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Histoire de la charité

En 1871, au lendemain des désastres de la guerre et de la Commune, je venais de reprendre la place que j’occupais depuis sept années déjà à l’Administration générale de l’Assistance publique à Paris. J’avais alors le désir d’étudier méthodiquement les graves problèmes sociaux avec lesquels mes fonctions administratives me mettaient aux prises, afin de pouvoir défendre un jour par la plume la cause sacrée des pauvres.

Mes projets ne revêtant encore aucune forme déterminée, un guide m’était nécessaire ; je consultai mon ami Léon Gautier, le savant professeur de l’Ecole des Chartes. « Il nous manque, me dit-il, une Histoire de la Charité , vous êtes jeune, que cette œuvre devienne le but de vos travaux ».

Je suivis aussitôt le conseil du Maître, et, dès cette lointaine époque, je m’appliquai à réunir les matériaux épars de l’édifice que je me proposais de construire. Il me suffira d’ajouter que ma bibliothèque est devenue considérable et qu’elle renferme une collection, peut-être unique, de livres français et étrangers, relatifs aux questions d’assistance. Des voyages m’ont en outre permis d’étudier, sur place, nombre d’institutions hospitalières et charitables, appartenant à la plupart des nations européennes.

AVANT-PROPOS

Les mémoires académiques, les ouvrages publiés jusqu’ici par moi, ne forment du reste que des chapitres développés du livre , objet de mes constantes préoccupations.

J’offre l’expression de ma vive gratitude aux Membres de Compagnies telles que : l’Institut de France; les Académies Royales de Belgique, d’Espagne, de Portugal ; l’Institut Grand-Ducal de Luxembourg ; grâce aux titres qu’ils ont eu la bienveillance de me conférer, j’ai trouvé auprès des Gouvernements et des particuliers un accueil sans lequel mes efforts seraient restés impuissants.

Je remercie d’une manière spéciale les Ecclésiastiques, les Administrateurs, les Jurisconsultes de tant de pays qui n’ont jamais cessé de me transmettre les documents manuscrits ou imprimés les plus précieux.

§ IL — Le plan de V ouvrage.

Cinq périodes me paraissent résumer l’histoire de la bienfaisance et elles revêtent des caractères nettement distinctifs qui ne permettent pas de les confondre.

Nous rencontrons d’abord l’Antiquité avant Constantin : Hébreux, Egyptiens, peuples de l’Orient, Grecs, Romains, Gaulois et Germains offrent le tableau de leurs civilisations disparues.

Viennent ensuite les neuf premiers siècles de l’Ère chrétienne. L’Eglise grandit au milieu des persécutions. Les évêques, une fois libres, couvrent le monde de leurs fondations ; secondés par les empereurs, ils suscitent des lois favorables aux humbles et aux pauvres.

A la dissolution de l’empire de Charlemagne, l’unité apparaît dans la diversité ; les ordres religieux apportent

AVANT-PROPOS

leur concours si actif; sous le rapport charitable, le xme siècle brille d’un éclat incomparable.

A dater de la réforme, la centralisation devient prépondérante; le rôle des rois grandit, des idées nouvelles en matière d’assistance se font jour de toute part.

De 1800 à 1900 des nations puissantes surgissent en Amérique ; le développement de l’industrie crée des besoins autrefois inconnus ; les peuples rivalisent d’ardeur pour soulager la misère ; l’esprit religieux, la mutualité enfantent mille œuvres fécondes, honneur du siècle qui vient de finir et auquel le cinquième volume sera consacré. C’est là que trouveront place les chapitres concernant les antiques civilisations encore vivantes dans certaines contrées de l’Asie.

Les conclusions générales, les enseignements pratiques à tirer de l’ensemble du travail formeront enfin un appendice séparé.

Mon intention est de résumer d’une manière aussi claire que possible ce qui a été accompli en faveur des petits et des déshérités à chacune des cinq grandes périodes que je viens d’énumérer. Il me faudra être bref sous peine de me perdre dans les innombrables détails du sujet. D’un autre côté ne rien omettre d’important, ne commettre aucune erreur grave, tel est mon espoir.

Je devrai, pour me faire bien comprendre, analyser la constitution, l’état politique et économique des nations si diverses dont j’aurai à m’occuper. Cet état intime d’un peuple se lie à ses institutions de bienfaisance qui ne sauraient être distraites, par un procédé artificiel, du milieu dans lequel elles fonctionnent. De là quelques digressions indispensables sur la famille, le culte, la législation générale. Ces digressions ne peuvent être considérées comme

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des hors-d’œuvre, sans elles bien des coutumes resteraient incompréhensibles .

De plus, il ne suffit pas de dresser une sèche nomenclature des œuvres d’assistance avec leur mode de fonctionnement. Il faut toujours rechercher les causes qui augmentent ou diminuent la misère publique et examiner si les remèdes employés présentent l’efficacité nécessaire.

Ce cadre, j’espère, avec l’aide de Dieu, être à même de le remplir en un petit nombre d’années, chaque partie de l’ouvrage formant un tout complet.

Heureux si ce labeur persévérant de toute ma vie peut contribuer à mieux faire connaître et apprécier l’immensité des dévouements et des sacrifices prodigués depuis vingt siècles par l’homme pour venir en aide à son semblable, conformément à la prescription divine : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Paris, 6 mars 1902.

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