Lucien, Le fils déshérité
ASCLÉPIOS ET LA MÉDECINE GRECQUE 99
vilégiée. Ces orateurs, ces poètes, ces philosophes essayent-ils de remonter le courant des préjugés de leur époque? Hélas non ! Aristophane combat avec infiniment de courage les démagogues et les communistes. Euripide écrit [Ion. (Didot), v. 474 et suiv.) : « Il n’y a de honteux chez les esclaves que le nom; dans tout le reste un esclave ne vaut pas moins que les hommes libres, quand son cœur est honnête ».
Les vers dorés, attribués à Pythagore, renferment cette belle pensée : « Si tu peux faire le bien, tu le dois. » Les sentences de Phocylide contiennent ces préceptes : « Ne rebute point le pauvre, donne à l’instant au malheureux ; sois le guide de l’aveugle ».
Ménandre dit : « Ne reproche jamais à celui que tu assistes le secours que tu lui donnes. Ce serait jeter de l’absinthe dans le miel attique 46 » .
Ce sont là des protestations isolées, sans écho.
Du reste, Ménandre lui-même, dans ses conseils aux riches, appelle surtout à son aide l’exemple de l'instabilité de la fortune et le besoin de se préparer des amis pour les jours de malheur, que personne n’est sûr d’éviter ; et Hésiode ramène tout à ce système de sagesse humaine : « Il nous faut aimer qui nous aime; rechercher qui nous recherche; donner à qui nous donne; refuser à qui nous refuse » [Les Trav. et les Jours , v. 353-354).
Platon et Aristote vont-ils au moins réagir et prendre en main la cause sacrée des faibles et des petits ? Il suffit pour être convaincu du contraire de lire leurs œuvres si admirables par certains côtés.
Aristote proclame la nécessité et la légitimité de l’esclavage. L’esclave est une propriété vivante, un outil animé. Assurément, concède-t-il, il peut y avoir des femmes et des esclaves honnêtes ; cependant, pour lui, d’une manière générale, la femme appartient à une espèce inférieure à l’homme, et l’esclave se trouve exclu du privilège de la vertu et de la cité.
Platon et le Philosophe de Stagire n'ont aucun blâme au sujet des
46. Ménandre , Étud. hist. et littéraire , par Guizot, in-8, 1855, ch. VI, p. 261-