CHAPITRE VI
§ 1®**. — Une promenade en Europe et en France.
Dans le tome III de notre histoire (P® partie, chap. vi, p. 153 et suivantes) nous donnons une idée des grandes constructions affectées aux malades. Ce mouvement ne s’arrête pas. Commentons notre voyage par nos voisins d’Outre-Monts.
(( Qui voit un des vastes hôpitaux de ITtalie, écrit un médecin, en voit vingt ; ils sont tous les mêmes, avec leurs colossales dimensions et leurs rangées de lits à perte de vue L . . »
Les bâtiments se trouvent fréquemment disposés en forme de croix ; au centre s’élève un autel . Les pièces destinées aux administrés occupent presque toujours des rez-de-chaussées un peu élevés au-dessus du sol ; on construit ces pièces, longues, larges, hautes, souvent voûtées ; très fréquemment il n’existe pas d’étage au-dessus. Cette règle est absolue dans les asiles qu’élèvent les Frères Saint-Jean-de-Dieu Les murailles ont une grande épaisseur afin de garantir contre le froid et la chaleur ; les croisées placées à une certaine élévation évitent les courants d’air.
1. D'^Millot, De l'hygiène publique en Italie, l*"® partie, 1876, p. 124.
2. Foucher, Not. sur les principaux étah. charit. de l'Italie, in-8, Paris, 1840, p. 86 « Dans plusieurs des hôpitaux italiens, dans tous ceux de cet ordre (Saint- Jean-de-Dieu) il n’y a aucune chambre au-dessus des salles des malades de sorte qu’elles sont aussi élevées que nos églises et nos chapelles » (Howard, État des prisons, op. cit., t. I, p. 292).
Le Saint-Esprit de Rome continue à ouvrir ses salles immenses aux fébricitans qui viennent les envahir durant les mois de juillet et août ; les améliorations apportées au cours des âges consistent en services séparés affectés aux maladies contagieuses, aux blessés, aux malheureux dont le délire bruyant est un sujet de troubles pour les autres patients. Pie V, Grégoire XIII, Alexandre VII accroissent cette belle fondation. Benoît XIV ajoute une salle longue de 92 “ 34, large de 12 40 et haute de
13 75. Elle s’appelle le Braccio nuovo^.
On peut dire, avec Piazza {op. cit.^ p. 15), que c’est un château renfermant des palais et des cours : « Rassembra questa gran fabrica, ristorata et accresciuta splendidamente da Innocenzo IV, per la sua vastità, moltiplicità de’ luoghi, un gran castello, che rinchiude più Palazzi e con varie piazze trà se distinti. »
A Naples VAlbergo Reale dei Poveri appelle l’attention ; son plan prévu à l’origine est tellement colossal que les bâtiments commencés en 1757 restent inachevés à la fin du xviii® siècle. « La façade présente, sur une étendue de mille pieds au moins, 62 fenêtres. » Les étages atteignent une hauteur considérable, les murs, les voûtes, les charpentes ont une solidité peu commune
Howard signale l’hôpital des Benfratelli de cette ville comme propre et élégant : « Il consiste principalement, dit-il (op. cit.^ I, p. 291), en une longue et magnifique salle, à l’extrémité de laquelle est un autel et une chambre pour les prêtres pauvres ; à l’autre extrémité est une table où l’on place les provisions pour les malades . »
Santa-Maria de Florence, dont la renommée est si grande, offre aux regards émerveillés sa façade qui forme une série d’arcades, composant une galerie couverte, soutenue par des colonnes accouplées d’ordre ionique (Joseph Guislain, op. cit., p. 188). Les salles du rez-de-chaussée, disposées en forme de croix, ont une belle élévation.
3. « Le pareti del nuovo braccio nella parte superiore sono decorate a conforto dei malati con pitture de Gregorio Guglielmi rappresentanti le miracolose guarigioni operate dal Redentore. Benedetti XIV, inoltre costrui il gabinetto e Lreato anatomico ampliato ed abbellito da Pio VI... » (F. Azzurri,Inuovirestaui'i nelV Archiospedale di S. Spiriio in Saxia, in-8, Roma 1868, p. 14-15.)
4. Joseph Guislain, Lettres médicales sur l'Italie.^ Annales de la Société de médecine de Gand, 1840, p. 210.
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L’hôpital de Padoue constitue un édifice grandiose, parfaitement construit. Il a la forme d’un long rectangle et renferme trois cours intérieures^.
UOspedale maggiore de Novare est également une maison remarquable. Fondé dans la première moitié du xvii® siècle, en remplacement de plusieurs petits asiles, il occupe une superficie de six hectares : constructions, cours et jardins.
La cour principale présente un carré de plus de 20 mètres de côtés avec de beaux portiques. « La facciata dell’ edifizio a tre piani, estesa e severa, lascia subito indovinare la natura dello stabilimento »
A Lodi, superbe établissement (xvi® siècle), parfaitement isolé, de forme quadrangulaire, situé à l’endroit le plus élevé de la Cité. Des cours spacieuses gazonnées s’offrent aux convalescents.
Six salles principales sont affectées aux maladies aiguës ; la plus grande peut contenir 50 lits
Le grand asile de Milan dépasse tous les autres ; il reste un des plus somptueux asiles charitables d’Europe. Vaste rectangle de constructions diverses mesurant 270 mètres de long sur 102 mètres de largeur. Ces constructions peuvent se diviser en trois parties : celles de droite dues à François Sforza (1456); celles du centre élevées grâce à la donation Carcano (1621) ; celles de gauche provenant du legs Macchio
Une cinquantaine de salles, souvent très vastes, peuvent admettre facilement 1800 malades (1797)
5. D. Fabris, Vno sguardo agli ospedali Italiani. L’ospedale civile di Padova (Rivista délia benef. pub., ann. XXI, fasc. 7, Luglio 1893, p. 630). L’auteur ajoute : « Ma certo, corne tutti i vecchi ospitali monumentali, non respondete allé moderne esigenze dell’ igiene... »
6. Le Istitiizioni di beneücenza pub. in Novara. Rivista., anno XX, fasc. 8,
agosto 1892, p. 611. ,
7. Andrea Timolati, Monografia dell' ospitale Maggiore di Lodi., in-4, 1883, p. 39.
8. Luigi Vitali, La beneficenza in Milano, in-8, Milano, 1880, p. 308-312.
9. A. Rouillet, Rapp. au Ministre de l'Intérieur sur divers hôp., de Genève, de Turin et de Milan, in-8, 1864, p. 75 « L’Ospitale Maggiore di Milano è fra i pub~ blici stabilimenti d’Europa uno dei più suntuosi e ragguardevoli. Esso présenta l’aspetto piuttosto di un palazzo principesco chedi un asilo di poveri infermi e non Vi ha in Italia altro ospitale che superi questo nellà magnifîcenza, principalmenle del
Turin ne reste pas en arrière, bien que les proportions de ses asiles apparaissent plus restreintes. La façade de l’hôpital Saint- Jean-Baptiste, d’une beauté remarquable, date de 1665. « La situation de l’établissement est heureuse, écrit Gerfberr ; on y respire un air salubre que purifient des montagnes éloignées. Trois cours et trois jardins, des corridors extérieurs dont l’usage est fréquent sous un ciel doux, sont autant de causes qui contribuent à rendre cet hospice un des plus sains que j’aie visités ^ '. »
L’Espagne fournit aussi des exemples de vastes salles voûtées ; on peut voir encore à Madrid celles de l’hôpital élevé par Anton Martin, disciple de Saint-Jean-de-Dieu : « L’hospice Royal (dit Howard, op . cit., II, p. 12) est un bâtiment nouveau, qui enveloppe une cour longue de trois cent dix pieds, large de deux cents, où l’on trouve deux réservoirs d’eau ; de larges corridors régnent sur trois de ses côtés ; ses grandes salles larges de cinquante-cinq pieds, sont séparées par un mur qui forme diverses arcades. Les chambres sont en voûtes, et ont plusieurs ouvertures dans leurs lambris ; mais les fenêtres en sont fermées ; à l’une des extrémités de chaque salle est un autel, à l’autre une cheminée, l^es escaliers sont bien éclairés, bien aérés ; les marches en pierre hautes seulement de quatre pouces, pour en rendre la montée facile. »
L’hôpital de la Gorte, continue le même auteur (p. 15), destiné aux officiers et domestiques du Roi, est « un bâtiment qui a la forme d’une croix ; au centre une coupole recouvrant un autel. Ses salles élevées et voûtées ont leurs murs couverts, à la hauteur de huit pieds, de tuiles vernissées ».
suo grande cortile al quale del mezzodi et da tramontana rispondono quattro e quattro assai capaci cortili minori » (Gaetano Gaymi, Notizie storiche del grand' ospitale di Milano^ in-8, in Milano, 1857, p, 1).
10. E. Gerfberr, Rapp. au Ministre de l'Intérieur sur diff. hôp... dans les États de Sardaigne, etc., in-4, Paris, 1840, p. 5. Joseph Guislain, cité plus haut {op. cit., p. Ii7), fait aussi l’éloge de l’hôpital Saint-Louis composé : de quatre ailes formant chacune un système de salles assez grandes et tendant vers un centre isolé seulement des salles par un élégant vitrage, occupé par un autel que surmonte une belle statue de saint Louis, agenouillé et priant.
11. Howard, si précis dans ses descriptions, parle en ces termes de Thopital de Malte : « L’hôpital Saint-Jean de Jérusalem pour les hommes est situé près de l’eau. La distribution des trois salles principales représente la forme d’un T, et
l’architecture des établissements hospitaliers
Dès l’année 1780, le Roi Charles III donne des instructions fort sages applicables à la construction des établissements hospitaliers (iVou. Recop., lib. VII, tit. XXXVIII, lej IV). Ces maisons doivent être construites en rapport avec la population de la localité ; on ne peut donc établir aucune règle fixe. Il faut que chacune renferme des services entièrement distincts pour chaque sexe Il importe de séparer les âges de manière à préserver l’enfance des mauvais exemples donnés par les adultes. Cette séparation est de la plus haute importance et les Juntes sont tenues de porter leur attention sur ce point.
En Portugal l’hôpital civil de Lisbonne connu sous le nom de San José forme un bâtiment irrégulier, à deux étages, situé au sommet d’une des sept collines sur lesquelles repose la ville.
Cette maison occupe un ancien couvent de Pères Jésuites, approprié, plus ou moins bien, à sa nouvelle destination lors de la suppression de la Compagnie en 1759.
Les salles se composent d’une nef centrale séparée, au moyen d’une colonnade ogivale, de deux ailés latérales dans lesquelles sont placés les lits
Passons-nous en Russie, nous trouvons à Moscou l’immense hospice des Enfants trouvés Cet établissement, construit
elles communiquent les unes avec les autres ; quelques bâtiments additionnels ont rendu l’une des salles plus longue d’un côté que de l’autre ; elles ont trentequatre pieds et demi de large, mais celle qui forme la tête du T n’a que vingt-neuf pieds quatre pouces. Ces trois pièces réunies se nomment la salle. Elle est pavée en marbre, ou en carreaux de pierre. Le plafond en est très élevé mais comme il est de bois et noirci parle temps, comme les fenêtres en sont étroites et les murs revêtus de tableaux poudreux, cette salle majestueuse ne présente qu’un aspect trèslugubre. » {Hist. des princip. Lazarets.! t. p. 169. Étab. d’humanité, n. 6.)
12. Cette règle si importante se trouve rappelée dans les canons de plusieurs Synodes: « Utpietatis loca pie inhabitentur, quævis Hospitalia, licet exigua, in duas mansiunculas dividantur, altéra maribus, altéra fœminis destinata. Si vero locus amplior sit, pro Glericis et Religiosis quoque cubiculum deputetur... » {Const. syn. prov. Beneventanae, a. 1693, tit. XXXI, cap. XII, Coll. Lac.,p. 65. Const. Prov. Neapoliianae a 1699, tit. V, cap. II, § 5. Même ouvraye., p. 203. Const. Prov. Avenionensis, a. 1725, cap. IV. Même ouvrage, p. 568.)
13. Extrait d’un article sur les établissements hospitaliers de Lisbonne, publié dans le Journal officiel de la République française du 13 novembre 1872, p. 6970.
14. Betzky , Les plans et les statuts, op. cit., in-4, 1775. Le comte de Laveau, Guide du voyageur à Moscou, op. cit., 1824. D. Lejars, Les h,dp. d'enfants et les étab. d'enf. assistés à Saint-Pétersbourg et Moscou, rapp. adressé à M. le Directeur Peyron, in-8, 40p., 1888. Lorey, L’/iosp. des Enf. trouvés de Moscou, Rapp. adressé au ministre de l’Inst. publique, in-4, 42 p., Paris, 1892. La totalité des constructions, cours et jardins, couvre une superficie énorme.
SOUS le règne de Catherine II, sur les plans du philanthrope Betzky, avec les briques provenant des anciennes fortifications, est inauguré en avril 1764.
Placé dans un parc immense, il s’étend des bords de laMoscow'a jusqu’à la rue Solienka où se trouve l’entrée principale. Une vaste avenue ombragée d’environ 400 mètres conduit au corps de logis central surmonté de trois dômes blancs, flanqué d’un bâtiment carré, énorme, à cinq étages. Le projet publié par Betzky, dans son ouvrage, indique nettement que deux bâtiments semblables sont prévus ; un seul est construit. An cinquième étage affecté particulièrement aux nourrissons régnent de grands couloirs. A droite et à gauche existent des salles, quatre sur chaque façade.
(( Quand on pénètre dans ces immenses corridors et dans ces vastes salles, écrit le D’’ Lorey (p. 10), en éprouve un sentiment d’étonnement et presque d’admiration. A première vue tout y semble parfait »
Un autre asile (hospice du Bureau de bienfaisance générale) (1787) occupe un édifice quadrangulaire dont une partie, anciennement à usage de fabrique, remonte au règne de Pierre le Grand. Les quatre corps de logis qui le composent sont séparés par une cour spacieuse, au centre de laquelle existe un magasin. Un corridor règne à chaque étage (D^ Laveau, op. cit.^ p. 306).
L’hôpital Impérial de Paul porte le nom du grand Duc, son fondateur (1763). Situé en plaine (arrondissement de Sérpoukhovskaïa), sur une terre sablonneuse, l’exposition en est [très aérée. Construit en bois à l’origine, cet asile peut recevoir 25 malades
15. Entrant dans les détails ce docteur formule néanmoins des critiques qui tiennent surtout à ce que les bâtiments construits originairement pour 500 enfants en renfermaient au moins le triple lors de sa visite, 1892. De là, dit-il, « l’encombrement des salles avec toutes ses conséquences désastreuses. »
16. Cet établissement fut construit en pierre par ordre de l’Emp. Alexandre I" en 1807. L’hôp. de Catherine, plus important (1772), se compose de 6 corps de logis également enbois (De Laveau, op. ciL, p. 331-347). « A Moscou la plupart des hospices, qui comptaient au nombre de 123 en 1782, étaient installés dans des bâtiments tellement délabrés qu’il devenait impossible d’y loger même les misérables qui formaient la véritable clientèle des hospices. » {L'ass. pub. et privée en Russie^ op. cit.., Saint-Péterbourg, 1906, rapp. de M. Stépanov, p. 155.)
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. A Saint-Pétersbourg la Maison des Enfants trouvés, ouverte en 1770 à la distance de 4 verstes du centre de la cité, fournit une mortalité énorme fplus des deux tiers des admis). Le gouvernement attribue cette mortalité à F éloignement de Fasile qui oblige les pauvres petites créatures à supporter un long transport. L’hôpital est donc installé, en 1784, dans un quartier plus central. Quelques années après, 1797, troisième transformation; par les soins de l’Impératrice Marie un établissement aux vastes proportions s’élève sur les bords du canal de la Moïka
Les Pays-Bas, nous avons l’occasion de le constater maintes fois au cours de cet ouvrage, ne présentent pas, ayant 1800, un ensemble de provinces gouvernées par un pouvoir central. Il existe donc selon les régions des différences dans l’organisation des asiles charitables. On peut dire cependant que ces établissements empruntent assez souvent le système de constructions usité depuis des siècles par les couvents, c’est-à-dire plusieurs ailes distribuées autour d’un carré ou jardin central. Parfois ces ailes ont des couloirs en forme de cloîtres, ailleurs on voit les grandes salles éclairées directement de deux côtés.
Ces établissements sont placés au sein même des villes, ou, s’il s’agit de maladies contagieuses, on les construit en dehors des enceintes fortifiées, sur de vastes terrains, entourés de jardins et de fossés. Ils portent alors le nom de « maisons des pestiférés », même après la cessation du fléau.
A Amsterdam, un hôpital datant de 1630 sert plus tard d’abri aux pauvres sans domicile. Ses constructions imposantes, solides et simples, réparties autour d’une cour centrale, ont deux étages bien éclairés.
AHaarlemles pestiférés sont transportés à la chapelle Saint- Jacques, hors de la cité.
Tous ces asiles possèdent, autant que possible, des jardins, et leur aménagement ne subit guère de variations après la réforme protestante. A citer comme édifices anciens et remarquables les hôpitaux de Leyde, d’Ouddorp et de Gorichem.
17. La mortalité tenait surtout à l’agglomération des enfants, on y remédia en envoyant une partie des pupilles à la campagne (1788). Voir notre Histoire des Enfants abandonnés^ livre IV, chap. vu, § i, p. 497 et suivantes.
En Angleterre certaines maisons méritent de fixer l’attention. Tous les grands hôpitaux de Londres, écrivent Blondel et Ser, ont un aspect monumental, plus ou moins accusé et variable selon la date de construction^^. Westminster Hospital, placé en face de l’abbaje, reproduit le style gothique de ce monument célèbre i®.
L’Hôpital Saint-Barthélemy échappe à l’incendie de 1666 ; il est embelli, restauré (1691), et reconstruit au moyen de souscriptions en 1729. L’architecte se nomme James Gibbs. On commence par réserver une vaste cour carrée, puis, au fur et à mesure des ressources diponibles, s’élèvent des bâtiments reliés entre eux par des voûtes en pierre.
Quelques années auparavant, reconstruction partielle de l’hôpital Saint-Thomas ; il se compose alors de trois parties : l’une remontant à Edouard VI (1 552) ; la seconde due aux libéralités de Thomas Guy (1707) ; la troisième construite aux frais de Thomas Frédéric (1708). La maison comprend quatre cours quadrangulaires entourées de beaux édifices, elle peut contenir 474 malades en 1788 (Higmore, op. cit.^ p. 73).
Le Ghrist’s Hospital, détruit partiellement (1666), forme ultérieurement quatre vastes corps de logis encadrant une cour centrale et ne présentant rien de remarquable.
Il n’en est pas de même de l’asile affecté aux marins à Greenwich. Sur le terrain s’élève en premier lieu une maison royale où naissent Marie et Elisabeth. Après des tentatives infructueuses de réédifîcations de ce palais tombé en ruines, la pre-
18, Londres et ses environs, op. cit., 1788. Higmore, op. cit., passim. A description of the Royal Hospital for seamen at Greenwich, 1839. Blondel et Ser, Rapp. sur les hôp. civils de Londres, in-i, Paris, 1862.
19. «L’hôpital de Westminster est un petit hôpital de 250 lits, entretenu par des dons volontaires. C’est une ancienne construction en briques s’élevant en face de la cathédrale de ce nom. On dirait plutôt un vieux château à tourelles qu’un hôpital » (Ville de Saint-Étienne, Rapp. sur la reconstruction de V Hôtel-Dieu, in-8,1889, p. 47).
On raconte que l’asile de Rethlem affecté (1676) au traitement des insensés était bâti sur le modèle du château des Tuileries. Louis XIV s’en montra fort offensé, « The design was taken from the château des Tuileries, at Paris Louis XIV was so much oftended at this copy of his palace, tliat he ordered a plan of S*^ James palace to be taken for offices of a very inferior nature... » (Higmore, op. cit*, p. 14).
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mière pierre de l’édifice actuel est posée en juin 1696 ; dès l’année 1705 il peut recevoir des pensionnaires.
La façade principale s’étend le long des rives de la Tamise et «en arrière d’une magnifique terrasse d’environ 290 mètres de longueur. Les bâtiments sont construits en pierre de Portland et se divisent en quatre quartiers ; entre les deux premiers un ■espace vide fort étendu sert de square. Les constructions alignées des deux côtés se correspondent parfaitement et supportent chacune un dôme. L’ensemble présente un coup d’œil majestueux.
Sous Charles II, construction de l’asile de Ghelsea destiné aux soldats invalides (1681 ). Cet hospice consiste en une longue file de bâtiments ; au nord, on entre par une esplanade plantée d’arbres ; au sud, existe un jardin qui s’étend jusqu’à la Tamise.
La maison centrale comprend la chapelle et un immense réfectoire. Les ailes s’étendent à l’est et à l’ouest, sur une longueur d’au moins 100 mètres. 11 existe plusieurs bâtiments adjacents formant deux groupes. Une simplicité élégante règne partout, de nombreux et confortables logements sont assurés ainsi aux vétérans appelés à terminer leur vie dans cet asile véritablement remarquable
L’hôpital de Plimouth, affecté aux marins, ne ressemble à aucun de ces établissements hospitaliers ; construit par Rovehead, célèbre architecte de Londres (1756-1764), son plan frappe beaucoup Tenon [op. cit., p. lui). « Cette maison, dit-il, consiste en quinze pavillons isolés, dix de malades, cinq de dessertes, distribués sur une cour carrée et liés par une galerie qui ne s’élève qu’au premier étage. A chaque pavillon se trouvent six salles, deux par étage, elles sont accouplées chacune pour vingt malades couchés ^euls. Les bâtiments de dessertes placés entre ceux des malades, si l’on excepte celui du milieu, se bornent à un rez-de-chaussée composé de deux pièces également accouplées »
20. « L’hôpital de Ghelsea est particulièrement remarquable par sa grande régularité et l’harmonie de ses parties qui est plus frappante surtout dans la façade Nord. Le centre particulièrement ressort avec beaucoup d’effet ; et les ailes vont en diminuant imperceptiblement. On a calculé que tous ces bâtiments ont coûté la somme de 150.000 liv. sterling. L'étendue du terrein qu’ils couvrent -est de plus de 40 arpens » {Londres et ses environs, op. cit., t. II, p. 58.)
21. Tenon ne retient que le principe de pavillons isolés et critique certaines
Retraversons maintenant le détroit et débarquons en France; Nombre d’établissements charitables, notamment parmi les hôpitaux généraux, ne présentent aucun caractère architectural. Ils se composent d’anciens couvents, de maisons particulières, achetées au fur et à mesure des agrandissements nécessités par le chiffre croissant des administrés.
Un mémoire des directeurs de l’hospice de Carcassonne déclare que l’asile est vieux et semble s’être accru successivement sans plan fixe. « Les salles ne sont fermées que d’un bout, et de l’autre aboutissent à un dôme quaré très exhaussé éclairé d’une très grande fenêtre à chaque face » (novembre 1786, Arch. nat., 226)
L’Hôtel-Dieu de Chartres, écrit, en 1785, l’inspecteur Colombier, est formé de plusieurs demeures particulières ; les bâtiments sont si irréguliers et si mauvais qu’il est impossible d’en tirer le plan 23.
D’autres fois, pour des constructions élevées les unes après les autres selon les ressources, on adopte un programme déterminé que le temps se charge de réaliser. L’Intendant approuve les directeurs de l’hôpital de Saint-Affrique d’agir ainsi et il ajoute (1756) : (( Vous aurez la satisfaction d’avoir au bout de quelques années
dispositions intérieures ; il convient d'ailleurs que cet établissement répond parfaitement à sa destination. Voir aussi le troisième rapport des commissaires chargés des projets relatifs aux hôpitaux, 12 mars 1788, p. 7.
22. (( Notre hôpital comme nombre d'anciens établissements hospitaliers, a été construit de pièces et de morceaux, et l’on est surpris de trouver encore une certaine régularité dans les dispositions des bâtiments et une assez bonne distribution des services, quand on songe que pendant deux siècles on a édifié de ci et de là, transformé d’anciens quartiers et construit de nouveaux sans projet d’ensemble (Legludic, L Hôtel-Dieu de Sablé, 1902, p. 11).
23, 13 février 1785, Arch. nat., 226. M. Colombier ajoute : «qu’il a vu néanmoins avec étonnement l’oi’dre et la distribution des départemens qui, à l’exception du dortoir des vieilles, ne sont pas insalubres. La propreté règne partout... »
Cet inspecteur général, dont on retrouve la trace en maints endroits, montre une très grande activité et a contribué beaucoup au développement des mesures d’hygiène et à l’application de règles administratives bien comprises. Il lui arrive parfois d’entrer en lutte avec des administrateurs puissants, comme ceux de Lyon. On lui reproche alors de manquer de procédés courtois, de se livrer à des investigations injurieuses pour les Recteurs, en faisant un peu trop sentir son importance de délégué de MM. de Vergennes ou de Galonné. Les archives de l’aumône générale de Lyon (op. cit., t. III, p. 302) renferment de longues délibérations où ces griefs sont exposés (série E. 122, Registre 1786-1790).
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des bâtiments décents, s’accordant les uns les autres et coûtant beaucoup moins que des bâtisses faites sans plan général, à morceaux séparés, et sans aucune liaison naturelle. Il faut que tout soit simple mais noble »
Le dépôt de mendiants d’Ensisheim (Alsace) occupe le collège des Jésuites. « Les bâtiments, écrit l’inspecteur Doublet (oct. 1789, Arcli. nat., 231), sont aussi bons que des neufs et la construction de toutes les parties de l’œdifice est grande et belle. »
Un établissement de cette nature se prête mieux, en effet, à un asile de vieillards, ou à une maison de fous, qu’à un hôpital proprement dit 2».
Nous retrouvons quelquefois les antiques salles voûtées, partagées en trois parties, le milieu vide, à droite les hommes, à gauche les femmes (Hôtel-Dieu d’Angers en 1645, G. Port, Inv. arch., op. cit., in-4, p. xx).
Dans l’hôpital reconstruit à Chalon-sur-Saône au xvP siècle, il existe une grande nef, mais non une voûte pittoresque comme à Beaune : « Un plancher assez bas et sans aspect artistique est placé au-dessus. L’argent manque peut-être alors pour faire mieux ^6. »
Citons encore l’hôpital de Belfort, composé en 1754 de quatre salles pouvant contenir chacune dix lits et ayant toutes vue sur la chapelle, de sorte que les malades convalescents peuvent entendre la messe » (abbé Humbrecht, Mém. hist. cité, 1895, p. 63-64).
24. Abbé Nayral, Ao^. sur Vhosp. de S.-Affrique, op. cU., p. 29. « Un programme bien établi est absolument nécessaire et si l’on excepte les grandes salles du premier étage et la cour intérieure à laquelle les galeries à arcades qui l’entourent donnent un certain air de noblesse et de grandeur, il n’existe rien qui dise une époque ou qui rappelle un style d’architecture bien connu. L’aspect général de l’Hôtel-Dieu d’Arles se ressent, au contraire, du manque d’unité dans le plan et l’exécution de ses diverses constructions. L’indécision, le défaut de nerf et de caractère se montrent dans la plupart de ses parties (Jacquemin, Mém. sur les hospices d'Arles, in-8, 1844, p. 39) .
25. Beaucoup d’établissements ont du reste une très faible importance. L’Hôtel-Dieu Saint-Bernard de Troyes paraît être dans un corps de logis séparé. Ce qu’on qualifie de ce nom est une sorte de dortoir, qui renferme 13 châlits de bois ou trappans garnis de couettes... Une table, un banc, une forme, une« mect» et un grand chandelier de fer forgé complètent l’ameublement (Babeau, op.cit., in-8, 1906, p. 6).
26. Batault, Notice hist. sur les hôp. de Chalon-sur-Saône, in-8, 1884, p. 81,
Les bâtiments de l’hospice de Tulle sont assez vastes pour contenir 400 pauvres ; ils comprennent une chapelle et trois corps de logis ayant chacun plusieurs salles. Trois sont affectées aux femmes malades ou devenues mères, deux reçoivent les hommes (V. Forot, Étud. hist.sur un hôp. hosp. industriel^ aux XVI et XVII siècles, in-12, 1908, p. 37).
Le projet de construction d’un asile à Bourg, dressé par un architecte parisien (et réalisé partiellement de 1782 à 1787), comprend « au rez-de-chaussée et au premier étage, une salle de 48 à 60 lits ; une salle de 16 et une de 7 lits pour les militaires. Une salle pour les femmes en couches et, particularité bonne à noter, une salle pour les convalescents; plus deux autres sans destination présente et en prévision de l’avenir. Un établissement de cette importance revient à 515.000 livres environ (D^Ebrard, Misère et charité, in-8, 1866, op. cit., p. 31-32).
A Dole (1612) il existe un asile pouvant être cité comme un modèle. Voici le résumé de la description faite en 1667. « L’établissement situé sur la rive du Doubs est d’une hauteur et d’une magnificence royale. Il se conipose de quatre ailes égales, formant un carré de très grande dimension. Toutes les façades extérieures sont en pierres de taille sans apparence de ciment, même dans les jointures. Les fenêtres du rez-de-chaussée, qui sont très élevées, se trouvent surmontées d’un balcon de pierre découpé avec art. Ce balcon est d’un grand agrément pour les malades auxquels il permet de respirer l’air libre, tout en satisfaisant leur curiosité, chose si douce aux gens souffrants. La cour intérieure est remarquable par un double rang d’arcades superposées. Toutes les salles sont voûtées. Deux de ces salles attirent surtout l’attention, tant par leur longueur que par leur disposition. Elles occupent chacune une aile entière et dans l’angle où elles se réunissent, se trouve la chapelle, fort riche en ornements d’or et d’argent. L’autel est disposé de manière à ce qu’on puisse l’apercevoir des deux salles à la fois... 27 » (Feuvrier, 1897, p. IL)
27. Dans ces constructions hospitalières, à côté de dispositions heureuses il se rencontre fréquemment des parties défectueuses. « A Saint-Jacques d’Aix le dortoir des femmes situé sous les toits, et n’étant pas doublé dans toute son étendue, est très froid en hiver et très chaud en été. Les fenêtres sont basses, l’air s'y
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L’hôpital de Grenoble, dont la première pierre est posée par le Maréchal de Gréqui (1627), doit contenir « quatre grands corps de logis contigus formant un quarré de trente toises de face hors d’œuvres et vingt toises dans la Cour ; dans lequel espace, tant à main gauche qu’à main droite, se trouvent deux corps de logement en forme de grandes salles, pour servir de dortoir aux pauvres malades, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes, chacun de la longueur de vingt-cinq toises, et de quatre toises et demie de largeur. . . ^8 »
Une pièce de vers de 1621 parle avec raison de la Cité lyonnaise comme :
Uune des plus nobles Citez,
La nompareille en charitez.
C’est en effet là que nous trouvons des établissements remarquables au point de vue architectural.
L’hospice de la Charité occupe un vaste quadrilatère, compris entre le quai du Rhône, la place de la Charité, la rue du même nom, et un ancien refuge de mendiants. Neuf cours, de grandeur différente, séparent les corps de logis dont la plupart datent de la construction primitive « ...L’ordonnance est simple, ainsi qu’il convient à un asile des pauvres... L’église, la pharmacie, les salles du Conseil et des archives offrent seules un certain luxe d’ornementation »
Quant au grand Hôtel-Dieu, il occupe une superficie d’environ
renouvelle difficilement, il y a souvent de l’odeur et de l’infection. Quelle différence de ce dortoir pour la salubrité à celui des hommes ! Aussi a-t-on observé que les maladies y étaient plus opiniâtres et plus fâcheuses.. . » (Valran, Misère et charité, op. cit., 1899, p. 104.)
28. Prudhomme, Inv. arch. hist. de Vhosp. de Grenoble, in-4, 1892, p. 63. Voir dans Troude, Hosp. civil de Brest (in-8, 1888, p. 51), un devis détaillé établi en 1600 : <« Les croisées des fenêtres seront composées de châssis dormants, et de volets faits d’assemblage de bon bois de chêne. La couverture sera faite avec des ardoises de Ghâteaulin. Les vitres seront de verre blanc, garnies en plomb, et, mises en place, serofit mesurées au pied carré de roi de 144 pouces et retenues avec leurs targettes. »
29. De Souffrait, Introduction à Vinv. des Archives de Vhosp. de la Charité de Lyon, in-4, 1874, p. 7. Nous nous plaçons toujours, bien entendu, â la date extrême de 1800. Ce refuge, bâti par les Recteurs de l’Aumône en 1745, et communément dénommé Bicêtre, est remplacé au xix* siècle par l’hôpital militaire.
21.600 mètres ; distant de la Cité à l’origine, le flot de la population grandissante vient l’envelopper, sauf du côté du Rhône Nous limitant par la pensée à la période antérieure au xix® siècle, nous pouvons mentionner: 1® les quatre grands parallélogrammes de bâtiments dont les deux premiers se réunissent en forme de croix, tandis que les deux autres aboutissent à angle droit aux extrémités nord et ouest des premiers ; 2® les agrandissements dirigés par Soufllot. On distingue dans la première partie de ces aménagements deux grandes salles longues, l’une de 88 m. 60, l’autre de 62 mètres seulement, ayant toutes deux 11 mètres de largeur et 8 mètres d’élévation. Disposées en forme de croix, un dôme sert de ventilateur
Au xviH® siècle, le besoin d'accroître l’hôpital se fait sentir. Soufllot dresse les plans, les travaux sont entrepris en 1737. Le dôme s’élève à dater de l’année 1756. A ce moment, l’architecte Loyer supplée Soufllot retenu à Paris par la Construction de l’église Sainte-Geneviève, actuellement le Panthéon.
« La nécessité de purifier l’air pestilentiel de la salle des hommes blessés est le motif ou le prétexte mis en avant pour exécuter cette fraction très coûteuse du plan primitif, car il faut le dire, ajoute Pointe (p. 37), le dôme de l’Hôtel-Dieu est surchargé de décorations et d’ornements d’une grande richesse, ils ajoutent considérablement à la dépense sans concourir en rien au but sanitaire proposé lequel d’ailleurs est même contestées. »
30. « Du côté du Nord cet hôpital est, dans une partie de son étendue, en continuité de construction avec des propriétés particulières, et dans tout le reste il est entouré de rues étroites dont les maisons sont trop hautes » (Pointe, ffist. top. et médicale du grand Hôtel-Dieu de Lyon, in-8, 1842, p. 21-22). La description qui précède est en partie empruntée à cet ouvrage.
31. « Ces salles portent le nom des quatre rangs. Dans le principe, la salle des femmes se prolongeait jusqu'au quai, où elle prenait un très beau jour, et les fenêtres qui s’ouvraient sur le Rhône étaient pour les quatre rangs un puissant moyen d’aération; mais en 1822, lorsque l’on termina la façade principale que Soufllot avait laissée interrompue entre le clos de la boucherie et l’avant-corps de l’édifice, cette salle fut diminuée du côté du quai, de tout l’espace donné à celle des hommes blessés, qui est venue la couper à angle droit. C’est ainsi que l’on a sacrifié aux exigences architecturales du moment une infirmerie qui réunissait presque toutes les conditions de salubrité » (Pointe, op. cit., p. 31).
32. Certains auteurs prétendent que Loyer a modifié peu heureusement le plan primitif de Soufflot, surtout en ce qui concerne le dôme. Consulter Pointe, op. cit., p. 41, Dagier, op. cil., t. Il, p. 139. «Frais de constructions des bâtiments, 954.705 fr., non compris le mobilier ; le dôme, 555.556 ; au total: 1.510.261 livres (Dagier, op. cit.. p. 141).
33. Pointe {op. cit., p. 48) écrivait en 1843 : « Des cloisons vitrées fermant les
l’architecture des établissements hospitaliers 471
En tout cas, l’effet général est splendide. Au centre du dôme s’élève un double autel en marbre, béni le 16 décembre 1764 par l’évêque d’Egée.
§ 2. — Les grands établissements hospitaliers parisiens.
Étudions maintenant les grands établissements hospitaliers de Paris ; ils forment, au point de vue qui nous occupe, trois groupes intéressants : 1® l’Hôtel-Dieu, Saint-Louis et les Incurables 2^ L’Hôpital général (la Salpêtrière et Bicêtre) ; 3® Les asiles particuliers (la Charité, l’hôpital Necker, l’hôpital Gochin) .
Avant Lincendie de 1772, le vieil hôpital, bâti à l’ombre de Notre-Dame, ne se compose que de bâtiments élevés à toutes les époques, sans ordre, sans aucun souci de la régularité, nous pouvons dire aussi de l’hygiène. Saint Louis s’intéresse à cette antique fondation et l’agrandit ; ses successeurs font de même. Au xviU siècle, Claude Vellefaux reconstruit l’établissement presque en entier; les longues et larges nefs sont détruites ou divisées dans leur hauteur.
Depuis Henri IV, les bâtiments débordent sur la rive gauche, le long de la rue de la Bucherie et du petit bras de la Seine. Un pont dit Pont au double^ en raison du péage exigé, ne laisse
entrées du dôme, l’isolent et di^•îsent la salle des hommes blessés en deux pièces encore extrêmement grandes, nommées l’une salle d’Orléans, l’autre salle Saint- Louis. Ces cloisons ont l’avantage de rendre moins froides les deux divisions de cette infirmerie et de préserver les malades de l’air du dôme que, par rapport à sa grandeur et à son élévation, il serait presque impossible d’échauffer. Du reste, par une prévoyance bien entendue, les cloisons dont il s’agit sont mobiles, se replient les uns sur les autres par des brisures, et, quand la saison le permet, peuvent disparaître entièrement de manière à rendre à cette immense salle le caractère grandiose et imposant qui la fait admirer sous lé rapport architectural, mais qui est loin d’être favorable au bien-être des malades. »
34. Rapp. des commissaires chargés par V Acad. R. des Sciences de V examen du projet d'un nouvel Hôtel-Dieu .,22 novembre 1786, in-4, 128-vip., 1786; Rondonneau delà Motte, Essais hist. sur V Hôtel-Dieu de Paris, in-8, xii-259 p., frontispice gravé, 1787 ; Tenon, op. cit., 1788 ; Troisième rapp. des Commissaires chargés par l'Académie des projets relatifs à l'établissement des quatre hôpitaux, 12 mars 1788, in-4, 38 p., un plan, Paris, 1788; Glavareau, Mém. sur les hosp. civils de Paris, in-8, xx-237 p., planches, Paris, an XIII, 1805.
qu’un étroit espace pour les passants, il supporte lui aussi unesalle dite du Rosaire (1625-1634) 35.
Ces deux corps de bâtiments sont réunis par un pont couvert dénommé Saint-Charles. Tout courant d’air est donc suppriméde ce côté sur le cours déjà si resserré de la Seine 3^.
Pour combler la mesure, les constructions sont fort élevées on multq^lie les étages afin de donner asile à plus de malades. Trois étages de salles superposées au-dessus de celles du rez-dechaussée ; ces salles, généralement trop basses, accouplées ou séparées par un mur de refend qui ne permet à l’air d’arriver que par un côté. Telle est la situation 37.
L’insalubrité et les dangers permanents d’incendie sont accruspar suite de l’accumulation au-dessous des salles : de buanderies, de bûchers, d’étuves à sécher, d’une fonderie de suif, de magasins renfermant les provisions d’huile, d’eau-de-vie, etc. 38.
L’encombrement de cet immense établissement, les maladiescontagieuses venant frapper Paris à la suite des guerres du XVI® siècle, amènent la construction d’un nouvel hôpital,, annexe de l’Hôtel-Dieu, et permettant, en cas de nécessité, d’assurer un abri aux pestiférés.
L’emplacement choisi hors Paris, faubourg du Temple, est salubre. Les bâtiments élevés sous Henri IV, d’après les plan& de Claude Vellefaux, présentent d’heureuses dispositions. Ils-
35. Quelques-unes de ces salles sont immenses ; ainsi celles dites Saint-Charles^ et Saint-Antoine, le long- du petit bras de la Seine, séparées par une simple grille en fer, n’en forment en réalité qu’une seule, longue de 36 -h 24 toises, soit environ 120 m. des mesures actuelles.
36. « Les bâtiments élevés sur le pont Saint-Charles et sur le pont aux Doubles, procurent sans doute plusieurs avantages à l’Hôtel-Dieu ; mais on pense généralement qu’ils nuisent à la salubrité de l’air, dont ils interceptent le courant » (La Rochefoucauld, Comité de mendicité, suite du rapp., op. cit., p. 3). Le plan publié par Tenon fait connaître admirablement l’état de cet hôpital en 1788.
37. « Une salle de malades doit être isolée de tout bâûment, afin que les murs-
soient continuellement exposés aux vents et aux courants d’air qui en éloignent l’humidité... Ces conditions manquent absolument à toutes les salles à l’Hôtel- Dieu {Rapp. des Commissaires de VAcad., 22 novembre 1786, op. cit., p. 32.)
38. « Les souterrains sont immédiatement au-dessous des salles des malades, et l’on ne doute pas que cette proximité ne leur soit nuisible et n’influe sur Tinsalubrité de l’atmosphère qui les enveloppe... Elle a un inconvénient non moin^ frappant, c’est le danger du feu, auquel expose continuellement la quantité immense de matières combustibles et inflammables dont ces souterrains sonfi. remplis... » Larochefoucauld, Rapp. cité, p. 3.
n’ont qu’un rez-de-chaussée affecté aux convalescents et un premier étage pour les malades. Les salles sont aérées et entourent une grande cour ; d’autres cours spacieuses fermées par un mur d’enceinte continu, offrent aux administrés des promenoirs ombragés.
(( C’est, dit Glavareau [op. cit.^ p. 85), un des plus beaux monuments qui existent en ce genre, non seulement en France,
mais dans toute l’Europe »
Les Incurables relèvent également de l’administration de l’Hôtel-Dieu, nous nous trouvons ici en présence d’une maison affectée uniquement aux vieillards et aux infirmes.
L’hospice commencé en 1636 par l’architecte Gamard, élève de Vellefaux, présente une distribution fréquente en Italie : « Sa forme et sa disposition le caractérisent, écrit Tenon [op. cit., p. 79-80). Ce sont deux hôpitaux en croix, séparés par l’église, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Les salles d’enbas sont flanquées en dehors d’un corridor, elles sont voûtées, leurs croisées en fer ont des avantages »
Les deux principaux établissements dépendant de l’Hôpital général, la Salpêtrière et Bicêtre, méritent une courte description
39. Consulter les plans si intéressants publiés par Tenon, op. cU., p. 60 et suiv.- Pour les inscriptions, voir Du Breuil, AnL deParis., 1612, p. 1002-1004. Sauvai fait quelques réserves : « L’hôpital Saint-Louis, dit-il (tome I®'‘, p. 561), est entouré de deux rangées d’arbres et de fossés Commencé par Henri IV, en 1604, et achevé sous Louis XIII, en 1617, cet hôpital passe pour le plus vaste et le plus beau et le plus commode du monde, mais son architecture n’est pas des plus agréables ni des mieux fondées du monde. Vulfaut en est l’architecte. Cet hôpital a été bâti pdUr les pestiférés, mais à présent (1724) les convalescents de l’Hôtel-Dieuy vont prendre l’air pendant quelques semaines .. »
40. Larochefoucauld, Rapp. cité, p, 23-24, ajoute : « Les salles du rez-de-chaussée sont grandes, élevées et très bien aérées ; mais on leur reproche l’inconvénient d etre trop froides en hiver pour des vieillards et des infirmes. Les salles placées au-dessus des premières ont moins d’élévation, moins d’air; mais elles ont l’avantage d’être plus facilement échauffées... chaque bâtiment a sa lingerie particulière, celle des femmes est remarquable par l’abondance, l’ordre et la propreté qui y régnent... » Voir aussi Feulard, L'hôpital Laënnec, op. cit.,
41. Aux ouvrages indiqués précédemment, ajoutons ; Charles-François Viel, Principes de l'ordonnance et de la construction des bâtimens. Notices sur divers hôpitaux, 4* vol. in-4, x-146 p., Paris, février 1812; Louis Boucher, La Salpêtrière, in-4, 139 p., Paris, 1883 ;E. Richard, Hist. de Bicêtre (Thèse), in-4, 158 p.,
2 vues, Paris, 1889; Paul Bru, Hist. de Bicêtre, grand in-8, xviii-488 p., plans et vues, Paris, 1890.
Le plan de la Salpêtrière est de Leveau : a Sa vaste enceinte, ses bâtiments considérables, sa nombreuse population (7.000 en 1789^^) le placent, écrit Viel (p. 5), au premier rang entre tous les hôpitaux. Sa superficie totale est de 54.326 toises (soit en chiffre rond 108.000 m. q.). L’architecte chargé de cet important travail veut donner à l’asile de grandes et belles proportions. Les bâtiments projetés ont des masses qui, dans leurs élévations, présentent, continue Viel, un caractère d’ordonnance convenable à ce genre d’édifice... »
Malheureusement, le plan primitif est resté inachevé, les constructions faites jusqu’en 1780 n’ont aucune corrélation, aucune liaison avec les projets de Leveau.
En 1669, la chapelle, insuffisante, est remplacée par une magnifique basilique dédiée à saint Louis, composée de quatre nefs rayonnant autour d’un dôme central, de manière à ce que les enfants et les adultes puissent simultanément assister, sans être confondus^ aux offices divins. A droite, le bâtiment Mazarin, à gauche le bâtiment Lassay, du nom de la bienfaitrice qui fournit les fonds (1756)
Au centre de l’asile on trouve, dès 1684, la prison de la Force, où sont détenues des femmes et filles de mauvaise vie.
Plus tard, les malades de l’hospice ne devant plus être trans*
42. Tenon dit qu’il y a eu jusqu’à 8.000 personnes dans cette maison (p. 84).
43. Une note inscrite en marge de notre exemplaire donne, pour Eannée 1848, les mesures suivantes ; superficie 54.326 toises, échange d’une terre à Ivry contre une parcelle de terrain appartenant au chemin de fer d’Orléans, 7.861 m. q., soit au total 116.513 m. q. 11 est parlé de cet échange dans le compte rendu des dépenses de l’exercice 1848, in-4, 1849, p. xxxvi. Dans un but mesquin d’économies, l’administration de l’Assistance publique n’a point su conserver intact cet admirable réservoir d'air si nécessaire à une population considérable. On y a entassé : un magasin central, une école, un hôpital remplaçant celui delà Pitié! Citons, à ce sujet, les réflexions fort justes d’un haut fonctionnaire de l’Administration hospitalière : « Les vastes terrains cultivés qui côtoient les bâtiments de ce vaste établissement étaient jadis considérés comme un correctif indispensable aux nombreuses causes d’insalubrité que nous avons relevées. Cette opinion, paraît-il, a cessé d’avoir cours, car on est en train d’utiliser ces précieux espaces pour y reporter l’hôpital de la Pitié... C’est, à notre avis, une très grosse faute. » (A. d’Echérac, ancien secrétaire général de l’Assistance publique, L'Assistance publique^ ce quelle fut, ce qu’elle est, in-8, Paris, 1909, chap. IV, p. 188.)
44. « Les architectes avaient d’abord projeté un carré de 60 toises sur 56 ; chaque face composée de trois étages faisant 92 chambres de 10 pieds sur 12 avec des pavillons pour le logement des officiers... » Louis Boucher, op. cit., p. 28.
l’architecture des ÉTARLISSEMENTS HOSPITALIERS 475
férés à l’Hôtel-Dieu, l’architecte Payen est chargé de construire des infirmeries spacieuses dont le pavillon central se trouve orienté sur la même ligne que le dôme de l’Eglise et la porte d’entrée
Quant au château de Bicêtre, successivement occupé par des soldats invalides, des enfants trouvés, des vieillards, des fous et des prisonniers, il n’existe également aucune vue d’ensemble dans son aménagement.
Des transformations considérables ayant lieu au xix® siècle, pour nous représenter l’état des bâtiments avant cette époque, il faut recourir au livre déjà cité de François Viel. Sa description est complète (p. 14). « Le premier plan, dit-il, est tracé avec des dispositions régulières, symétriques, bien entendues, et de forme parallélogramme.
«Les quatre angles sont dessinés par des pavillons carrés, égaux en dimensions ; ceux au nord-est et au nord-ouest font les extrémités de la grande façade, dont la longueur est de cent cinquante-trois toises. Les deux autres pavillons sud-est et sudouest restent isolés et seulement liés aux murs d’enceinte de l’hôpital. Toutes ces parties remontent à l’origine de l’établissement.
« De grands changements sont apportés, dans la suite, par l’accroissement de l’enceinte de l’asile et par la construction de nombreux bâtiments sans aucune concordance avec ceux du premier plan. »
La prison occupe un emplacement à part ; elle se compose « d’une première et principale cour de dix-sept toises sur vingtdeux, dessinée par trois corps de logis entiers et un quatrième incomplet sur le côté du couchant. Quatre autres cours, dominées par des murs d’enceinte, complètent cette partie de l’asile.
« Les bâtiments du nord, du couchant et du levant, subdivisés par des galeries, donnent entrée à des cabanons distribués de file.
45. Nous possédons au nombre de nos documents particuliers la seconde partie du rapport des commissaires de la Faculté de médecine sur les nouvelles infirmeries de la Salpêtrière, 1787. On tient compte dans leur construction des règles de l’hygiène, telles qu’elles sont comprises à cette époque. Le plan proposé comprend dix salles, dont six grandes contenant chacune 36 lits, et quatre petites pour 12 lits.
Certains de ces édifices comprennent des pièces voûtées en pierre
de taille et dune forte construction »
Gomme établissements particuliers, nous pouvons citer, en première ligne, l’hôpital des Frères Saint-Jean-de-Dieu, la Charité^ au faubourg Saint-Germain, transporté sur l’emplacement actuel vers 1608. Tenon décrit cet hôpital modèle comprenant six grandes salles, avec 208 lits. « Les principaux bâtiments, écrit-il (p. 29-33), consistent en un rez-de-chaussée voûté; un premier, un second étages surmontés de greniers.
« Toutes ces salles communiquent entre elles ; celles de la Vierge, Saint-Jean, Saint-Michel et Saint-Louis se réunissent sous la forme d’un carré^^. Ainsi le service en est commode et prompt ; les issues faciles en cas d’incendie.
« Quelques-unes des salles sont dallées, les autres sont carrelées ; les poutres, les solives sont à découvert dans les anciennes salles, la nouvelle, celle de Saint-Michel, est plafonnée. Leurs dimensions sont variables et en rapport avec le nombre des malades traités dans chacune d’elles
« Des poêles contribuent à la salubrité de la maison et répandent une chaleur douce et saine. »
46. François Viel (p. 16) parle ensuite « de huit cachots souterrains, dans lesquels, par commutation de peine, des assassins condamnés à mort étoient renfermés. Ces sombres et redoutables demeures ont été, dit-il, l’objet de déclamations, plus ou moins exagérées, publiées par des écrivains étrangers et français. »
Quant à la population de l’asile elle était de 3.500 à 3.800 individus avant 1789. La superficie comptée, suivant le mode actuel, atteint le chiffre de 21 hectares.
47. « On a pensé, ajoute Tenon (p. 32), à réunir ces salles soit parce que cet hôpital n’admet que des hommes, soit parce qu’on n’y reçoit aucune maladie contagieuse ; mais ce qu’on a fait à la Charité ne doit pas servir d’exemple pour établir, même dans un hôpital, seulement pour des hommes, ou seulement pour des femmes, une pareille communication entre les fiévreux et les blessés. Il est bien prouvé, par des observations répétées, que le voisinage des salles de fiévreux est funeste aux blessés ; à plus forte raison le mélange des fiévreux avec les blessés dans les mêmes salles ».
48. Tableau donné par Tenon, p. 37 (dimensions en toises, pieds, pouces).
salles
longueur
largeur
hauteur
Saint-Louis
Saint-Michel
Saint-Raphaël
La Vierge
Saint-Jean
Saint-Augustin
t que la longueur des salles varie seule, la largeur et
la hauteur étant
sensiblement les mêmes.
l’architecture des établissements hospitaliers 477
Après avoir reproduit les grandes lignes du rapport de Tenon, dont il s’inspire fréquemment, le président du Comité de mendicité ajoute {Rapp.cité,p.33) : « Il est bien à désirer que ceux qui succéderont aux Frères de la Charité héritent de leur zèle et de leur habileté dans le traitement des malades ; il faut convenir qu’aucun établissement de ce genre ne paroit comparable a CELUI que CES religieux ONT FORMÉ ^^.))
A citer encore le petit établissement dû au zèle de Fabbé Cochin, curé de Saint- Jacques-du-Haut-Pas (1780-1782). Sa division primitive, dit Larochefoucauld, consiste en deux infirmeries que sépare la chapelle. Celle des hommes contient 18 lits, celle des femmes 20. Chaque malade est couché séparément et reçoit tous les secours qu’un traitement soigné peut procurer. « Au moyen de quelque perfection, qu’il seroit très facile adonner à cet asile, on n’y laisseroit rien à désirer », écrit le même auteur [rapp. cité^ p. 44).
Ces deux salles occupent la partie inférieure de l’hospice ; l'étage supérieur contient plusieurs logements séparés pour des pensionnaires âgés.
Comment oublier maintenant les magnifiques infirmeries des Invalides? Elles complètent ce monument destiné aux soldats brisés parles fatigues de la guerre, blessés, mutilés, qui trouvent là un abri et peuvent y finir en paix leurs jours^®.
Ces infirmeries renferment 434 petits lits, et « sont disposées les unes en croix, les autres parallèlement à deux des branches de cette croix, et placées au rez-de-chaussée et au premier. Autour de celles en croix du rez-de-chaussés, est un corridor très étroit, comme aux Incurables, et dans l’épaisseur du mur, de deux lits en deux lits, sont pratiquées des niches où l’on pose le seau de bois des garde-robes à l’usage des malades qui n’ont la force que de se lever ; les autres, en état démarcher, vont aux
49, L’hôpital ouvert par les soins de M“* Necker (1778) dans l’ancien couvent des Bénédictines de Liesse, rue de Sèvres, présente des dispositions assez défectueuses provenant de l’utilisation de bâtiments qui n’étaient pas destinés à des malades : salles basses, mal ventilées par des ouvertures insuffisantes, etc. Voir Tenon, op. ciL, p. 55. Glavareau, op. ciL, p. 131-132.
50. Nous avons déjà fait remarquer ci-dessus que les invalides n’habiteront plus bientôt l’Hôtel que leur affectait Louis XIV.
latrines communes placées dans le corridor dont on vient de parler
En dehors de l’encombrement, il est facile de se rendre compte des points principaux par lesquels pèchent les g“rands hôpitaux parisiens: salles accouplées, mal ventilées; fenêtres d’un seul côté, placées trop haut, dimensions exag’érées des localités affectées aux malades, ne permettant pas de leur assurer, dans notre climat, une chaleur suffisante en hiver. Mélange dangereux des services généraux avec les parties des bâtiments consacrées au traitement des administrés. Constructions sans ordre régulier, rendant parfois le service intérieur fort difficile.
Ces graves problèmes soulevés par Chamousset dès le milieu du xviii® siècle préoccupent les esprits lorsqu’éclate l’incendie de l’Hôtel-Dieu en 1772. Ce désastre est l’occasion d’enquêtes minutieuses et d’intéressantes discussions qui amènent une véritable transformation dans les idées en matière de construction d’asiles hospitaliers.
§ 3. — Projets divers relatifs à la reconstruction de V Hôtel-Dieu ^ après V incendie de 177^
En 1737, un incendie considérable vient menacer d'une ruine complète l’ancien asile de la Cité ; on parvient à s’en rendre maître.
(( La nuit du 29 au 30 décembre 1772, le feu prend dans Lendroit où se fabriquent les chandelles . . . Comme ce lieu est souterrein, la flamme y demeure longtemps concentrée et ne paraît
51. Tenon, op. ciL, p.'94 et suivantes. La plus grande des salles est celle plaeée sous le vocable de Saint-Louis et réservée aux scorbutiques :
Nombre des lits 96
Longueur 61 toises 3 pieds
Largeur 4 toises
Hauteur 2 toises 2 pieds
Quantité d’air à respirer par malade 6 toises cubes
52. Relation de l'incendie de V Hôtel-Dieu, in-4, 4 p., de l’imprimerie de la Gazette de France, 1773.
l’architecture des établissements hospitaliers 479
au dehors que vers une heure et demie du matin, embrasant tout à coup le bâtiment de la communauté, les salles appellées de V infirmerie^ salle jaune et du Légat. . .
« Qu’on se représente une étendue de 943 toises de bâtimens en train de brûler, des torrens de flammes sortant avec rapidité de toutes les fenêtres : on en est éclairé aux extrémités de Paris...
« Il est facile de concevoir le désordre que ce désastre produit dans une maison remplie de malades à qui la frayeur rend quelques forces. On voit ces malheureux se traînant dans les salles, sortant en chemises, dans la nuit la plus froide, par l’issue que le hasard leur présente...
Il faut briser les portes, démolir des bâtiments pour arrêter les progrès des flammes. Le feu dure plusieurs jours et fait de nombreuses victimes.
Les malades sont transportés en majorité dans l’église Notre- Dame. Une sœur arrache au danger quinze malades les uns après les autres Tout le monde rivalise de zèle.
« C’est un spectacle touchant, dit la narration citée, de voir les Sœurs de l’Hôtel-Dieu oublier leurs pertes personnelles pour ne s’occuper que des malades transportés dans l’église, des religieux sortis de leurs cloîtres, couverts de boue, porter des fardeaux et travailler comme de simples manœuvres. Les soldats, aux Gardes Françaises et Suisses bravent les dangers et la morU^.»
A la suite de ce cruel événement, cent projets divers se font jour. Les uns veulent transférer l’Hôtel-Dieu dans un autre endroit de la capitale ; d’autres se bornent à demander le maintien auprès de Notre-Dame d’un asile à proportions plus restreintes. Tout le monde s’accorde pour bannir au loin les services généraux, occasion de l’incendie. Les bâtiments de l’hôpi-
53^. « Une religieuse, nommée la Mère Saint-Louis, morte au mois de novembre 1816, d’une complexion assez faible, transporta seule et arracha aux flammes quinze malades les uns après les autres... » {Notice historique., op. cit.., 1823, p. 5).
54. « N’oublions pas de dire que les Frères de la Charité apprenant le malheur arrivé à l’Hôtel-Dieu, s’assemblèrent dans l’instant et résolurent non seulement de mettre dans leurs salles autant de lits qu’il seroit possible , mais encore de retrancher de leur propre subsistance, pour subvenir aux {besoins des malades qu’on leur apporteroit » {Narration citée, p. 4).
tal sont d’ailleurs universellement jugés si défectueux que, lors du sinistre, on entend la foule s’écrier : quon sauve les malades et que V hôpital soit brûlé !
Nous ne pouvons citer l’ensemble des travaux présentés à ce sujet, au public, aux Académies. Voici seulement l’énumération d’un certain nombre d’entre eux.
Le grand Bureau, dans sa séance du 11 janvier 1773, décide qu’une audience sera demandée au Roi et que l’on fera appel à son puissant concours pour aider l’établissement à sortir de la triste situation que lui crée cet épouvantable désastre. L’audience est accordée pour le 24 janvier, et Mgr l’archevêque de Paris, M. le premier président, M. le procureur général, M. le lieutenant général de la Police, et le Prévôt des marchands, chef de l’administration, accompagnés de MM. le Roi de Lisa, conseiller au Parlement, et de Neuville, fermier général, administrateurs députés, présentent au Souverain un long mémoire appuyé de tableaux statistiques, relatant les pertes éprouvées par l’Hôpital et la décision qui semble devoir être prise au sujet de son transfert « aux extrémités et hors de la ville ».
(( L’Hôtel-Dieu, dit le mémoire, n’est pas seulement destiné aux pauvres de cette capitale, il est consacré à tous ceux qui s’y présentent de tous pays, de toute nation, et quelle que soit leur religion; leur erreur est un mal de plus qui ne peut étouffer Vhumanité. »
L’année suivante, A. Petit, docteur régent de la faculté, publie un ouvrage sur la meilleure manière de construire un
55. La, voix des pauvres, épître au roi sur l’incendie de l’Hôtel-Dieu par M. Marmontel, historiographe de France et l’un des quarante de l’Académie Française, in-8, 16 P, Paris, Valade, 1773.
56. Allocution de l’archevêque de Paris : « Sire, des indigens échappés des flammes osent se prosterner aux pieds du trône de Votre Majesté, pénétrés de la juste confiance que dans le plus grand monarque de la terre, ils ont le Père le plus tendre et le meilleur des Rois. En effet. Sire, à peine ces infortunés étaient-ils plongés dans le malheur qu’aussitôt Votre Majesté s’est hâtée de les secourir et
qu’on a vu la Cour la plus auguste de l'univers imiter un si généreux exemple
C’est à Votre Majesté à fixer pour l’avenir le lieu de leur retraite. Clovis a élevé dans cette capitale le premier temple à la Religion. Il étoit réservé. Sire, à la main bienfaisante de Votre Majesté, d’éleverdes monuments à l’humanité. » Cette allocution aurait gagné, certes, à être un peu moins servile, car en 1113, la Cour la plus auguste de l'Univers était aux pieds d’une Du Barry, née Jeanne Vaubernier [Récit de ce qui s'est passé ... , op. cit., in-4, 18 p., 1773).
l’architecture des étarlissements hospitaliers 481
hôpital de malades^^. Il préconise l’éloignement du centre des grandes villes pour les établissements hospitaliers, tout en conservant un asile destiné à recevoir les malheureux non susceptibles d’être transportés au loin : comme ceux ayant plusieurs membres fracturés, les femmes sur le point d’accoucher.
Il recommande ensuite de choisir un terrain sec et élevé, car « l’humidité arrête la transpiration, s’oppose à la propreté et dispose à la putréfaction. »
La forme en carré présente, selon l’auteur, de multiples inconvénients ; il est préférable « de disposer les bâtiments d’un hospice en forme d’étoile^^, » ayant le nombre de rayons nécessaires et convergeant vers un point central surmonté d’un dôme, lequel doit être en forme d’entonnoir renversé ; au milieu, un autel. Le docteur régent veut aussi des salles d’environ quarante pieds de haut, sur environ trente-six de large et cinquante toises de long. « Les lits disposés de chaque côté, en quatre rangées ou étages, les uns au-dessus des autres, à peu près comme le sont les loges des salles de spectacle... Sur le devant de ces alcôves, une galerie grillée de quatre ou cinq pieds de large, par le moyen de laquelle le service se fait avec la plus grande promptitude. » L’auteur ajoute modestement : a les avantages sans nombre qui résultent de cette disposition se présentent en foule à l’esprit. » Nous sommes beaucoup moins persuadés du mérite de cette combinaison.
En 1776, un M. R** s’occupe de la question. Pour lui, l’emplacement du futur asile doit être choisi dans « les environs du Gros Caillou ». Il veut des bâtiments voûtés et isolés, « l’hôpital formant un quarré parfait avec quatre portes, une à chaque point de l’horizon. »
« Des ailes intérieures coupées à angle droit, devant former avec les quatre ailes extérieures, neuf quarrés, soit cinq cours égales et quatre jardins de pareille dimension. »