E. Mouton, Ranchin, p
39. « Qu’ils soient bénis entre tous, écrit Fabre {op. cit., I, p. 351), les échevins Estelle, Moustier, Audimard et Dieudé, magistrats à l’âme héroïque, au corps infatigable, dignes pères d’une patrie désolée. »
se joue tellement des périls qui font frémir, qu’un emplâtre fumant du pus du bubon d’un pestiféré, jetté d’une fenêtre, lui tombe sur le visage, et se collant à sa joue, il le détache de sangfroid et ne fait que se sécher avec son éponge à vinaigre, sans que cela le fasse reculer d’un pas et l’empêche de passer outre aux expéditions après lesquelles il est ; et c’est ainsi à peu près
des autres »
Le chevalier Roze mérite une mention particulière car, encore souffrant des blessures reçues en Espagne, il vient offrir ses services aux échevins au lieu de songer à quitter Marseille. Il sacrifie ensuite pour le bien public des sommes importantes sans se mettre en peine de la manière dont le remboursement pourra lui en être fait .
Les consuls, échevins, commissaires de la santé, ne sont pas seuls à montrer du courage ; l’épiscopat, le clergé séculier fournissent de nombreux exemples du dévouement poussé à ses plus extrêmes limites.
Qui ne connaît le zèle infatigable de saint Charles Borromée pendant la peste de Milan (1576) ; les soins de tous les instants
qu’il prend pour assurer le soulagement des malades, le soutien des indigents atteints par la disette? Son action est incessante et au-dessus de tout éloge.
Tous les prêtres de Viersen, sur le Bas-Rhin, meurent de la peste (1606) en secourant les victimes delà contagion. En 1611, le curé de Kerensen, sur les bords du lac de Wallenstadt, en Suisse, accomplit envers lui-même le dernier acte de son minis-
40. Journal abrégé de ce qui s'est passé en la ville de Marseille, etc., tenu pan le sieur Pichatty de Croissainte, conseil et orateur de la communauté {Pièces hist. sur la peste de 11 20-1 7 21 -17 22, t. I, 1*^® partie, p. 69).
41. Le négociant Nicolas Roze avait été fait, par Louis XIV, chevalier de l’ordre de Saint-Lazare, après sa belle conduite à Alicante. Henri Oddo, Le chevalier Roze, 1899. Pièces hist., t. I, p. 53.
42. Le saint archevêque a publié des instructions précises pour les périodes de peste ; instructions arrêtées dans son cinquième concile provincial. Il veut que les prêtres allant porter les sacrements aux malades commencent par faire le sacrifice de leur vie, s’en remettant à la volonté divine, mais qu’en même temps ils s’entourent des précautions hygiéniques que prescrivent les médecins {Délia cura délia peste instruttionedi S. Carlo cardinale disanta Prassede et Arcivescovo di Milano. Registrata nel quinto suo Concilie provinciale, già stampata in latino, ora tradotta nella volgar lingua, in-4, 75 p., in Vicenza, MDGXXX (collections de l’auteur).
LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES
tère. Tous les fidèles de sa paroisse succombent ; il en dresse la liste et, avant de rendre Famé, s’inscrit à son tour, le dernier A Cologne (1617), le curé Vlenberg, connu comme controversiste, fait preuve du plus grand courage au milieu d’une épidémie ; il porte lui-même sans relâche les secours de la religion aux victimes, et finit par être enlevé à son tour.
L’année 1629, l’évêque de Montpellier vient, au plus fort de la contagion, visiter la ville affligée Les curés restent à leur poste.
Est-il nécessaire de citer le cardinal Frédéric Borrornée : tout son entourage meurt, il refuse de quitter son cher Milan (1630), se consacrant tout entier aux mesures destinées à enrayer le fléau : on le voit aux lazarets, près de la demeure de ceux qui souffrent, se faisant tout à tous
Bosquet, évêque de Lodève (1652), donne, lors d’une peste, la mesure de sa grande âme. Obligé de compter avec sa santé chancelante, il ne songe pas, néanmoins, un instant à s’éloigner du foyer de l’épidémie. Il porte à Clermont, à la tête du clergé, les consolations religieuses aux malades
Les jeunes prêtres, plus exposés en raison de leur âge, affrontent parfois le danger sans aucune crainte. L’évêque de Toulon, en 1721, confère le même jour à des lévites : sous-diaconat, diaconat, prêtrise, et les envoie, le lendemain de l’ordination, servir dans les hôpitaux
43. Voici les faits groupés par E. Gharvériat (p. 27), d’après Lammert : « Le curé Ridd d'Oberhausen en Bavière, 1628 ; les curés de Kessenich et de Dottendorl (1634), moururent de la peste en faisant leur devoir ; un grand nombre de prêtres éprouvèrent le même sort. En 1649, dans le pays de Schârding, l’un d’eux avait pourvu seul au besoin de cinq paroisses. A Burghausen, sur la Salza, le clergé séculier fut très éprouvé par l’épidémie, et, les survivants ne suffisant plus, la ville appela des capucins. »