CONCLUSIONS DU TOME SECOND
Universalité, unité, tels sont les traits caractéristiques de la charité depuis le jour où le Sauveur est venu prononcer, sur la montagne^ ces paroles si nouvelles pour l’ancien monde : beati MISERICORDES. Qu’il s’agisse de la période des persécutions ; du règne des empereurs d’Orient ; des monarchies barbares ; du grand empire de Charles, partout, les disciples du Christ prêchent l’amour du prochain, s’efforcent de reconstituer le foyer familial, de protéger l’enfant, l’esclave, le captif et de créer des œuvres en faveur dé ceux q^i souffrent.
La femme est émancipée, non pour le désordre, à la manière des matrones romaines de la décadence, car la loi de l’Evangile qui brise le despotisme domestique relie les membres d’une même famille par des obligations mutuelles. La sainteté du mariage entraîne son indissolubilité.
L’enfant est sauvegardé avant sa naissance ; l’abandon se trouve condamné ; les mesures compatibles avec l’état de la civilisation sont adoptées en vue d’entraver la vente des nouveaunés et d’assurer l’avenir des orphelins. L’autorité paternelle se transforme en un devoir d’affection et de dévouement.
L’esclavage est atteint dans sa source. Grâce à la prédication de l’Evangile l’esclave rentre dans la grande famille humaine et cette condition pénible devient un état accidentel sans influence sur la valeur morale de l’individu. La chaîne se détend peu à peu si elle ne peut être rompue d’un seul coup.
On ne saurait brusquer les transformations profondes, et il est utile de les préparer par des améliorations partielles et successives ; agir autrement serait s’exposer aux plus cruels mécomptes.
188 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. ITl® PARTIE. CHAPITRE IV
Dire dès l’orig-ine aux esclaves: « Vous êtes libres, secouez le joug- qui pèse sur vous. » Quel déchaînement! Pour aboutir, selon les hasards de la lutte, à d’épouvantables représailles ou à une terrible répression. Crise funeste laissant l’Eglise vis-à-vis d'hommes ivres de leur triomphe, incapables de supporter la Vérité; ou en face de maîtres exaspérés ne pouvant pardonner à la religion la révolte sanglante due à ses doctrines.
Il faut donc agir avec prudence et ne point compromettre l’avenir par une précipitation irréfléchie, sans se lasser cependant de couper une à une les racines de l’arbre maudit. C’est ainsi que procèdent les Apôtres et leurs successeurs.
Tandis que les testaments des riches païens ordonnent souvent de faire couler le sang de malheureux exposés aux combats de l’amphithéâtre, il est prescrit aux martyrs d’afPranchir ces frères privés de liberté, tout en leur assurant avant de mourir de futurs moyens d’existence.
Comme l’écrit Renan, du moment que l’esclave a la même religion que son maître, prie dans le même temple, l’esclavage est bien près de finir, et l’on peut éj;ablir, avec Yanoski, qu’au déclin du ix® siècle, en raison des bienfaits du christianisme, l’ancienne exploitation de l’homme par l’homme est abolie.
D’un autre côté, les peuples souffrent des excès du fisc, des guerres intestines, des invasions. Troplong compare l’empire romain à une mer que secouent les tempêtes et qui roule ses flots orageux autour d’un navire fracassé.
Les évêques deviennent alors les protecteurs des faibles ; ils luttent contre les oppresseurs, quel que soit leur rang, et les foules courent au-devant de la juridiction ecclésiastique plus douce, plus équitable. Les Conciles secondent ce mouvement, extirpent les vices, redressent les idées, suscitent des institutions autrefois inconnues. Leur influence pacifique est considérable ; ils ne cessent d’accroître le fonds social de l’humanité.
Au moment où l’empire d’Occident disparaît sous l’effort continu de vingt nations, les moines, les missionnaires viennent sur ces terres désolées apprendre aux vainqueurs et aux vaincus, devenus disciples d’une même Foi, à sYimer les uns les autres. Un vaste champ s’ouvre au zèle de ces prédicateurs de la