CHAPITRE IV
(( Pour la commodité de ceux qui ne veulent point être connus, ni porter eux-mêmes leurs effets au Lombard, il existe plusieurs petits bureaux établis avec cette inscription : Hier gaatmen in de hank van-leenige , soit en français : par ici on va au Lombard. Les officiers et employés se trouvent payés par la municipalité 21 .
Ces banques ne peuvent être assimilées aux véritables Montsde-Piété : Geretti et le Père Ludovic de Besse les critiquent vivement 22.
En ce qui concerne l’Angleterre on peut dire qu’elle n’est dotée d’aucun de ces utiles établissements. « L’indigent de Londres se voit obligé de recourir aux Pawn-Brokers , usuriers patentés, car ils ne prêtent pas à moins de 30 à 40 p. °/0 par an » (Watteville, p. 45) 23.
En présence des abus criants de l’usure, des tentatives sont faites pour venir en aide aux nécessiteux forcés d’engager leurs pauvres défroques, mais aucun de ces essais ne revêt une forme pratique.
Une corporation charitable obtient, en 1708, l’autorisation « d’établir une banque de prêts sur gages » ; le capital initial atteint une somme importante ; malheureusement le caissier s’enfuit bientôt avec une partie des fonds et l’entreprise périclite. L’Angleterre, même au xvme siècle, n’a pas de Mont-de-Piété 24.
21. Blaize, op. cit ., p. 107-110. Consulter également : Ramirez, op. cit., p. 34. De Decker ajoute (op. cit., p. 28) : « des ordonnances du Magistrat en date du 19 janvier 1615, du 24 mars 1616, du 9 février 1617, du 30 janvier et du 24 avril 1682, vinrent modifier et perfectionner les règlements de cette banque, qui existe encore de nos jours et qui servit de modèle à celle érigée dans la ville d’Hambourg. »
22. Ceretti, op. cit., p. 122-124. Ludovic de Besse, op. cit., t. II, p. 305. « La Hollande, écrit ce dernier auteur, a une organisation du prêt sur gages qui est aux antipodes des Monts-de-Piété. »
23. De Decker (op. cit., p. 29) reproduit un article de la Revue Britannique, livraison de décembre 1841, qui contient les appréciations suivantes: « La belle institution des Monts-de-Piété est partout accueillie avec faveur, avec reconnaissance par les populations, tandis que l’Angleterre, qui se glorifie de sa haute civilisation et de l’esprit charitable de ses habitants, l’Angleterre seule est restée soumise au barbare système des prêteurs sur gages... A quoi faut-il attribuer une si étrange anomalie? Ne serait-ce pas, par hasard, à cette aveugle haine du catholicisme qui pénètre le cœur de tous les Anglais et qui leur fait rejeter les plus belles découvertes dès qu’elles viennent de Rome ? » Conférer, Ramirez, op. cit., p. 65.
24. La question du prêt sur gages. Recueil d’articles récemment parus en
LES MONTS-DE-PIÉTÉ (2e PARTIE)
§ 3. — Création du Mont-de-Piété parisien , 1777 ; sa suppression , 1795 ; sa réouverture , 1797.
A la suite de nombreux projets et de tentatives infructueuses, l’ouverture d’un Mont-de-Piété à Paris est résolue.
Des Lettres Patentes du 9 décembre 1777, enregistrées le 12 du même mois, autorisent l’établissement « d’un Mont-de-Piété ou Bureau général de caisse d’emprunt sur nantissement. » Le Souverain fait remarquer dans le préambule « qu’il a cru devoir rejetter toutes les propositions n’offrant que des spéculations de finance, pour s’arrêter à un plan formé uniquement par des vues de bienfaisance et digne de fixer la confiance publique, puisqu’il assure des secours d’argent peu onéreux aux emprunteurs dénués d’autres ressources, et que le bénéfice devant résulter de cet établissement doit être entièrement appliqué au soulagement des pauvres, et à l’amélioration des Maisons de Charité 25. »
La fondation nouvelle, installée rue des Blancs- Manteaux et dont l’ouverture officielle a lieu le 9 février 1778, correspond à un besoin si impérieux que son développement est rapide26.
Les opérations présentent une progression croissante jusqu’en 1789 ; ensuite la dépréciation des assignats et les crises révolutionnaires forcent l’administration à ralentir son activité.
En l’an 4 les opérations cessent complètement vers la fin de
Angleterre et en Amérique, traduits et commentés par S. Lequesne. In-12, Paris, 1896, p. 204. Ne faut-il pas lire au lieu de S. Lequesne : Edmond Duval? Consulter Higmore, op. cit., p. 936. Kirkman Gray, op. cit., p. 228-229.
25. Lettres Patentes. In-4, 8 p. Paris, Simon, 1777. Lettres Patentes, 7 août 1778, « qui autorisent le Mont-de-Piété à faire un emprunt sur l’hypothèque des revenus et droits de l’hôp. général. » In-4, 3 p., Paris, Simon, 1778. Lettres Patentes, 25 mars 1779, « qui autorisent l'administration du Mont-de-Piété à emprunter des Génois, ou autres étrangers, les sommes qu’il a été autorisé à emprunter par les Lettres Patentes du 7 août 1778, et à stipuler l’exemption des dixième, vingtièmes et autres impositions. » In-4, 8 p. Paris, Simon, 1779. Arrêt de la Cour de Parlement, 10 août 1779, qui fait défense à toutes personnes, « de quel qu’état et conditions qu’elles puissent être, de faire sans autorisation, la commission ou le courtage du Mont-de-Piété... »» In-4, 3 p. 1779.
26. « Le besoin d’un établissement tel que le Mont-de-Piété se faisait si vivement sentir que, même avant son ouverture officielle, un assez grand nombre de personnes s’étaient présentées à l’administration pour y emprunter des sommes dont la moyenne par article fut d’environ 200 livres... » (Edmond Duval, Manuel de législation , d' administration et de comptabilité du Mont-de-Piété de Paris . In-8, 1886, p. xxxix à xl).
l’année , les nantissements sont rendus sans frais au moment de la fermeture.
Les attaques contre cette Maison ne cessent pas d’ailleurs depuis le début de l’ère nouvelle 27 ; mais après sa suppression les prêteurs sur gages se multiplient ; le taux des emprunts s’élève, l’administration centrale du département décide en l'an o la restauration du Mont-de-Piété. Dans le mois de messidor l’organisation des bureaux et des magasins est complète ; le 1er thermidor (19 juillet 1797), l’institution ouvre de nouveau ses portes et en avise le public par voie d’affiches28.
27. Les projets pieu vent de toutes parts : Dénonciation de l'étab. abusivement appelé Mont-de-Piété, août 1789. In-8, 11 p. Maison de secours, Lombards et Monts-de-Piété, établis dans les diffèrens quartiers de Paris , et qui offrent à toutes les classes de la société des ressources promptes , faciles et non dispendieuses. In-8, 8 p., 1791. Plan d'un nouvel étab. de Lombard et d'un véritable Mont-de-Piété (Manuscrit. In-folio, 7 pages, may 1792, collections de l'auteur). Observations sur le Mont-de-Piété. In-8, 14 p., document reproduit par Tuetey : L'ass. pub. à Paris , pendant la Révolution. In-4, t. IV, 1897, n° 264, p. 389. Ces observations sont présentées à la Convention par les employés du Mont-de-Piété.
28. Pour les détails, les emprunts effectués, etc., voir : Edmond Duval, op. cit., xl ix et suivantes. Le 24 messidor an 12, un décret relatif au Mont-de-Piété consacre une espèce de monopole en sa faveur. Consulter également pour toute cette période le mémoire d’André Cochut, directeur du Mont-de-Piété : « Notes et renseignements concernant les rapports et la situation réciproque du Mônt-de-Piété de Paris , et de l' Assistance publique », avril 1878. In-8, 51 p., Paris, Chaix, 1878.