CONCLUSIONS
bonne nouvelle et la religion chrétienne prouve encore qu’elle suffit à toutes les nécessités.
C’est aussi l’Evangile qui trace aux possesseurs de la richesse leurs impérieux devoirs, sans reconnaître aux pauvres de prétendus droits susceptibles d’amener mille abus. L’aumône n’est pas une dette exigible, dont chaque indigent peut s’attribuer une part en recourant à la violence. Les pauvres se voient exhortés à la patience, à la résignation, grandis en même temps à leurs propres yeux ; ne sont-ils pas, de préférence en quelque sorte aux puissants du siècle, les enfants de Dieu, les héritiers du Ciel?
L’orgueil païen reproche aux chrétiens de s’occuper des pécheurs, des humbles. Mais c’est là un titre de gloire; les fidèles en secourant les indigents savent les honorer, les relever. A l’appel de la Charité toutes les faiblesses que la société ancienne écrase sous son dédain deviennent sacrées. Cette Charité inépuisable découvre autant de remèdes qu’il y a de maux et invente un vocabulaire pour désigner les asiles de bienfaisance dont elle couvre le sol.
En vue d’atteindre ce but si désirable : l’adoucissement de la misère, les évêques ne s’appuient point sur l’Etat-Providence, ils recourent à la liberté, à l’obligation morale, à la conscience.
De plus, leur assistance ne connaît aucune frontière; il y a pour eux un autre lien que la Cité; ennemis, persécuteurs, tous reçoivent aide et soulagement lorsque cela est nécessaire. L’Eglise ne se décourage pas au milieu des plus violentes secousses : « Gardez-vous, s’écrie saint Augustin, de vous laisser abattre et épouvanter par l’ébranlement du monde. Vous ne devez point diminuer vos œuvres de miséricorde ; il faut en faire plus que de coutume. >)
Les chapitres précédents nous montrent les premiers chrétiens atteignant par la seule impulsion de leur cœur aux pratiques les meilleures de la charité. Ils n’oublient aucune infortune et accomplissent tous les actes compatibles avec la situation précaire dans laquelle ils vivent. L’évêque, les diacres, secondés par des prêtres, des femmes vertueuses, prennent soin de tous les nécessiteux. Les fidèles apportent spontanément des offrandes.
Des listes sont dressées ; chacun reçoit ce qui lui est indispensable. Veuves, infirmes, malades, ne peuvent-ils se rendre aux distributions, des visites à domicile permettent de les assister. Rien ne rebute les propagateurs de Tidée charitable.
Les secours ne sont aucunement délivrés au hasard; une enquête minutieuse les précède. L’âme des malheureux est l’objet de la plus tendre sollicitude, et l’indigent, en recevant du pain, des vêtements, quelques pièces de monnaie, a l’intuition qu’il est aimé de celui qui lui donne.
Plus tard quand la paix règne, ces actes ont lieu au grand jour ; le nombre des personnes secourues s’accroît, des établissements distincts les abritent ; il n’y a pas ici une forme de l’assistance supérieure ou inférieure à celle usitée pendant les persécutions ; il s’agit uniquement d’un mode approprié à des besoins nouveaux.
L’Eglise possède alors des propriétés formant le domaine des pauvres, elle doit fonder ce domaine avec modération, en respectant les intérêts légitimes des familles; les Conciles rappellent ces sages prescriptions. 11 est vrai qu’elles se trouvent parfois enfreintes ; l’amour du gain, l’esprit de convoitise, s’emparent d’évêques, de prêtres, de moines. Le pouvoir civil est forcé d’édicter contre ces tendances des mesures législatives. Mais il convient de le reconnaître, ceux qui agissent ainsi le font en opposition formelle avec leurs croyances ; ils violent les règles tracées par leurs chefs spirituels. La Religion considérée en elle-même reste étrangère à des crimes, des fautes, des erreurs qu’elle condamne.
Dans le culte païen, au contraire, on voit des faits scandaleux pleinement autorisés. Fondé sur le principe constant de la déification des sens, le paganisme suscite les attentats les plus graves à la morale et les élève au rang d’actes religieux; les jeux du cirque n’ont point d’autre origine. L’évêque d’Hippone stigmatise les turpitudes, les cruautés qui se pratiquent dans les fêtes de ces infâmes divinités : Vénus, Cybèle, Flore, tant d’autres. « Et quidquid aliud vel crudele, vel turpe, vel turpiter crudele, vel crudeliter turpe, in sacris talium deorum celebrari solet. » L’amour des pauvres s’accorde mal, on le conçoit, avec de telles pratiques.