LE DÉVELOPPEMENT DES HÔPITAUX GÉNÉRAUX DANS LES PROVINCES
§ l®*". — La déclaration de juin 1662 et la circulaire du 6 juin
La plaquette publiée en mars 1657 sous le titre de: V hospital général charitable^ nous apprend (p. 2) qu’à la suite des préparatifs faits pour l’ouverture du grand établissement de Paris '(( un air général se répand par tout le Royaume, pour exercer la charité universelle, dans l’extrémité des besoins et des misères ; et quand le motif de la charité manqueroit, il y auroit nécessité de s’appliquer à cet ouvrage par celuy de la Police.
L’auteur anonyme nous parle alors des Lettres Patentes obtenues « ou des fonds préparez comme à Bordeaux, Pau, Poictiers, Saint-Flour, Angers, Orléans, Amiens, Boissons, Sees etautres^. »
1 . Documents extraits des collections de l’auteur : Déclaration du Rny pour rétablissement d’un hospital général dans les villes et gros bourgs de ce royaume (juin 1662), in-4, 7 p. Paris, 1676. — Extrait des Registres du Conseil d’Etat du 3 juin 1673. Etab. des hôp. Généraux par tout le Royaume, in-4, 4 p. — Lettre mrculaire écrite par S. M. à tous Messieurs les Evesques du Royaume et Inten dans de justice dans les Provinces, pour l’établissement des hôpitaux généraux, écrite au camp près Ninove, le 6 dejuin 1676.
2. Indication de quelques lettres patentes de cette époque portant établissement d’Hôpitaux Généraux. Lettres obtenues : en 1657, Pontoise, Soissons, Saint- Flour, Noyon; en 1658, Beauvais, Le Mans, Riom, Tours, Blois ; en 1659, Montbrison, Caen {pour cette dernière ville, les lettres visent une précédente déclaration du 15 mars 1656) ; en 1660, Calais, Moulins.
En dépit de ces créations les vagabonds reprennent peu à peu le chemin de Paris, l’Hôpital Général voit s’accroître de jour en jour sa population, il manque de crouler sous le poids de ces charges nouvelles, Louis XIV se décide donc à prescrire l’établissement d’un Hôpital Général dans les villes et les gros bourgs du Royaume (Déclaration 12 juin 1662). C’est à ses yeux le seul moyen d’empêcher la fermeture de l’asile parisien fondé cinq ans auparavant.
a En effet, dit-il, quelque ménage et œconomie qu'apportent les Directeurs de cette maison ; quelque soin que jirennent les Curez et prédicateurs de faire appel à la charité des fidèles, malgré les quêtes faites en la Cour et dans la ville par les dames les plus qualifiées. La surcharge des mendians arrivez de diverses provinces du Royaume est venuë à tel point, que quoy que les dits Directeurs n’ayent pas la moitié du revenu qui est nécessaire pour la subsistance ordinaire de quatre à cinq mil pauvres, ils logent pourtant et nourrissent dans les cinq maisons du d. Hospital plus de six mil pauvres ; ils donnent en outre la nourriture en six endroits de la ville à trois mil autres pauvres mariez. »
Nonobstant, les rues de la Cité sont envahies par des indigents que l'on ne peut recevoir faute de places ; d’ailleurs il n’est pas juste, ajoute la déclaration, « que la ville de Paris fournisse seule la nourriture que les autres villes du Ro}^aume doivent chacune à leurs indigents selon l’équité naturelle... »
Le Roi veut en conséquence : (( que dans toutes les villes et gros bourgs, où il n’y a point encore d’hospital général établi, il soit incessamment procédé à l’établissement d’un hospital et aux reglements d'iceluy, pour y loger, enfermer et nourrir les pauvres mendians invalides, natifs des lieux, où qui y auront demeuré pendant un an. Comme aussi les enfans orphelins, ou nez de parens mendians. »
On doit former les pauvres « à la piété et Religion Chrestienne et aux mestiers dont ils sont capables » , sans qu’il leur soit permis de vaguer, ni sous quelque prétexte que ce soit d’aller de ville en ville, ni surtout de se rendre à Paris.
Onze ans après cette déclaration, un arrêt de Sa Majesté en son conseil (13 juin 1 673) « ordonne que par devant les principaux ofïi-
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ciers des Villes, capitalles des Provinces, ou de celles où il j a Archeveschez, Eveschez, Bailliages, Sénéchaussées et Sièges Présidiaux, il soit fait convocation des plus notables de tous les ordres des habitans d’icelles pour délibérer sur la commodité, qu’apporteroientesdites villes les establissemens desdits Hôpitaux Généraux, proposer les lieux propres et commodes où ils pourroient estre placez, les moyens ordinaires et extraordinaires de les entretenir, et donner leur advis sur le tout. »
Le Roi trouve que ces fondations ne marchent pas assez vite il signe le 6 juin 1676 « étant au camp près de Ninove », ^ une lettre circulaire « à tous messieurs les Evesques du Royaume et Intendans de Justice dans les provinces pour l’établissement des Hospitaux généraux, » afin d’insister sur l’utilité de ces maisons. Il existe, dit-il, des difficultés pour les fonder mais le premier moyen de surmonter ces obstacles est de ne point les croire insurmontables .
(( Aussitôt que le bon usage des fonds qu’on y employé est connu avec certitude, la piété et l’émulation des vivans et des mourans se redoublent pour y contribuer, et personne ne s’en exemptant jusques aux moins aisez, il se fait de toutes ces petites portions jointes ensemble, un tout plus considérable qu’on ne l’avoit espéré... »
La circulaire fait remarquer, avec juste raison, que « les pauvres sont nourris sans économie et sans ordre » et qu’il est désirable de régulariser ces secours.
Le Roi compte pour atteindre un but aussi désirable sur le concours du clergé, il est plein d’espoir « encore, ajoute-t-il, que cette entreprise paroisse beaucoup plus difficile en un temps où la guerre qu’il soutient presque seul contre toute l’Europe, ne lui permet pas d’y contribuer de ses finances comme il le feroit au milieu de la Paix. »
Le concours du clergé séculier ne fait pas défaut au monarque ;
3. Une note manuscrite mise en marj^e d’un de nos documents porte ceci r « circulaire pour l’établissement des hospitaux que le Roy a fort à cœur.
4. C’est avant le traité de Nimègue (1676). Ninove, ville actuelle de Belgique, Flandre orientale, à 31 k. d’Oudenarde. Quelques exemplaires imprimés au lieu iixi moi Circulaire portent: Lettre de cachet.
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il trouve en outre des auxiliaires précieux dans le sein de la Compagnie des Pères Jésuites.
§ 2. — Là propagande faite en faveur des hôpitaux généraux par le clergé séculier et des Membres de la Compagnie de Jésus.
Les Intendants, les Archevêques et Evêques s’empressent de répondre à l’invitation qui leur est adressée. L’archevêque de Tours porte à la connaissance des fidèles de son diocèse la lettre de cachet du Roi. Son mandement est du 10 juillet 1676
« Cette lettre, dit-il, est d'autant plus admirable que S. M. a bien voulu s'y appliquer au milieu de tant d’occupations importantes pour le bien de son Etat, dans le fort de la guerre et dans le cours des victoires, qui ont couronné toutes ses glorieuses campagnes. Car qui a-t-il de plus surprenant que de voir le détail d’ouvertures et de moyens, dans lequel S. M. n’a pas fait difficulté d’entrer, en étendant ses soins jusqu’aux derniers de ses sujets, pour les soulager dans leurs misères, de la manière la plus convenable qui se pouvoit imaginer. Nous ne scaurions l’attribuer qu’à l’opération de cette main toute-puissante qui tient le cœur des Roy s, et qui l’incline partout où il luy plaist puisqu’il n’y a point en effet d’action qui puisse plaire davantage à Dieu que celle-là... »
L’Archevêque énumère ensuite tous les maux qu’entraîne la mendicité des individus valides ; « la lie et le rebut de la République ; non pas tant pour leurs misères corporelles, dont on doit avoir compassion, que pour les spirituelles, qui font horreur » et, conclut-il, « nous vous conjurons tous, mes très chers frères, par les entrailles de J.-C. le Roy des Roys, et le Seigneur des Seigneurs, d’avoir soin de ses membres dispersez, qui sont les
5. Lettre de cachet du Roy, avec la lettre pastorale de Monseigneur l’archevêque de Tours pour l’établissement et l’augmentation des Hôpitaux généraux des pauvres enfermés dans toutes les villes de son diocèse, in-4, 16 p. Tours, V* Jacques Poinsot, 1676. Dès l’année 1670, Mgr de Tréguier, en Bretagne, publie un mandement pour exécuter les ordres donnés par la déclaration de 1662.
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pauvres mendians et vagabons ; de les ramener charitablement, et de les faire recevoir et entretenir constamment dans une maison commune, comme dans unazile asseuré où ils soient à couvert de tous les dangers du siècle, et où l’on remédie pleinement à tous leurs maux tant spirituels que corporels. »
Mgr de Lascar (Béarn) veut (1677) que la principale fin des Confréries de charité à organiser dans chaque ville, soit « de procurer l’établissement des hôpitaux généraux, leur maintien et rétablissement partout où ils sont décheus »
Les Agents généraux du clergé de France viennent à leur tour appuyer ces fondations auprès des pasteurs des diocèses
« Cet établissement une fois commancé, écrivent-ils, sera une amorce puissante aux âmes charitables, pour les engager à le soutenir ;la charité n’est point si refroidie, qu’iln’y ayt encore dans la pluspart des villes plusieurs âmes chrestiennes, qui s’estiment heureuses de pouvoir acquérir les richesses de l’Eternité par la distribution de quelques biens périssables ; chaque jour portera de nouveaux legs des personnes mourantes, et il n’en est guères, qui à la veillé de rendre ce compte terrible, ne veuille admettre Jésus- Christ au nombre de ses héritiers, en la personne de ses pauvres » •
Il existe également une assemblée charitable de Paris, dont le secrétaire Calloet Querbrat, multiplie lettres et circulaires en faveur de l’établissement des Hôpitaux généraux et des confréries de charité
6. Cet évêque u’hesite pas à qualifier la circulaire royale de divine ! « Je ne devrois rien ajouter, mes chers frères, à cette divine lettre. » Au cours de ses explications il fait remarquer ensuite que dès que les pauvres sont enfermés leur nombre diminue de moitié ; « beaucoup de ces feneans et vagabons regardent ces hôpitaux comme des prisons, quittent les villes ou se mettent à travailler. »