père chrétienne, les évêques accueillent les voyageurs, les nécessiteux, tous ceux sollicitant aide et assistance. C’est dans leur propre demeure qu’ils distribuent les secours, soit par eux-mêmes, soit par l’intermédiaire des diacres. Ces derniers, que secondent les diaconesses, vont à leur tour porter à domicile les aumônes, les consolations de toute nature.

Les riches après avoir donné la nourriture aux malheureux, leur assurent, grâce à leurs valetudinaria privés, des soins médicaux temporaires lorsque cela est indispensable.

Il ne peut être question de fondations stables, apparentes ; on vit au jour le jour ; sans cesse â la veille d’être jeté en prison, proscrit, livré aux bêtes du cirque : « christianos ad leonem. »

Une fois la liberté reconnue à l’Église, le nombre des solliciteurs augmente, en raison du mouvement ascensionnel des conversions ; la demeure épiscopale est trop étroite, le valetiidinarium du palais patricien ne suffit plus. On utilise, en premier lieu, les dépendances immédiates des maisons dont il vient d’être parlé ; elles deviennent insuffisantes à leur tour ; les fidèles se trouvent débordés par le flot croissant des misères à soulager. Or, maintenant, la confiance règne; les communautés ont le

droit de posséder des biens immobiliers et il est possible de songer à des institutions publiques, durables, jouissant d’une existence légale.

C’est seulement alors, à partir de l’an 325, environ, que s’élèvent des bâtiments consacrés à différentes catégories d’infortunes, indépendants de la demeure des évêques ou des particuliers. Ces établissements reçoivent des noms, empruntés à leur destination et tirés du grec, parce que ce mouvement commence en Orient.

La législation leur concède une vie propre, mais ils ne représentent point pour cela une idée inconnue aux âges précédents; il s’agit simplement d'un mode d’exercice de la bienfaisance imposé par les circonstances : ce sont de simples prolongements des salles où la charité s’exerce aux époques antérieures b

Cette transformation est lente, progressive, variable selon les localités, et elle ne frappe les historiens que quand il s’agit d'asiles considérables ou d’œuvres dues à l’initiative de personnages universellement connus

Parfois aussi des institutions pour ainsi dire ignorées à l’origine, devenues plus importantes, attirent Pattention et font revivre le nom présumé du premier fondateur. C’est ainsi que la tradition rapporte à Hélène, mère de Constantin, et à Eubule, l’un des douze sénateurs romains amenés par cet Empereur sur les bords du Bosphore, l’organisation d’établissements existant à Constan'.inople

1. Lorsque la nécessite ne s’en fait pas sentir, les évêques occidentaux, saint Augustin par exemple, ne créent point de suite des asiles séparés de leur demeure et continuent à recevoir à leur table frugale des hôtes dont le nombre est plus restreint que dans les cités de l'Orient.

2. « Le monde entier, écrit saint Jérôme, en 399, apprend qu’un XenocJochium est établi sur le port romain (par Pammachius). L’Égyptien et le Parthe le savent au printemps. La Bretagne connaît la nouvelle dès l’été » {Epist., LXXVII, ad Oceanum, § 10; Migne, XXII, p. 697).

3. Du Gange, Historia hyzantina, IL Constaniinopolis christiana, in-foL, Lutetiæ parisiorum, cio-ioc-lxxx, lib. IV, ix, ii ; p. 163 : « Xenodochium Euuuli. Ita appellatum ab Eubulio illius conditore quem duodecim senatoribus quos Româ Byzantium adduxit Constantinus. » — IX, xxii,p. 166 : « Gerocomium, sanctam Helenam exstruxisse tradunt origines Constantin., ineditæ. » On peut citer également le Xenodochium sampsonis (ou samsonis)^ incendié lors d'une émeute et reconstruit avec magnificence par Justinien {Constantin., christ., op. cit., IX, ix, p. 164 ; Aut. coll., V, xiv, nov. LIX, cap. 3).

LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS

C’est surtout en Orient, nous le répétons, en raison du développement rapide de la doctrine chrétienne, que les évêques ouvrent ces asiles qui deviennent un appendice ordinaire des Eglises Une calamité imprévue peut également donner naissance à des installations momentanées, transformées plus tard en établissements définitifs. A Édesse, lors d’une famine, accompagnée, selon l’habitude, d’une contagion redoutable, Ephrem convoque la population afPolée, demande aux riches de l’or, installe environ trois cents lits sous les élégants portiques de la cité ; trouve des auxiliaires parmi les pauvres encore valides et triomphe du fléau

Jacques, évêque de Nisibe, Basile, Jean Ghrysostome, suppriment les dépenses inutiles, vivent de peu, afin de réunir les ressources indispensables pour élever et soutenir ces maisons des pauvres ; ils ont de nombreux imitateurs

Les monastères naissants affectent une partie de leurs bâtiments au service des étrangers et ne tardent pas à posséder tout ce qu’exige l’exercice de la charité envers les pauvres, les veuves et les orphelins

Dans les lieux de pèlerinage, s’élèvent des hôtelleries gratuites

4. Théodoret, Ilist. eccles., V, xviii (Mig-ne, LXXXII, p. 1238). Saint Épiphane (mort en 403) parle comme d’une fondation ancienne d’un asile de Sébaste affecté au soulagement des pauvres, ÇsvoSo/eiov, ou, comme on dit dans le Pont ;:Tto/otpo(psïov {Discours contre les hérésies, liv. III, lv (lxxv); contre Ærius, § 1®''; Migne, XLII, p. 503-504). Il arrive que des évêques transforment leur maison en établissement hospitalier et se retirent ailleurs. Le Xenodochium TheophiLi, à Constantinople, occupe au contraire un édifice consacré antérieurement à Vénus, « eo loco ubi antea erat lupanar » [Constant, christ., op. cit., lib. IV, IX, XI, p. 164-165).

5. « Atque argento ab illis accepte circiter lectulos trecentos in publicis porticibus constituit; et non eorum solum, quos famés in morbum conjecerat, curam suscepit, verum etiam peregrinos, et eos qui egestate rerum ad vitam necessariarum coacti, ex agris eo vénérant, benigne tracta vit » [Act. sanct. Bolland., IV, p. 77-78 ; Vita S Ephr., § 7, ex Sozomeno ; Hist. eccl., lib. III, cap. XVj.

6. Saint Jacques, mort en 350. — « Sa table fut toujours pauvre, ses habits grossiers; il n’eut jamais pour lit qu’un sac jeté à terre; ses plus chères occupations étaient de consoler les affligés, secourir les malheureux, les orphelins, rétablir la paix dans les familles » [Act. sanct. Bolland., XXXI, p. 28 et seqq.).

7. Abbé Marin, Les moines de Constantinople (330-898), op. cit., liv. I®'", chap. IV, p. 57; Montalembert, Les moines d'Occident, op. cit., liv. IX, t. I®', p. 74-75. — Naucrate, frère de saint Basile, entraîné vers la solitude, se retire sur une colline près de la rivière d’iris et y établit un asile pour quelques vieillards qu’il nourrit en partie du produit de sa chasse (Paul Allard, Hist.de saint Basile, in-8, 1899, I, chap. III, p. 20).

à l’usage des indigents ; elles portent le nom de Tuavoo^jsiov ; quelques-unes sont encore debout à l’heure actuelle

L’établissement, ou plutôt le groupe d’établissements, fondé aux portes de Gésarée par saint Basile, obtient rapidement une renommée méritée.

Sortez de la cité, dit saint Grégoire de Naziance, regardez cette ville nouvelle ; c’est le trésor où les riches viennent placer à l’abri des vers et des voleurs le fruit de leurs épargnes ; ils y portent leur superflu, même leur nécessaire. Je ne connais rien de supérieur à cet asile de miséricorde, il surpasse ces fameuses merveilles aujourd'hui tombées en ruines. « Rien n’est admirable comme cette voie raccourcie du salut, cette rampe douce par laquelle on monte au ciel »

Au siècle suivant, la fondation porte encore le nom de Basiliade (BaaiAsiaocç) en l’honneur du saint évêque

Saint Jérôme, à son tour, vient nous entretenir des hauts faits de la charité italienne; il écrit à Pammachius : « J’apprends que tu as élevé un Xenodochium au port romain et planté l’arbre d'Abraham sur la terre ausonnienne. Tu as bâti une Bethléem (maison de pain) où le pauvre, après avoir souffert longtemps la faim, reçoit sans aucun retard de quoi subvenir à ses besoins. « Domum panis ædifîcas et diuturnam famem repentina saturitate compensas »

8. Pandocheion à Deïr Sem’an. « Celui que représente notre planche est de dimensions modestes; il ne diffère pas sensiblement des autres maisons, si ce n’est par le curieux arrangement du portique inférieur, avec son double rang’ de supports et ses chapiteaux composés de l’extrémité sculptée des poutres de pierre. L’inscription gravée sur le linteau de la porte est ainsi conçue : Christ — Michel — Gabriel! — Cette hôtellerie a été achevée le 22 Panémus^ 527 — Christ soit secourable. Siméon fils de... a fait. » La date correspond au 22 juillet 479 de notre ère (C® de Vogué, Syrie centrale., Archiv. civ. et relig. du au VHP siècle, in-4, 1865-1877, t. I®*’, région du Nord, planche CXIV, p. 128). Voir aussi L'Habitation byzantine, par L. de Beylie, in-4, Paris, 1902, p. 44-45, où l’auteur a essayé une restitution complète du Pandocheion; p. 60 il représente un hôpital construit à Damas au viii® siècle, sous le calife El-Oualid, par des Coptes.

9. Oraison funèbre de saint Basile, prononcée en 381, discours XLIII, § lxiii (Migne, XXXVI, p. 578-579).

10. Sozomène, Hist. ecclés.,\l, 34 [in fine] (Migne, LXVII, p. 1398).

11. Epist., LXVI, de morte Paulinæ, § 11 (Migne, XXII, p. 645). — M. de Rossi croit que l’on a retrouvé les fondations de cet édifice remontant à l’année 398, et qui aurait été fort important : « Ecco que il Principe Torlonia ha rinvenuto in Porto le vestigia d’un magnifico edificio, il quale, a mio avviso, é precisamente lo

LÈS ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS

C’est encore le solitaire de la Judée, les yeux toujours tournés vers l’Italie, qui nous révèle l’héroïsme de Fabiola. Cette patricienne étonne Rome par l’ardeur de sa pénitence, et la première, dans cette région^ fonde un hôpital [Villa languentium) ^ pour y rassembler les malades, et soulager les malheureux accablés par les plus cruelles infirmités

A Alexandrie, le Patriarche saint Jean l’Aumônier institue des refuges destinés aux étrangers, aux indigents A Constantinople, Empereurs et particuliers rivalisent de zèle et multiplient les fondations. Les règnes de Théodose II, Justin^ Justinien en voient surgir un grand nombre ; plusieurs doivent leur origine aux libéralités de Theodora

Il en est de même dans tous les grands centres de l’Orient, et ces établissements subsistent autant que l’Empire byzantin.

Nous venons de dire que ces asiles empruntent leur dénomination aux genres divers de misères qu’ils sont appelés à soulager ; il n’existe cependant pas de règle absolue à ce sujet ; malades, infirmes, pauvres peuvent quelquefois se trouver réunis dans la même maison Néanmoins, il est possible, d’une manière générale, de classer ces demeures hospitalières en s’attachant au but principal pour lequel elles sont créées.

Nous trouvons en premier lieu le Xenodochiüm, asile affecté aux voyageurs; aux étrangers sans ressources. Ils arrivent porteurs de lettres de paix^ délivrées^ après enquête par l’évêque de

Xenodochio di Pammachio » {Bulletino di arch. christ., ann. IV, 1866, p, 50 et 99). Voir aussi, p. 100 du même recueil : « Rapporta del sig. R. Lanciani sulle recenti scoperte nell’ edifîcio riputato lo Xenodochio di Pammachio in Porto, »

12. « Et prima omnium voaoxofjieïov, instituit, in quo ægrotantes colligeret de plateis, et consumpta languoribus atque inedia miserorum membra foveret » {Epist., LXXVII, ad Oceanum de morte Fabiolæ, Migne, XXII, p. 694).

13. Baronii annales (édit. Barri-Ducis, 1867, ann. 610, § 7 et 8, t. XI, p. 90-92).

14. Ch, Diehl, Justinien et la civilisation byzantine au VE siècle, gr, in-8 (Paris, 1901, liv. III, chap. III, p. 528-531). — Du Gange {Constantin, christ., loco citato) énumère plus de 30 établissements ; il ne faut pas oublier, parmi les fondateurs, sainte Pulchérie, la sœur de Théodose II : « Multa publica hospitum et pauperum condidit domicilia » {Act. sanct., XLIII, S. Pulch., vita, § 179, p. 539).

15. Thomassin, Ane. et nouv. discip., op. cit., P® part., liv. P^, chap. LIV, t, 1®% p. 172. — Une loi de Justinien {cod., 1, iii, 49) montre des asiles dénommés Xenones ou Xenodochia, susceptibles de s’occuper de malades : « Per Xenodochium in ægrotantes fieri patrimonii distributionem... Quis enim pauperior est hominibus, qui et inopia tanti sunt, et in Xenonem repositi et suis corporibus laborantes, necessarium victum sibi non possunt afferre?... »

leur résidence. Les lettres de recommandation ne sont remises qu'à des personnes de distinction dont on loue la piété et la vertu

Saint Jérôme envoie son frère, Paulinien, vendre les restes de leur patrimoine commun, échappé en Pannonie, à la fureur des barbares, pour entretenir le monastère et V hôtellerie qu’il a fondés à Bethléem ; « de telle sorte que Joseph et Marie, revenant dans cette bourgade, puissent y trouver une retraite ». « Nos inista provincia ædifîcato monasterio, et diversorio propter exstructo ne forte et modo Joseph cum Maria in Bethleem veniens, non inveniat hospitium . »

Les canons, dits arabiques, ajoutés au Concile de Nicée à une é]3oque fort ancienne, exigent qu’il y ait dans toutes les villes des établissements de cette nature

Julien l’Apostat cherche à imiter, sur ce point, la charité chrétienne et écrit au grand prêtre Arsace, souverain Pontife de Galatie : « Etablis de nombreux hospices, afin que les étrangers y jouissent de notre humanité et non seulement ceux de notre religion, mais tous ceux qui auront besoin de secours. Quant aux fonds nécessaires j’y ai pourvu »

(( Le Xénon ^ dit Franz de Champagny, est la maison mère de toutes les maisons de charité, la tige de toutes les fondations pieuses ; il abrite à la fois et les hôtes et les infirmes et les indigents ; saint Jean Chrysostome l’appelle le commun domicile de l’Église »

A côté du Xenodochium, ne tarde pas à se dresser l’asile des-

16. Concil. chalced. (ann. 451), can. XI : « Omnes pauperes, et indigentes auxilio, cum proficiscuntur, sub probatione epistoliis vel ecclesiasticis a pacificis, tantummodo commendari decrevimus, et non commendatitiis literis » (Mansi, VII, p. 376). Au sujet de ces lettres de recommandation, nous suivons le sens qui paraît le plus exact, car il y a divergence entre les commentateurs {Dict. des concil., éd. Migne, t. I®'’, p. 420).

17. Episi., LXVI, ad Pammach.. § 14 (ann. 397) (Migne, XXII, p. 647).

18. Can. LXXV ; « Separentur peregrinis, pauperibus et ægrotis domicilia in omnibus civitatibus quæ Xenodochia et hospitia dici soient » (Mansi, II p. 1006).

19. Œuvres (éd. Talbot), op. cit., p. 413-414. Lettre écrite en l’an 362 ou 363.

20. La charité chrétienne, op. cit., 2® partie, chap. III, § iv, p. 316. — S. Jean Chrys., Hom. sur les Actes des apôtres, hom. XLV, § 4 (Migne, LX, p. 319-320).

LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS

tiiié aux malades, le Nosocomium; il reçoit aussi les personnes atteintes d’infirmités incurables, les lépreux notamment

Saint Grégoire de Naziance décrit, en ces termes, les malheureux accueillis dans les fondations de Basile : « Nos yeux ne voient plus ce déchirant spectacle de misérables êtres, qui vivants n’ont déjà plus l’usage de la vie et dont plusieurs membres sont comme morts. Infortunés chassés des villes, des maisons, des marchés, des fontaines, si difformes que leurs amis ne peuvent les reconnaître aux traits du visage. Pauvres créatures inspirant, en raison de l’horreur du mal qui les ronge, plus de dégoût que de pitié. N’osant point paraître aux repas publics, aux assemblées, se lamentant avec un accent lugubre lorsqu’il leur reste encore le moyen d’émettre quelques sons humains. »

Fabiola va rechercher les clients de son asile sur les places publiques : « Décrirai-je, dit saint Jérôme, les diverses plaies de ces affligés ; nez mutilés ; yeux crevés ; pieds à demi brûlés ; mains livides; ventre gonflé par l’hydropisie; cuisses desséchées; jambes enflées ; chairs putrides où les vers grouillent.

...Non quand j’aurais cent langues et cent bouches, quand ma voix serait de fer, je ne parviendrais pas à nommer toutes les maladies auxquelles Fabiola assure des soins. »

Non mihi si linguæ centum sint, ora que centum.

Ferrea vox....

Omnia morborum percurrere nomina possim 22.

Passons-nous à Antioche, saint Jean Ghrysostome nous convie à visiter les salles du nosocomium et du refuge situés aux portes de la ville, il nous montre ces hommes couverts d’une lèpre hideuse, ces femmes dévorées par des cancers. « Ces deux affections sont à la fois longues et incurables, ajoute-t-il, et dès que quelqu’un en est atteint, ses concitoyens l’éloignent et lui défendent de fréquenter les bains, le forum, et tout lieu public dans l’intérieur de la Cité. Cette séquestration devient d’autant plus affreuse que cet indigent ne peut s’assurer que le pain ne lui manquera pas »

21. La maison porte alors quelquefois le nom de Lobotrophium.

22. Saint Grégoire de Naziance et saint Jérôme, discours et lettres déjà cités.

23. Consolation à Stagyre, liv. III, § 13 (Migne, XLVII, p. 490-491). Ce traité a

132 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. — II® PARTIE. CHAPITRE Vl

S’adressant à ces clercs qui recherchent, sous de vains prétextes, la société des femmes jeunes et belles, le courageux évêque leur trace les devoirs réels qui leur incombent.

(( Puisque vous aimez à prendre soin des femmes, parce qu’elles sont en général plus faibles, vous avez de nombreuses occasions de les soulager, sans être blâmés et même avec l’espoir fondé d’une magnifique récompense. Il j a des femmes accablées de vieillesse; éprouvées de mille manières.

« Il faut leur procurer une demeure, des remèdes, des vêtements, une bonne nourriture et bien d'autres choses. Ne seraient-elles que dix malades, vous avez de quoi exercer votre zèle ; or notre ville en est remplie ; on les compte par milliers. Les voilà celles qui ont besoin de secours ; voilà une aumône bien placée ; c’est le cas de faire preuve d’humanité ; d’accomplir une charité utile à ceux qui en sont témoins, à ceux qui la reçoivent et à ceux qui la font. »

Le Patriarche d’Alexandrie, Jean l’Aumônier, fondé sept maisons, réparties dans les diverses régions de la cité, et affectées aux femmes pauvres sur le point de devenir mères. Ces malheureuses y trouvent des lits garnis, des aliments et tout ce qui est nécessaire à leur état^^.

Au milieu de cette énumération de misères corporelles faite par les historiens et les orateurs, on ne voit pas figurer les fous. Le législateur romain s’occupe cependant des furiosi, de leur capacité civile, etc. Ils doivent, en général, être soignés au domicile de leurs parents ; en cas d’impossibilité absolue, des quartiers particuliers des prisons les reçoivent [in carcere). Il est donc présumable que les établissements ouverts par la charité possèdent des sections où ces êtres privés de raison obtiennent les soins indispensables. Mais aucun texte précis, à notre connaissance du moins, ne fournit de détails à ce sujet

été écrit à Antioche vers Tan 378. Voir un tableau pareil chez Grégoire de Nysse, De l’amour des pauvres, discours II (Migne, XLVI, p. 479). — La lèpre est de tout temps endémique en Orient.

24. Traité des cohabitations illicites, § 7, écrit, selon l’opinion la plus probable, à Constantinople au début de l’épiscopat si fécond de saint Jean Ghrysostome (Migne, XLVII, p. 504-505). Baronii, Annales (édit. Barri-Ducis, ann. 610), op. cit., §7 et 8, t. XI, p. 91.

25. Hist. de la charité, t. ch. VIII, § 2, note 38 de la page 151 ; G. Ganneron

LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS

A côté des adultes indigents il y a les enfants à la mamelle, d’autant plus nombreux que les chrétiens peuvent maintenant recueillir sans danger les abandonnés, il j a les orphelins dont s’occupent les Constitutions apostoliques.- Selon les cas, le Bre- PHOTROPHiuM ou I’Orphanotrophium assure leur existence.

Le premier admet les nouveau-nés, soit exposés, soit appartenant à des parents très pauvres, ils y sont allaités ; le second sert à nourrir et à élever les enfants d’un certain âge ayant perdu leurs soutiens naturels

L’abbé Tollemer se demande si cette distinction ne provient pas de ce que les familles répugnent à voir les orphelins de condition libre confondus avec les enfants trouvés La question d’âge nous paraît seule en jeu ; les nécessités n^étant pas les mêmes on crée des établissements séparés : 1® d’allaitement ; 2® d’éducation ; selon les prescriptions de l’Eglise, les pupilles sont exercés à l’apprentissage de métiers leur permettant de gagner plus tard leur vie par le travail.

Saint Grégoire de Naziance mentionne en effet que la Basiliade renferme des écoles industrielles. A Constantinople, une institution des plus importantes est destinée à ces infortunés ; ils suivent des cours de grammaire, de sciences, indépendamment de l’enseignement pratique. « A certains jours fériés, l’Empereur fait la tournée des hospices ; d’autres fois les orphelins, introduits en sa présence, par le grand orphanotrophe et portant des candélabres, viennent chanter des hymnes. L’Empereur leur remet un léger présent et leur fait servir un repas »

(Thèse), De la condition du furiosus^ in-8, 1881, ch. V, sect. I, p. 113 à 119; R. Lagrange (Thèse), De Vassist. pub. à Rome, in-8, 1891, ch. VIII, Des aliénés. A noter une loi de l’an. 530 {Cod. Just., I, iv, 27) concernant le curateur testamentaire nommé par le père d’enfants aliénés. Ce curateur doit, devant le Président et en présence de VÉvêque, prêter serment d’accomplir sa mission avec probité.

26. « Brephotrophium : Ædes in qua infantes, recentos que partus expositi, aut egentibus parentibus nati alebantur. Orphanotrophium: Hospitale vel alius locus venerabilis in quo orphani conversantur et pascuntur. » Naudet {Secours pub., op. cit., chap. IV, p. 81) regarde les Brephotrophia comme des maternités.

27. Des orig. de la charité cath., op. cit., 2® partie, chap. XIII, § iii, p. 547.

28. Oraison funèbre déjà citée. Saint Basile, dans ses Règles, permet que les enfants élevés par les monastères se placent le jour au dehors, du moment qu’ils assistent aux repas communs et rentrent la nuit auprès de leurs maîtres. Règles, interrogation XV, § 3, in fine (Migne, XXXI, p. 955-958).

29. G. Schlumberger, Sigillographie de VEmp. byzantin, in-4, 1884, 3e division, p. 378.

Les vieillards ne sont pas oubliés dans cette floraison charitable, le Gerontocomiüm s’ouvre pour eux, l’antiquité païenne connaît des lieux de repos, destinés aux citoyens âg'és, avant rendu des services à la Patrie ; ici l’indigence est un titre suffisant pour être assisté.

On peut appliquer à tous ces asiles la pensée formulée au IX® siècle par Théodore Studite : « Vous qui passez sur le chemin, amis^ entrez sans honte, car cette demeure est la maison de Dieu. »

Lorsque l’établissement est assez considérable, on y annexe une chapelle et un monastère de moines ou de religieuses, spécialement chargés de soigner les vieillards ou les malades

Des serviteurs nommés par l’évêque et engagés dans les liens de sorte de confréries, sans être clercs desservent fréquemment ces refuges. Les Godes mentionnent les infirmiers attachés aux hôpitaux d’Alexandrie, les parabolani^ réunis peut-être à la suite d’épidémies. Honorius et Théodose réduisent leur nombre à 600 : « Parabolanos qui ad curanda debilium ægra corpora deputantur, sescentos constitui præcipimus. » Ils doivent être choisis parmi ceux ayant déjà exercé cette profession et acquis de l’expérience, « de iis qui antea fuerant et qui pro consuetudini curandi gerunt experientiam »

Ces six cents parabolani restent sous la direction et la surveillance épiscopale: « Ita ut hi sescenti viri reverentissimi sacerdotis præceptis ac dispositionibus obsecundent et suh ejus cura consistant. » L’assiduité à leurs fonctions est considérée comme un impérieux devoir, il leur est donc défendu de fréquenter les spectacles publics ; de paraître dans le lieu des séances de la curie et même devant les tribunaux, à moins qu’il n’existe des circonstances particulières exigeant leur présence près des

30. Ou Gerocomium et encore gerotrophium : « Locus ubi aluntur senes », dit Du Gange.

Page 1