‹ Histoire de la charité (volume 2)Chapitre 79 sur 89 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

du vin, de la soupe à plus de cent pauvres réunis sous le portique du Latran^-.

Le pape Nicolas (858-867), organise un système ingénieux de distributions ; chacun des participants, sans savoir lire, reconnaît à des nœuds le jour de la semaine où il doit se présenter^^.

Les largesses de Charlemagne méritent d’occuper une place à part. Toujours prêt à secourir ceux qui sont privés des choses indispensables, ce n’est pas seulement dans son royaume qu’il répand a ses libéralités gratuites que les Grecs appellent aumônes ; quam græci eleemosynam vocant », écrit Eginhard, mais au delà des mers, en Syrie, en Egypte, en Afrique, à Jérusalem, à Alexandrie, partout où il sait que des chrétiens pâtissent il aime à leur envoyer de l’argent

A ces nombreuses sources d’assistance, joignons les monastères auxquels sont souvent accordées des immunités afin qu’ils puissent faire le bien plus abondamment : « Et quidquid de rebus præfati monasterii fîscus sperare poterat, totum nos pro æterna remuneratione prædicto monasterio concedimus, ut perennis temporibus in alimonia pauperum et stipendia monachorum ibidem Deo famulantium profîciat in augmentum »

Charlemagne établit que les évêques, les abbés, les abbesses jouissant de revenus importants ont à donner une livre d’argent en secours pour les indigents ; ceux qui possèdent des ressources moindres, une demi-livre ; les plus pauvres, cinq sous. Ils sont tenus de nourrir également quelques besoigneux

52. Lih. Pontif., op. cit., t. I, p. 502, et note 53, page 518.

53. Lib. Pontif., op. cit., t. II, n° cvii, p. 161 : « Hic etenim Ghristi amicus omnium nomina claudorum cecorum, atque ex toto debilium in urbe Roma consistentium scripta apud se retinens, cotidianum illos victum ministrare studiose curabat.... Ut vicissim eos pasceret sapienter repperit modum, scilicet bullas suo nomine titulatas fieri jussit et bas eis dari præcepit... In illis quidem bullis quæ eis datæ sunt, qui prima feria refeci debebant fecit per singulas duos nodos et sic per omnes usque in sabbatum ut quota feria esset, tôt essent nodi... »

54. Einhardi. Omnia quæ existant opéra, 2 vol. in-8, Paris, 1840-1843 ; Vita Karoli, XXVII, t. I, p. 85.

55. Formulæ Impériales, edidit Zeumer, op. cit., p. 290, n° 4. Inmunitas monasterii.

56. Capit. Episcop., (ann. 780 ?) : « Et unusquisque episcopus, aut abbas, aut abbatissa, qui hoc facere potest, libram de argento in elcmosinam donet; médiocres vero mediam libram ; minores solidos quinque » (Boretius, op. cit., t. I, p. 52).

LES PAUVRES

Ces prescriptions ne font d’ailleurs que régulariser des coutumes hospitalières générales, et on rencontre fréquemment des monastères où les affamé's affluent comme les abeilles à leur ruche : « Multitude pauperum velut apes ad alvearium conffuebant ad eum^''. »

Toutefois, on ne saurait se le dissimuler, ces libéralités nécessitées par les malheurs des temps, favorisent la paresse ; aux personnes méritantes se mêlent des esclaves, des clercs fugitifs, des débauchés, des hommes ennemis du travail. Afin d’opérer, autant que possible, une sorte de sélection, il est conseillé d’exiger, des inconnus, une lettre de recommandation ; le Concile de Tours (ann. 567 ?), tente de remédier à ces nombreux abus en décidant, par son canon V, que chaque commune est obligée de secourir ses habitants en vue d’empêcher la mendicité et le vagabondage :

« Ut unaquæque civitas pauperes et egenos incolas alimentis congruentibus pascat, secundum vires tam vicani presbyteri (prêtres de la localité) quam cives omnes suum pauperempascant : quo fiet ut ipsi pauperes per civitates alias non vagentur » (Mansi, IX, p. 589).

C’est pour correspondre à cet ordre d’idées que s’organisent les assistances paroissiales dont nous venons de parler. Elles restent encore insuffisantes, et des hommes sans aveu parcourent le territoire ; l’empereur Charles cherche à réagir contre cet abus sur lequel il appelle l’attention des comtes et des missi dominici.

Son capitulaire de l’an 806 interdit de faire l’aumône à quiconque mendie sans vouloir travailler Défense excellente en elle-même, mais d’une application bien difficile.

57. Monastère fondé par Aredius en Limousin, règne de Théodebert (Montalembert, Hist. des moines d’Occident, op. cit., liv. Vil, chap. V, t. II, p. 325).

58. Capit. Missorum item spéciale (ann. 802 ?), §2; « Ut fugitivi clerici et peregrini a nullo recipiantur sine commendatiis litteris » (Boretius, op. cit.., t. I, p. 102). Voir de nombreux modèles de lettres de recommandations dans les Formulas (Zeumer, op. cit.).

59. Capit. Missorum Niumagæ datum ? « De mendicis qui per patrias discurrunt volumus, ut unusquisque fidelium nostrorum suum pauperem de bénéficié aut de propria familia nutriat, et nonpermittat aliubi ire mendicando ; et ubi taies inventi fuerint, nisi manibus laborent, nullus eis quicquam tribuere præsumat » (Boretius, op. cit., t. I, p. 132).

Ces prescriptions sont renouvelées en 820 : « Ut super mendicos et pauperes magistri constituantur qui de eis magnam curam et providentiam habeant, ut... et simula tores inter eos sè celare non possint^^. »

Inutile d’ajouter que ce capitulaire n’obtient pas plus de résultats que les précédents, En effet, de même que, selon une parole aussi juste que célèbre, pour faire de bonnes finances il faut faire de bonne politique ; en ce qui concerne la diminution du paupérisme, la situation sociale des peuples joue un rôle prépondérant. Or, le IX® siècle s’acbève au milieu des guerres intestines, des incursions normandes; la charité chrétienne, débordée, ne peut apporter que des palliatifs à un tel état de choses.

60. Capit. de disciplina (ann. 820?). Il existe une lacune dans le manuscrit avant les mots : et simulatores (Boretius, op. cit., t. I, p. 298).

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