P. Guiraud, op. cit., Conclusions, p
ment;, ce sont les lois sur l'argent du théâtre , elles sacrifient aux oisifs de la cité nos ressources pour la guerre ; oui, continuet-il, répudiez ces viles aumônes qui vous sont faites ; nourriture de malades que le médecin permet, qui ne fait pas vivre, qui empêche seulemeut de mourir 58 ».
Plus tard, le même orateur, reniant ses déclarations passées, s’écrie : « Ecartons ces diatribes sur notre argent des théâtres ; ces terreurs qui nous font voir le danger d’un grand mal dans ce qui peut, au contraire, plus que toute autre chose, rétablir nos affaires et fortifier notre République. La fortune généreuse pour nous a beaucoup augmenté la richesse publique... Serait-ce qu’on envierait aux pauvres ce secours donné parla fortune? Loin de moi la pensée de les blâmer, et nul, à mon avis, n’en a le droit 59 ».
De pareilles palinodies n’enlèvent rien au caractère fatal de ces dilapidations des deniers de l’Etat que nous retrouvons, avec des nuances diverses, chez les gouvernements établis en Grèce à cette période de l’histoire.
La nature humaine est partout la même. La haine réciproque des riches et des pauvres, cette maladie éternelle des cités grecques, pousse d’ailleurs les ambitieux sans scrupules à recourir aux mêmes moyens d’influence. « Ils promettent à tous, ainsi que le dit plaisamment Aristophane ( Assemblée des femmes , v. 652, 653), de n’avoir autre chose à penser qu’à se rendre au souper quand l’ombre du cadran solaire est parvenue au dixième degré, après toutefois s’être bien lavé et parfumé ».
Il ne s’agit plus ici de mesures d’assistance, mais de cette politique dissolvante qui amène à bref délai la mort d’une nation en détruisant chez les citoyens les ressorts de l’énergie, de l’amour du travail et du respect de soi-même.
58. 3e Olinth. (Didot), § 11 et 33, p. 17 et 20; Œuvres polit, de Démosthène, trad. par Plougoulm, 2 vol. in-8, 1861-1863, t. II, p. 45 et 53). « Cependant, dirat-on, celui qui nous laisserait notre argent de théâtre, et qui en même temps nous en trouverait d’autre pour la guerre, celui-là ne serait-il pas plus habile ? Oui ; que cet homme se rencontre et je dis comme vous. Mais un prodige qui ne s’est pas encore vu et sans doute ne se verra jamais, c'est, après avoir dissipé son bien en folies de le posséder pour les choses utiles » (même discours, § 19, p. 18; Plougoulm, traduction, t. II, p. 4).
59. 4e Philippique (Didot), § 36, p. 74. Plougoulm; trad. citée , t. II, p. 170-171.