CHAPITRE II
employés ; enfin « un bureau central où tout se rapporte et où s’exerce le contrôle général de la comptabilité... »
A peine ces ateliers sont-ils ouverts que l’administration demeure embarrassée pour l’écoulement des produits manufacturés. On utilise alors l’ancien Bureau de filature , établi en 1777, rue de Bourbon-Villeneuve, en vue d’offrir des ressources aux mères de familles indigentes 32.
Les travaux consistent en filature de lin, chanvre, cotons et en opérations préliminaires, telles que épluchage et cardage [op. cit., iv, p. 641).
Le travail de l’épluchage est réservé aux femmes âgées ou infirmes et aux enfants incapables d’une meilleure occupation. Le salaire demeure fixé à 8 sols par jour.
Quant au travail à la tâche, il se règle d’après un tarif « gradué sur les degrés de finesse des fils; mais l’arbitraire préside trop souvent aux rémunérations 33.
« Le maximum du produit obtenu par les meilleures fileuses est de 42 livres par mois. Le gain moyen varie entre 5 livres et 9 livres par décade.
« Indépendamment de cette rémunération, celles qui travaillent à l’atelier reçoivent par décade six livres de pain. A l’origine, il est établi une marmite pour distribuer aux ouvrières de la soupe, et cette distribution a lieu de 1790 au mois de mars 1791. A cette époque, les plaintes multipliées qui s’élèvent contre ce régime en déterminent la suppression ; la soupe se trouve remplacée par une allocation de pain » (Tuetey, op. cit., IV, p. 644).
Les établissements de filature sont autorisés à confier du travail
32. « A partir du 16 décembre 1790, le Magasin général a reçu mois par mois les divers produits des ateliers de lilature, et il a été chargé de leur assortiment et de leur vente. Il a pareillement été chargé de verser au Trésor public, aussi mois par mois, le produit de la vente. . . » (Tuetey, op. cit., IV, p. 639).
Il faut faire également mention d’un établissement de filature mécanique, établi par le maire de Paris dans l’enclos Sainte-Geneviève, rue Bordet. Cette maison laisse toujours fort à désirer (Tuetey, IV, p. 639).
33. L’application de ces tarifs donne souvent lieu à de sérieuses difficultés (voir le mémoire cité tome IV, p. 641-643). — « 11 faut expliquer au Comité les causes de cette tendresse des ouvrières pour la citoyenne Verdure. Elle vient du soin qu’elle prend de les flatter et de leur faire allouer des prix supérieurs à ceux qu’elles ont réellement gagnés. . . » (Tuetey, op. cit.. IV, n° 474, p. 667).
ATELIERS DE CHARITÉ
au dehors, à des femmes chargées d’enfants et désireuses de ne point quitter leur domicile 34.
C’est du Trésor public que sortent les fonds employés à l’établissement et à T entretien de ces maisons ; on songe un instant à mettre ces dépenses à la charge de la Municipalité parisienne, mais l’on reconnaît qu’il s’agit « de frais que leur utilité générale et leur objet vraiment révolutionnaire mettent dans la classe des charges publiques 35. »
De juillet 1790 au 30 messidor an 2, le passif monte à 3.143.647 1. ; l’actif que produisent les ventes durant la même période s’élève à 1.426.396 1. ( Rapport cité , p. 650-651).
C’est une lourde charge pour des finances avariées, on tente donc à diverses reprises de diminuer le nombre des ouvrières 36. Enfin, le 12 frimaire an III, la Convention nationale décrète que les ateliers de filature établis à Paris, en vertu de la loi du 30 mai 1790, sont supprimés et remplacés :
« 1° Par une distribution de travail à domicile pour les ouvrières déjà instruites des procédés de la filature, et qui ne
34. Au début les demandes d’admission affluent (Tuetey, op. cit . , II, n° 169, p. 337). Le 21 vendémiaire an II, un arrêté accorde aux mères de famille la faculté de filer à domicile une quantité de matière égale à celle qu’elles fileraient dans l’atelier (Tuetey, IV, n. 455, p. 619). « Nous avons parlé des ouvrières du dehors Cette classe, la plus intéressante des ateliers, puisqu’elle est composée de mères de famille respectables, que les occupations domestiques retiennent au sein de leur ménage, et qui consacrent au travail le peu de moments que leur laisse le soin d’élever des enfants à la patrie, cette classe ne laisse pas d’être nombreuse. Elle comprend dans l’atelier du Nord près de 200 individus, et 300 au moins dans l’atelier du Midi. . . » (Tuetey, IV, p. 644).
35. « Ce fut en effet pour occuper cette foule de Français de tout âge et de tout sexe qu’avaient amenés à Paris les premiers mouvements de la Révolution, ce fut pour donner à cette multitude, qu’il eût été dangereux d’abandonner aux conseils du besoin, un moyen de subsistance et de travail que l’Assemblée constituante ordonna l’établissement de travaux, soit en terre pour les hommes, soit en filature pour les femmes et enfants, aussi l’art. 1er du décret admet-il à ces travaux les indigents de tout sexe et de tout âge, étrangers à la ville de Paris , mais Français... » (Tuetey, IV, p. 648. Conférer même ouvrage, IV, n° 458, p. 625).
36. « Lettres de MM. Cellerier et Guignard à M. de Jussieu, lui exposant le grave inconvénient de laisser travailler aux filatures les dimanches et fêtes, et la nécessité de ménager les fonds du Trésor public » (8-10 septembre 1790. Tuetey, II, n° 146, p. 288). « Parmi les 436 éplucheuses employées à l'atelier du Midi, 145 ont passé l’âge de 70 ans. . . L’on pourrait fixer à 10 ou L5 sols la livre le prix de l’épluchage, cette seule disposition ferait disparaîti’e de l’atelier un grand nombre d’individus absolument incapables de travail, et pour lesquels il existe d’autres moyens de secours... » [Mémoire cité, Tuetey, IV, p. 675). Voir aussi même ouvrage; rapport du 14 vendémiaire an 3, n° 477, p. 671 à 679.
peuvent trouver d’emploi dans les fabriques particulières ; 2° par des ateliers d’instruction destinés à celles qui ont besoin d’apprentissage à cet égard. »
Le domicile d’un an à Paris est exigé pour se voir admettre, soit aux travaux à domicile, soit à l’atelier d’instruction.
En vue d’éviter une concurrence préjudiciable au commerce, le prix de la main-d’œuvre doit rester inférieur d’un vingtième aux prix adoptés par les fabriques de la ville 37.
Malgré leurs abus, ces Maisons de filature rendent de réels services à la population indigente au début de la période révolutionnaire. L’idée qui préside à leur institution est bonne, elle survit aux suppressions opérées en l’an III. L’ancien Bureau de 1777, transféré en 1793 rue des Tournelles, dans les bâtiments de l’hôpital Notre-Dame, a encore une longue existence sous le nom de filature clés Indigents (Husson, op. cit ., note de la page 91).
37. Tuetey, IV, 482, p. 686-692. « Le Comité des secours publics, considérant qu’il s’est introduit beaucoup de désordres et d’abus dans les ateliers de filature établis à Paris; que les ouvrières ne sont assujetties à aucune subordination ni règle ; que le travail y est mal fait; que ces établissements sont, par le vice de leur administration et les dépenses qu’ils entraînent, une charge onéreuse à la République.
« Considérant que le seul moyen de pourvoir à ces inconvénients est de supprimer le travail qui se fait dans l’intérieur de ces ateliers, et d’y substituer le travail à domicile ; que le travail à domicile, en occupant le même nombre d’individus, sera beaucoup plus profitable à la République, simplifiera l’administration, diminuera le nombre des établissements et des préposés nécessaires, et fera cesser des rassemblements qui, jusqu’à présent, ont été très nuisibles aux bonnes mœurs... » (Arrêté du 29 prairial an 3, relatif à la substitution du travail à domicile au travail intérieur) (Tuetey, IV, n° 504, p. 732).