‹ Histoire de la charité (volume 2)Chapitre 80 sur 89 · LE SOIN DES MALADES · texte numérisé non relu

LE SOIN DES MALADES

§ 1®^. — La médecine.

Il y a des médecins dans les Gaules ; les rois mérovingiens ont leurs archiâtres dont le rôle n’est pas toujours exempt de danger en cas de mort de leurs patients. Ainsi, la femme de Contran, Austrechilde, sur le point de mourir, fait promettre à son mari, raconte Grégoire de Tours, d’enlever la vie aux praticiens dont les potions ne la guérissent point

Charlemagne, au dire d’Eginhard, se contente de supporter impatiemment ses médecins qui veulent dans sa vieillesse lui prescrire un régime contraire à ses habitudes [Vita Karoli., XXII). Louis le Débonnaire, fort contusionné un jour, écoute docilement les hommes de l’art attachés à sa personne et se remet rapidement.

La saignée est alors d’un usage courant. Les statuts d’Aix-la- Chapelle (ann. 817) décident qu’il n’y a pas de temps déterminé pour soumettre les moines à cette opération et que l’on doit agir selon les nécessités

1. S. Greg. Turon., Hist. Francor., III, xxxvi ; V, xiv-xxxvi ; VII, xxii-xxv ; VIII, XXXI ; Tardif, Études sur les inst.^ période meroumgrierme,in-8,1881,chap. II, § III, p, 61-62.

2. Capit. monasticum, § xi : « Ut certum flebotomiæ tempus non observent, L, Lallemand. — Histoire de la charité.

Les formules contiennent des modèles de lettres destinées à demander un médecin ou à remercier de l’envoi d’un homme habile à guérir les malades

Néanmoins, à cette époque, l’exercice rationnel de la médecine cède trop souvent le pas à la magie, aux sortilèges; des devins murmurent des incantations, jettent des sorts, suspendent des colliers au cou de ceux qui souffrent, fournissent des talismans, des ligaments, des herbes enchantées^: « Extant et alia pernitiosissima mala, quæ ex ritu gentilium remansisse non dubium est, ut sunt magi, arioli, sortilegi, venefîci, divini, incantatores somniatorum conjectores, quos divina lex inretractibiliter puniri jubet. »

Il est difficile de vaincre ces superstitions, la lutte dure plusieurs siècles, est-elle même terminée à l’heure actuelle?

Et cependant les Pères des Conciles, les législateurs multiplient injonctions, défenses^. Il ne faut pas confondre avec ces restes du paganisme ce mouvement de foi qui porte infirmes et malades à venir prier aux tombeaux des saints. Grégoire de Tours donne mille détails sur ces veilles, ces séjours prolongés, ces jeûnes, ces extases; la poussière du tombeau remise aux fidèles ; les guérisons obtenues.

Des auteurs veulent voir là de simples réminiscences du culte

sed uniquique secundum quod nécessitas expostulat concedatur et specialis in cibo et in potu tune consolatio præbeatur » (Boretius, op. cit., t. I, n° 170, p. 344). « On ne laisse pas dans les calendriers monastiques de marquer un jour chaque mois pour la saignée; ce jour est appelé dies æger ou dies minutionis {Dict. des Conciles (édit. Aligne), t. I, p. 55).

3. Formulæ salzburgences, n° 59, op. cit., p. 452... Familiares epist. augiencescollec. G, n° 10, op. cit., p. 369 : « 111, medicum nobis transmisistis, qui tando stu, dio et affectu infirmitatis nostris conpassus est, ut obtime sentiremus, quod a vestra benevolentia nobis destinatus est. »

4. S. Greg. Turon., De miraculis S. Juliani, cap. xlv ; de virtutibus S. Martini, I, XXVI ; Episcop. ad Hliidoviciim imp., relatio, § 54 (XX) (Boretius, op. cit., n° 196, t. II, p. 44).

5. Concil. Narbonense (ann. 589), can. XIV (Mansi, IX, p. 1017). Lex Visigoth., VI, II, 2-4 (Zeumer, op. cit., p. 259), Karlmanni princip., Capitulare (ann. 742, § 5) (Boretius, op. cit., t. I, n° 10, p. 25). Lex salica emendata (ann. 768 ?), cap. xxi, de maleficiis (Pardessus, op. cit., p. 290). Karoli Magni, Cap. primum (ann. 769 ?), § 7 (Boretius, op. cit., t. I, n° 19, p. Ab), Admonitio generalis {ann. 789), § 18 (Boretius, op. cit., t, I, n° 22, p. 55). Capit., missorum generale {ann. 802), § 25 (Boretius, op. cit., t, I, p. 33, p. 96). Capit. de cxainin. ecclesiis (ann. 802), § 15( Boretius, op. cit., t. I, n° 38, p. llO). Capit. e can. excerpta (ann. 813), § 17 (Boretius, op. cit., t. I, n" 78, p. 174).

LES XEÎ^ODOCHIA

d’Esculape^. La différence est fondamentale. Il n’existe aucune pensée d’idolâtrie chez ces foules qui se précipitent vers les sanctuaires vénérés; elles n’invoquent les saints que comme des intercesseurs entre la créature souffrante et le Dieu Tout-Puissant, souverain maître de la vie et de la mort. Cette intercession constitue un des dogmes les plus consolants du catholicisme. Les manifestations universelles signalées par les historiens n’en sont que la conséquence naturelle.

§ 2. — Les Xenodochia.

Au premier rang des malheureux pour lesquels les chrétiens montrent une prédilection toute particulière figurent les lépreux, beaucoup plus nombreux alors que l’on n’est porté à le croire généralement. L’aspect de ces malheureux est horrible : « Itautjam pilis cadentibus cutis intumesceret atque increscentem saniem occultare non posset^. »

Saint Romain, fondateur du monastère du mont Jura, guérit deux lépreux dans la cabane desquels il reçoit l’hospitalité^. Saint Arège, évêque de Gap (mort en 604), recueille ces infortunés, les soigne de ses propres mains, lave leurs plaies. Dieu, en récompense de ce généreux dévouement, lui accorde fréquemment la gué rison de ses hôtes 9.

Un autre saint du nom de Romain (moine de Luxeuil, mort en 653) établit une léproserie où il prend soin des hommes atteints de cette cruelle affection

Un jour, un lépreux se présente à la porte du couvent de Hohenbourg, il répand une odeur affreuse. Odile, informée de ce

6. A. Gauthier, Recherches sur l’exercice de la médecine dans les temples, in-12, 1844; Albert Marignan, La médecine dans l'Église au VL siècle, in-8, 20 p., Paris, 1887.

7. S. Greg., Dialog., lib. II, cap. xxvi, op. cit., t. II, p. 257.

8. S. Romani, Vita, cap. l®*", Act. sanct. Rolland., VI, p. 750-751. En ce qui concerne toutes ces guérisons, qualifiées de miraculeuses, nous déclarons d’une manière générale reproduire simplement les textes, laissant à l’Église le soin de se prononcer sur le caractère naturel ou surnaturel des faits rapportés.

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