Plin. eæc. secund., Paneg ., XXV-XXVII
66. Avant Auguste, les enfants au-dessous de douze ans n’étaient point admis aux distributions de vivres. Ce prince dérogea le premier à cet usage ; mais Trajan alla plus loin, il établit pour eux le droit permanent de prendre part comme les autres à ces largesses (Bib. lat. de Panckoucke, Hist. Aug ., t. Pr> note 59 de la page 219).
67. Pour recevoir ces couronnes, il fallait monter par des gradins sur une espèce d'estrade ; de là le nom de panis gradilis. On voit sous la République des édiles distribuant déjà du pain aux pauvres, près du temple de Gérés (Dict. ant. grecq. et rom., t. Ier, p. 275, art. Annona. Flav. Vopisc., XLVII).
68. Flav. Vopisc., Ann., XXXV. Cet auteur, qui vivait au commencement du ive siècle, déclare que cette distribution de chair de porc existe de son temps.
l’ÉTAT ET LA MISÈRE A ROME
Quels sont les bénéficiaires de ces largesses séculaires ? La question présente beaucoup d’obscurité. Tout le monde est d’accord qu’il faut être citoyen pour figurer sur les listes, ce point est acquis ; la majorité des auteurs pense ensuite que les pauvres seuls sont admis à se faire inscrire, ou du moins, qu’ils demandent seuls leur inscription.
Le blé des greniers publics, dit Sénèque ( de Benef . , IV, xxvm), tombe aux mains du voleur, du parjure, de l’adultère, enfin de tous ceux qui sont inscrits sur les tablettes, sans distinction de moralité. Tout est donné à titre de citoyen et non à titre d’homme de bien; les bons et les méchants reçoivent également.
L’ensemble des participants porte le nom de plebs urbana, on les nomme aussi œneatores , parce que leurs noms se trouvent gravés sur des tables de bronze. On s’inscrit par tribus 69, et il est remis à chacun une tablette ou jeton, en bois, en plomb, etc., : tessera f rumentaria , qu’il doit représenter à chaque distribution 70. Ces distributions ont lieu en général à Rome, au Porticus minucia , construction comprenant quarante-cinq entrées (ostia). Les tessères indiquent le jour auquel on doit se présenter ainsi qu’un numéro de porte 71 .
Auguste essaye d’établir un système de trois allocations par an , « pour ne pas trop souvent détourner les plébéiens de leurs travaux » ; en présence des réclamations qui surgissent, il rétablit les mensualités (Suét. , Oct'.-Aug . , XL).
Ces subsides réglementaires sont distincts des congiaires (congiaria), ou largesses accordées par les gouvernants à la fin de la République et sous l’Empire, en vue de capter les suffrages 72.
69. Tribulis et pauper deviennent synonymes. Exemple : Mart., ep. VIII, xv; Duruy, Hist. des Rom., op. cit t. V, p. 255.
Libertate opus est : non hac, quam ut quisque Velina Publius emeruit, scabiosum tesserula far Possidet...
•' - (Pers., Sat] V, v. 73-75.)
71. Marquard, De l'organisation financière, op. cit., p. 160etsuiv. Cet auteur ajoute (p. 163) que . ,«. la tessera frumentaria pouvait, suivant les temps, être cédée ou vendue parle titulaire; les patrons avaient coutume soit d’acheter une tessère à leur affranchi, soit, ce qui était la même chose, de le faire inscrire dans une tribu. » Nous avons déjà parlé de cet abus.’
72. Il faut, sons l’Empire, distinguer : les donativa, libéralités en argent faites
Cicéron reproche à César d’avoir séduit la multitude par ses prodigalités, ses monuments, ses distributions de vivres , ses bancpiets publics. « Muneribus, monumentis, congiariis, epulis, multitudinem imperitam lenieral » [In Philip . , II, xlv).
Les Empereurs accordent de l’argent, de l'huile, du vin, du sel, des vêtements, etc. Tout est une occasion pour justifier ces dilapidations intéressées: l’avènement au pouvoir; une victoire; un mariage ; une adoption. On croit généralement que les citoyens participant aux congiaires 73 sont ceux qui se trouvent inscrits sur les tables de Vannone 74 . Cependant le nombre des bénéficiaires est parfois plus considérable. Pline le jeune loue Trajan d’avoir étendu ainsi ses libéralités [Panég., XXVI). Ces congiaires constituent une lourde charge pour le trésor et, au point de vue de l’effet corrupteur produit sur les masses, on peut les assimiler aux distributions régulières d'aliments.
Afin de bien comprendre la pensée qui préside à de pareilles prodigalités, rappelons-nous qu’en principe les citoyens seuls y prennent part; les enfants (habituellement), les femmes, les étrangers (toujours), en un mot, ceux qui ne votent pas, se trouvent exclus 75 .
Ces largesses ruineuses encouragent la plèbe à compter sur l'Etat et non sur elle-même, à se préoccuper de jeux plutôt que de travaux. A Rome c’est toujours fête, s’écrie Varron [de re rust ., III, 2), et la foule s’habitue si bien à ces aumônes que Néron, espérant atténuer l’horreur causé par le meurtre d’Agrippine, l'accuse de s’être, de son vivant, opposée à la distribution d’un congiaire ( Tacit., Ann. Ner ., XIV, xi).
aux soldats, des congiaria distribuées aux citoyens: « Congiarum populo ter dédit, donativum militibuster », Lamp., Alex. Sév., XXVI. Voirdansle Dict.antiq. grecq. et rom., t. Ier, p. 1442-1444, Tart. Congiaria deE. Pottier. Sur les monnaies, le mot liberalitas est souvent synonyme de Congiarium.
73. Il faut encore distinguer les congiaria des missilia : bons, billets de loterie, monnaies, etc., jetés parmi la foule, souvent aux jeuxdu cirquefDie proxima omme genus rerum missilia sparsit) Suet., Domit., IV; Lamp., Heliog., XXI.
74. Auguste montre souvent une certaine raideur à ce sujet (Suet., Oct.-Aug., XLIII).
75. Marquardt, De Va d. fin., op. cit ., 28 part., ch. V, p. 151, écrit: « Les distributions furent touj ours une mesure politique » , etil ajoute ennote : « Surce point, j'avais autrefois pensé différemment ; je suis actuellement les explications données et développées par Hirschfeld ( Getreideverw , p. 8 et 9).
l’état ET LA MISÈRE A ROME
Si Rome, écrit Edmond Labatut ( La question des subsistances chez les Romains , in-8, 1861, p. 11), est le rendez-vous d’un peuple immense, elle est, en compensation, le réceptacle de toutes les richesses ; elle peut nourrir le peuple de fêtes, le corrompre en l’entretenant dans ses goûts d’oisiveté et de plaisirs faciles : il devient bientôt un peuple d’esclaves ; on n’est pas libre quand on ne sait vivre qu'aux dépens du Gouvernement.
« Le Peuple-Roi, necraint pas de direNaudet [op. cit ., p. 6), n’est toujours qu’une populace fainéante ».
Cette protection tardive de débiteurs opprimés par d’avides créanciers ; ces lois agraires destinées à faire rendre aux plébéiens les terres de Yager publicus qu’envahissent les riches ; ces dilapidations du trésor, sous la forme d : annonce, de congiaria , de donativa , de missilia , sont des mesures procédant toujours d’une idée politique ; on ne saurait y découvrir une intention charitable ; il faut y voir seulement « la rançon payée par le pouvoir pour n’être pas inquiété » (Naudet, op. cit ., p. 91).