‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 107 sur 142 · Ovid., Metam., XV, vu ; Valère Max., I, vm · texte numérisé non relu

Ovid., Metam., XV, vu ; Valère Max., I, vm

LA BIENFAISANCE ROMAINE

les veines; les hommes se traînent avec peine; la mort frappe sans relâche. Les ressources de l’art restent impuissantes. Des députés se rendent au temple de Delphes (situé au centre du monde), pour consulter l’oracle : « Ce n’est pas Apollon, leur répond-il, qui doit mettre fin à vos souffrances, c’est son fils ; allez, sous d’heureux auspices, faites-le venir dans vos murs ». Les ambassadeurs font voile vers Epidaure, ils supplient le peuple et le Sénat de leur céder le dieu dont la présence seule est capable de sauver la population romaine. Les avis se partagent; mais au milieu de la nuit, le dieu apparaît en songe aux envoyés, tel qu’il se voit sur son autel. Sa main gauche tient un bâton noueux, de la droite il caresse sa longue barbe : « Ne craignez rien, dit-il, voyez ce serpent enroulé autour de mon bâton, je prendrai sa forme, tout en étant plus grand ainsi qu’il convient à un immortel. » Il dit et s’évanouit à leurs yeux.

Le jour arrive, les magistrats d’Epidaure se réunissent de nouveau, demandant au dieu de faire connaître sa volonté. A cette prière, Esculape, sous l’apparence d’un serpent à crête d’or, annonce sa présence par des sifflements. Il s’arrête dans le sanctuaire, la foule recule épouvantée, le pontife élève la voix, avec lui chacun adore et prie. Les Romains implorent la protection de leur sauveur. Il exauce ces vœux, son corps immense déroule ses anneaux sur la terre jonchée de fleurs, il traverse la ville, arrive au port, monte sur le vaisseau.

Après une heureuse traversée le navire atteint la ville de Romulus ; le serpent divin s’élève jusqu’à la pointe du mât, agite sa tête, cherchant le lieu où il doit établir sa demeure. Le Tibre dans son cours se partage en deux bras d’une égale largeur qui environnent de leurs eaux une île à laquelle le fleuve donne son nom 11 . C’est là qu’en sortant du bâtiment le serpent se retire ; il reprend sa figure, met fin aux ravages de la peste. Sa présence sauve Rome.

Sur la terre latine, le culte d’Esculape diffère peu de celui qui lui est rendu à Epidaure et dans les nombreux temples de l’Asie ou de la Grèce; ce culte jette cependant moins d’éclat 12.

11. La légende attribue la formation de cette île aux moissons des Tarquins que le peuple, après l’expulsion des rois, jeta dans le Tibre par un scrupule religieux (Tit.-Liv., II, v).

12. C’est à Pergame que Caracalla va chercher la santé et se soumet en vain à

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