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CHAPITRE IV

Un premier Mont-de-Piétié s’ouvre à Turin dès 1519 ; il prête sans intérêt et succombe assez rapidement. Mais en 1579, une Confrérie de Saint-Paul réunit un nouveau capital et l’Institution, soutenue par les libéralités des habitants, rend d’immenses services tout en prélevant une modique indemnité de 2 °/0 sur les prêts 3.

En 1618, alors que la Corse appartient à la République de Gênes, un évêque de Policastro, délégué apostolique, fait trois fondations de Monts-de-Piété: Bastia, Corte et Ajaccio4.

C’est en 1761 que se crée une œuvre de cette nature àFerrare ; l’inscription placée sur le fronton de l’édifice indique nettement le but que se proposent d’atteindre les fondateurs :

« Pauperibus sublevandis ;

« Servandisque depositis 5. »

En Espagne quatre Monts-de-Piété seulement remontent au xvme siècle ; celui de Madrid est inauguré en 1724, à la suite des efforts de Francisco Piquer, chapelain du couvent des Déchaussées (Las Descalzas). De nombreux troncs sont placés en Ville, par ses soins, afin de recueillir les offrandes des particuliers. Par l’entremise du Cardinal de Portocarrero, le dévoué chapelain obtient une cédule royale approuvant son œuvre (11 mai 1710). Une seconde cédule (6 Octobre 1723) accorde une rente annuelle de soixante-dix mille réaux , à prendre sur les revenus du tabac Les bureaux de prêt peuvent s’ouvrir ainsi le 1er mai 1724 6.

Nous voyons ensuite une Confrérie charitable établir un Mont à Saragosse (1741) ; autre fondation à Grenade (1743) ; le Mont de Barcelone est dû ensuite à la Congrégation de Notre-Dame

3. De Gérando, De la bienfaisance publique , op. cit., t. III, seconde partie, liv. II, chap. i, p. 16.

4. Ludovic de Besse, op. cit ., t. II, liv. III, chap. iv, p. 291.

5. Henri Michel, Coup d'œil sut' les Monts de Piété. In-8, Nismes, 1840, p. 10.

6. « El Monte de Piedad de Madrid, que tiene hoy en circulacion setenta millones de reales, sin embargo de que el capital primitivo consistiô en un solo real de plata que, como semilla destinada â producir tan abundantes frutos, fué depositado al intento en una cajita el dia 3 de Diciembre de 1702 ; siendo de advertir que desde entonces hasta el ano 1828 ha prestado sus forrdos gratuitamente, sin premio ni interès de ninguna clase.. . Suceso inaudito, y que solo se comprende y se esplica, teniendo encuentalas continuas liberalidades de nuestros Reyes, especialmente las de D. Felipe V... » (Don Manuel Perez y de Molina, Del Pauperismo. In-8, Jerez, 1859, p. 265).

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de l’Espérance, 1751. ( Monte Pio de Nuestra Senora de la Esperanza 7).

Nombreux sont les Monts-de-Piété des Pays-Bas (Espagnols, puis Autrichiens). La Ville d’Ypres, célèbre par ses innovations en matière de bienfaisance, semble être la première dans cette région à posséder une bourse de prêt (1534). Les commencements sont humbles ; un pauvre prêtre, Josse de Wulf, fournit une somme minime, tel est le point de départ de l’établissement (De Decker, op. cit ., p. 30-35).

Nous rencontrons plus tard, 1572, le Mont de Charité de Bruges (Mous perfectæ charitatis. De Decker, op. cit., p. 35).

Pour remédier au fléau de l’usure les Archiducs Albert et Isabelle réduisent à 21 2/3 p. °/0 les intérêts que l’on voit dépasser souvent 32 y2 p. 0/Q. Édit du 8 mai 1600 8.

Quelques années après ayant consulté de savants théologiens, ils prescrivent la fondation de Monts-de-Piété. Par Lettres patentes du 9 janvier 1618, Wenceslas Cobergher est nommé Surintendant général de ces Institutions charitables et chargé d’en ériger au sein des villes où se trouvent déjà des Tables de prêt.

« Des instructions réglementaires en vingt-neuf articles (17 mai suivant) imprimées sous la date du 14 janvier 1619, exemptent ces maisons de toutes charges et déterminent ce qui concerne les rentes à constituer au cours de 6 I/4 p. °/0 pour obtenir les capitaux nécessaires à ces opérations » (Arnould, op. cit., p. 5-7).

7. F. H., Iglesias, La beneficiencia en Espana , op. cit., tom. I, p. 400. D. B. Anton Ramirez. Montes de Piedad y cajas de Ahorros; resena historica y critica. In-8, Madrid, 1876, p. 36, 60-61. Ludovic de Besse, op. cit., t. II, liv. III, chap. v, p. 293-294. Pour Saragosse consulter : Gonstituciones de el Santo, y Real Monte de Piedad, establecido por la humilde Hermandad de Seglares, Siervos de los Pobres Enfermos de el Santo, Real, y general Hospital de Nuestra Senora de Gracia de Zaragoza, baxo la Proteccion de esta Soberana Reyna, y de los Patriarchas S. Joseph, y S. Phelipe Neri, para socorro de Necessitados, Sufragio de las Animas, y alivio de los Pobres Enfermos... In-4. In Zaragoza, 1741.

8. Consulter : A. Blaize, Des Monts de Piété. In-8, Paris, 1843. De Decker, Étud. hist. et critique sur les Monts-de-Piété en Belgique. In-8, Bruxelles, 1844. D. Arnould, Situation admin. et financière des Monts-de-Piété en Belgique. In-8, Bruxelles, 1846. B0Q de Watteville, Situation admin. et financière des Monts-de-Piété en France. In-8, 1846. Aie. Wilbert, Not. hist. sur le Mont-de- Piété de Cambrai. In-8, Lille, 1848.

Des fondations multiples suivent la proclamation de la volonté des Archiducs 9.

Des privilèges importants sont accordés à ces œuvres 10. En 1621, les Archiducs, « afin de donner plus d'advancement, accroissance et affermissement au contentement d’un chascun par la liaison et union de tous les monts, comme de plusieurs parties et membres d’un même corps s’entresecourans l'un l’autre à supporter le faiz commun des charges en dependans », déclarent ; u Que les Monts-de-Piété désia érigez et à ériger à l’advenir sont et seront tousiours joincts, annexez et unis ensemble, et que suyvant ce ilz sont et seront soubmis et obligez solidairement et pour le tout, les uns pour les autres, a l’asseurance des rentes ja constitueez et à constituer, que de toutes autres charges d’iceulx, saulf que ce que par testamens, donations et aulmosnes de gens charitables viendra à estre laissé ou donné au proutTict de quelque mont particulier, sera et demeurera espécialement affecté à iceluy mont, sans entrer en la dicte incorporation et union générale 1 1 . »

En quittant les Pays-Bas 12 nous trouvons un établissement de

9. Voici d’après Arnould (p. 18) les dates d’ouverture d’un certain nombre de ces établissements : Bruxelles, 1618 ; Anvers, 1620 ; Malines, 1620 : Gand, 1622 ; Tournay, 1625 ; Mons, 1625 ; Bruges, 1628 ; Namur, 1629 ; Courtray, 1630 ; Louvain, 1782. A mentionner quelques Monts, sans importance, ouverts à Saint-Trond, Dinan, etc. au commencement du xvne siècle (de Decker, p. 89). Le Mont-de-Piété Liégeois est dû au Prince-Évêque, Ferdinand (1622). Arnould, p. 23 : « Les bourses ou Monts de charité pour le prêt gratuit, institués par de pieuses fondations à Ypres, en 1534, à Bruges en 1572, à Lille en 1609, sont restés indépendants de l’administration et de l’union des autres Monts-de-Piété jusqu’à la cessation de leurs opérations » (p. 18).

10. « Gobergher mourut le 23 novembre 1634, à l’àge de 70 ans, laissant toutes ses fondations en pleine crise » (De Decker, op. cit., p. 121-122).

11. De Decker, op. ci/., p. 61-74. En vertu des traités: des Pyrénées, 1639; d’Aix-la-Chapelle, 1668 ; de Nimègue, 1678. Les Monts-de-Piété : d’Arras, Valenciennes, Cambrai, Lille, Douai, Bergues-Saint-Vinox, fondés en 1624-1625, 1628 et 1633 se trouvent faire partie des possessions françaises. « Ces six Monts-de- Piété, écrit Arnould, p. 19, avaient été détachés de l’union et injustement déchargés de toute solidarité par la France. »

12. Dans son rapport sur les Monts-de-Piété, O. Claveau s’exprime ainsi : « Les Monts-de-Piété qui se retrouvent dans la Flandre Française, et qui furent créés par le Gouvernement des Pays-Bas espagnols peu d'années après la fondation Masurel, présentaient à un double point de vue un caractère spécial ; d’un côté, ces établissements avaient été constitués à titre d’établissements privilégiés, investis du droit exclusif de prêter sur gages ; d’un autre côté le promoteur de la fondation, Wenceslas Cobergher, ingénieur d’un rare mérite et à qui notre pays

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prêt fondé à Nancy par Charles IV, duc de Lorraine, sous le titre de Bureau de confiance, 1640 (Watteville, op. cit., p. 24). Un Mont de Piété s’ouvre à Metz en 1781.

L’évêque d’Angers, Henri Arnauld, « également renommé par sa science et ses vertus » entreprend de combattre les ravages désastreux de l’usure et réussit, avec l’aide de généreux citoyens, à ouvrir un établissement de prêt sur gages en juin 1684.

« Dans ses appels à la charité il parle des vrais pauvres qui ne sont près de tomber dans la nécessité que parce qu’ils ne peuvent arrêter les poursuites d’un créancier ou acheter les outils nécessaires à gagner leur vie par le travail de leurs mains. Car le vrai pauvre, dit-il, n'est pas toujours celui qui est couvert d’habits déchirés et qui porte sur son visage et sur son corps les marques de la nécessité 13 . »

La région du sud-est, voisine de l’Italie, présente de nombreuses Maisons charitables prêtant gratuitement ou à des taux modérés. Il suffit d’en citer quelques-unes 14. A Avignon (avril 1610) « statuts et règlements sur l’érection et fondation du sacré Mont de Piété, faite par la Congrégation de Notre-Dame de Lorette, à l’avantage des pauvres et autres nécessiteux de cette ville, avec la permission et autorité de Monseigneur Étienne Dulci, Archevesque et Vice-Légat 15. »

doit la grande œuvre du dessèchement des Moères , dans l’arrondissement de Dunkerque, Cobergherfitdes Monts-de-Piété, de véritables établissements financiers, empruntant à charge de constitution de rentes les fonds nécessaires au service des prêts et ne devant tendre à assurer la gratuité de ces prêts qu’en faveur des engagistes pauvres... » (In-4, Paris, 1876, p. 7).

13. Léon Gosnier, La charité a Angers, 2 vol. in-12, 1890. Tome II, p. 262 et suivantes.

14. Ces Monts-de-Piété appartiennent à la Provence, à l’État d'Avignon, au Comtat Venaissin, etc. Dans le tome IV (lre partie) de notre ouvrage nous avons, aux yeux d’un critique, commis le grand crime d’écrire, p. 267, à propos des fondations faites par le Père Chaurand : « Puis viennent la Bretagne, le Comtat d'Avignon... » Le savant critique remarque que « l’expression Comtat d’Avignon est tout à fait fautive. Il y avait l’État d’Avignon, d’une part, et le Comtat Venaissin ou Comtat, avec Carpentras pour capitale d’autre part. »

Nous avouons humblement avoir pris ici l’expression Comtat d'Avignon dans un sens général, usité parfois lorsque l’on parle de ces contrées. Nous pouvons d’ailleurs invoquer des précédents ; ne lit-on pas en effet la phrase suivante dans un ouvrage connu : « Le Parlement de Provence cita le Pape et fit saisir le Comtat d'Avignon. » Qui a employé cette expression « tout à fait fautive » ? Voltaire, lui-même, Siècle de Louis XIV, chap. vu, p. 328, lignes 13 et 14 de l’édition de Lequien, Paris, 1820.

15. Voir aussi : Bulle de Paul V. 1612. Statuts anciens et nouveaux du Mont-de-

L’évêque de Carpeatras achète en 1612 une maison en vue d’établir un Mont-de-Piété, il fournit les fonds nécessaires pour les premiers frais.

Le règlement de la fondation créée à Aix remonte à [l’année 1635 (Watteville, op. cit., p. 12).

C’est encore un évêque qui, sollicitant le concours du clergé et de notables habitants, ouvre le Mont d’Apt (1674) (Watteville, op. cit . , p. 210). Celui de Tarascon apparaît en 1676. Des Lettres Patentes l’autorisent en 1711.

Des personnes pieuses de Brignolles réunissent (1677), sous l'inspiration de l’archevêque d’Aix, des aumônes suffisantes pour ériger une fondation similaire. Les Lettres patentes sont de 1771 (Watteville, op. cit., p. 37-38).

La cité de Marseille jouit des mêmes avantages en 1696, grâce aux libéralités de Jean de Puget. A la fin du xvme siècle les biens appartenant à cet établissement sont confisqués au profit de la Nation 16. »

§ 2. — Allemagne, Hollande, Angleterre .

Le nombre des institutions charitables analogues aux Montsde-Piété est peu considérable dans l’Allemagne du xvme siècle. Il s’agit souvent de Caisses de prêt, dues à des Princes, des Municipalités, ouvertes aux classes moyennes, plutôt qu’aux véritables nécessiteux17.

Piété d' Avignon et autres documents relatifs à cet établissement. In-8, Avignon, 1813. Autres fondations: Beaucaire, 1583; Montpellier, 1684 (Blaize, op. oit., p. 205; Watteville, op. cit., p. 47).

16. Watteville, op. cit., p. 13. Valran, Misère et charité en Province au XVIIe siècle. In-8, Paris, 1899, p. 303 et suiv. En 1750 un habitant de Grasse fonde et dote le Mont-de-Piété de cette ville (Watteville, p. 37).

17. L’article 8 du règlement du Lombard ou banque de prêt de Francfort-sur-le- Mein, fondé en 1739, porte : « Il faudrait des circonstances exceptionnelles pour que les députés (de l'établissement) fussent amenés à venir en aide aux personnes indigentes. » Un autre article défend d'abaisser le minimum des prêts au-dessous de cinq florins (Ludovic de Besse, op. cit., t. II, p. 304).

« De l’Italie, les Monts-de-Piété se répandent en Allemagne. On remarqua de bonne heure ceux qui furent fondés à Nuremberg ; à Ulm ; à Augsbourg, et, enfin à Hambourg ; mais rien n'indique que la bienfaisance ait été le but de leur institution » (Arthur Beugnot, Des banques publiques de prêt sur gages et de leurs inconvénients. In-8, Paris, 1889, p. 4). Voir aussi: De Gérando, op. cit., t. III, p. 18. Ratzinger, op. cit., p. 402 et suivantes.

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On peut citer parmi ces Institutions, celles fondées à Augsbourg, 1590 et la Banque Royale de Munich 1754 (De Decker, op. cit ., p. 25. Ludovic de Besse, t. II, p. 300) 18.

Le concours de Wenceslas Gobergher est sollicité en Bavière pour arriver à la création d’établissements analogues à ceux des Pays-Bas (Années 1621, 1622, 1625) l9.

Les auteurs nous parlent aussi du Mont-de-Piété établi à Vienne, sous les auspices de l’Empereur Charles V, en 171320.

L’impératrice Marie-Thérèse fait ouvrir une autre Maison à Prague, 1747, à l’imitation de l’œuvre viennoise (Ramirez, p. 63. Ludovic de Besse, t. II, p. 301).

En Hollande il n’existe pas de Monts-de-Piété dans le sens italien. Les établissements pouvant offrir une certaine analogie s’appellent T afel-Van-Leenige ou tables de prêt. Leur constitution, écrit Beugnot (p. 4), a quelque chose de particulier : ils sont tenus par des spéculateurs, nommés Lombards, qui agissent non pas en leur nom propre, mais en vertu de l’autorisation du Magistrat (des villes). Un contrat se passe entre les Lombards et ce dernier, qui insère dans l’acte telle clause qui lui convient. Les Lombards étant censés avoir loué la Table de prêt.

A Amsterdam, le Magistrat prête directement. La Maison de cette grande cité : Bank-Van-Leenige, c’est-à-dire : Banque d’emprunt , occupe un vaste bâtiment dans lequel le Corps Municipal établit en 1614, « une banque où tous ceux qui ont besoin d’argent peuvent en avoir sur les gages qu’ils apportent. »

18. On lit dans le savant ouvrage de M. de Decker (p. 27) : « Il suffisait sans doute que l’institution des Monts-de-Piété fût due à la piété de quelques moines et approuvée par les souverains pontifes, pour qu’elle fût accueillie avec défaveur par les personnes qui sympathisaient avec les nouvelles doctrines de la réforme. Aussi les auteurs protestants se montrèrent-ils unanimes à la décrier et à la rendre odieuse aux populations. Il ne faut donc pas s’étonner que cette idée n’ait pu germer sous la froide haleine de ces détracteurs qui rejetaient ces institutions catholiques, tout en condamnant néanmoins, dans leurs ouvrages, et leurs synodes, l’usure des Lombards. »

19. « Diversos paises solicitaron el inteligente concurso de aquella especialidad para empresas semejantes ; entre otros la Baviera, donde provisionalmente se fundaron Montes en 1621 y 1622, y definitivamente en 1625, con cuyo motivo no solo hubo honra para el ilustre colaborador, sino gloria y exagerados elogios para el principe Fernando » (Ramirez, op. cit., p. 31).

20. Ramirez, op. cit., p. 63; d’autres écrivains donnent la date de 1707. Michel, op. cit., p. 10. Ludovic de Besse, op. cit., t. II, p. 300.

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