LEUR PROUVE
(< A la vuë d’un spectacle capable de toucher ceux-mêmes qu’il ne surprend pas, le Saint Homme se sent ému ; mais il ne se borne pas à une compassion qui coûte peu et qui ne sert de rien à ceux qui en sont l’objet. Il forme de grands desseins, et en attendant leur exécution, il fait sans délai tout ce qui dépend de lui. Il va de rang en rang comme un bon père, qui sent par contrecoup tout ce que souffrent des enfants tendrement aimés. Il écoute leurs plaintes avec beaucoup de patience ; il compatit à leurs peines, pleure avec ceux qui pleurent ; il baise leurs chaînes, les arrose de ses larmes, joint, autant qu’il lui est possible, l’aumône aux paroles ; par là, il s’ouvre un chemin dans leurs cœurs.
« Il parle aussi aux officiers et aux Comités, et les engage à traiter avec plus de ménagements des hommes qui souffrent déjà assez. Ses soins ne sont pas inutiles, on voit bientôt plus d’humanité d’un côté et plus de docilité de l’autre ; l’esprit de paix commence à dominer, les murmures s’appaisent, les Aumôniers ordinaires peuvent parler de Dieu, sans être interrompus et ils comprennent que des forçats peuvent être sensibles à la vertu 51 . »
L’année suivante, 1623, nous voyons Monsieur Vincent à Bordeaux où des galériens nombreux sont envoyés en vue de la guerre
50. Abelly, Collet, l’abbé Maynard ne mettent pas en doute le sacrifice sublime en vertu duquel notre saint prend les fers d’un jeune forçat ; ce dévouement, contesté notamment par Mgr de Boulogne, au commencement du xixe siècle, paraît toutefois à M. Simard devoir être x’eporté avant la nomination d’ Aumônier des galères ; il le fixe à l’année 1615 ( op . cit ., lre partie, chap. ni, p. 33 à 52), des circonstances dramatiques ajoutées par certains auteurs postérieurs à Abelly lui semblent devoir être abandonnées. La vérité est assez belle pas elle même, elle n’a nul besoin d’ornements empruntés.
51. Voir pour tous les détails H. Simard, op. cit., lre partie, chap. v et'vi, p. 68 à 90 :
L’organisation du service spirituel sur les galères ; excellents résultats de la mission de 1643, etc. Conférer, en ce qui touche l’œuvre des Missions, une lettre de l’évêque de Marseille à Colbert, 31 janvier 1673 (Depping, Correspondance , op. cit., t. II, section III, n° 35, p. 938-939).
faite aux Protestants de La Rochelle. Le Cardinal de Sourdis, Archevêque de cette populeuse cité, seconde ses efforts.
Plus tard les condamnés aux galères se trouvent réunis dans une ancienne tour de Paris entre le port Saint-Bernard et la Seine ; un hôpital s’élève pour eux à Marseille ; la Duchesse d’ Aiguillon, nièce de Richelieu, achève cette institution si utile et au mois de février 1643, saint Vincent de Paul fait partir cinq de ses prêtres pour cette ville, à titre de missionnaires. L’évêque Jean-Baptiste Gault et un laïque, le Chevalier de Simiane, contribuent à la réalisation de ces nouvelles œuvres. « Certes, écrit ce dernier à Monsieur Vincent (1645), je ne saurais exprimer la joie que reçoivent ces pauvres forçats, lorsqu’ils se voient transportés de cet enfer dans cet hôpital qu’ils appellent un paradis. A l’entrée seulement, on les voit guérir de la moitié de leur mal, parce qu’on les décharge de la vermine dont ils viennent couverts, on leur lave les pieds, puis on les porte dans un lit un peu plus mou que le bois sur lequel ils ont accoutumé de coucher...
« Certes, Monsieur, nous pouvons dire que Dieu bénit cette œuvre ce qui paraît non seulement en la conversion des mauvais chrétiens, mais même des Turcs qui demandent le saint Baptême» (Abbé Maynard, op. cit ., t. I, livre II, chap. n, p. 218-219).
Ici encore, comme partout, nous retrouvons donc la main de saint Vincent de Paul; il n’est aucune des œuvres charitables du xvne siècle à laquelle il ne se trouve mêlé. Nous pouvons dire, avec M. Simard (op. cit., p. 26), « que ce soulagement des galériens est une de celles qui lui tiennent le plus au cœur. Jusqu’à sa mort arrivée en 1660, il la suit avec une toute particulière sollicitude. On possède près de deux cents lettres écrites par lui à ses confrères de Marseille, il n’en est pas une où il ne soit question des forçats »
52. Les membres si dévoués de la compagnie du Saint-Sacrement s’occupent aussi des galériens et cherchent à améliorer leur malheureux sort à Paris et à Marseille. « Ce fut pendant les trois derniers mois de l’année 1630 que l’on commença de solliciter contre les blasphémateurs... qu’on travailla au soulagement des condamnés aux galères. Depuis leur condamnation, ils ne sortoient plus des basse fosses, et on ne les mettoit pointé la chaîne de sorte que, faute de prendre l’air, ils pourissoient tous vivants dans les cachots .. » Annales de la compagnie du Saint-Sacrement. In-8, 1900. Chap. m, p. 18, voir aussi chap. ix, p. 55 ; chap. xiv,