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LE CITOYEN GREC ET L ETAT

textes les plus futiles. Il corrompt ainsi les masses, leur misant prendre des habitudes vicieuses de paresse, de dépenses et de luxe qui les entraînent inconsidérément vers les novateurs et les démagogues 52.

On donne de l’argent aux citoyens afin qu’ils puissent assister aux représentations théâtrales 53, on leur en alloue même sans ce motif; le théorique se distribue non seulement lors des Panathénées mais à toutes les grandes fêtes. Démosthène avoue que ces cérémonies coûtent plus qu’un armement naval 54. Le théorique devient la gratification ordinaire des jours fériés et sert à chacun à payer son écot dans les festins publics ; si la fête se prolonge, le nombre des oboles distribuées devient double ou triple.

À l’époque de la décadence, alors que l’Attique va devenir la proie des Macédoniens, « on prodigue pour le théorique , ce chancre de la prospérité publique, tous les fonds de la guerre 55 ».

Les distributions gratuites ou à bas prix, de blé 56, de viande, ne sont point rares; « quand elles viennent à manquer, en 321, après la réforme d’Antipater, une foule d’habitants émigre en Thrace 57 ».

Tous les citoyens subventionnés par le trésor, tel semble être l’idéal de la plupart des démocraties helléniques.

Démosthène a plusieurs fois l’occasion de parler de ces prodigalités si dangereuses ; il professe à leur égard des opinions successives ; selon les besoins de l’heure présente il les approuve ou il les condamne :

« Athéniens, ne soyez pas surpris, je vais parler contre l’opinion du plus grand nombre... établissez des Nomothètes... pour abolir les lois qui nous nuisent, et celles-là je les indique nette-

52. H. Houssaye, Hist.d' Alcibiade, 2vo\. in-8, 1873, liv. IV, ch. V, p. 438, en note.

53. « Dans les premiers temps, l’entrée du théâtre construit en bois était gratuite... pour prévenir les désordres on résolut de faire payer à l’entrée deux oboles par personne ; et afin de ne pas exclure les pauvres on leur donna cette somme » (Bœckh, op. cit ., t. Ier, liv. II, ch. XIII, p. 359).

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