‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 33 sur 197 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sements les renseig-nements les plus complets^. 11 parle de ceux de Marseille, de Gênes, de Livourne, etc. 11 se fait à Malte, ditil (1, p. 24), deux espèces de quarantaines, Lune par les vaisseaux munis de patente nette, la seconde par les navires ayant patente brute. Pour mettre à même les passagers et les gens de l’équipage d’acheter sans danger des provisions, et de communiquer avec leurs parents, il existe des enclos munis de barrières, de palissades, et gardés par deux soldats

C’est grâce à ces précautions que les villes maritimes peuvent espérer d’échapper à la peste. Marseille reste indemne durant soixante-dix ans (1650-1720). Lors de la terrible épidémie de 1720, la Giotat se garantit en exigeant de sévères quarantaines.

En dehors de ces cités commerçantes, nombre de localités s’appliquent, avec un soin jaloux, à connaître toutes les régions infestées, même au loin.

Le conseil consulaire de Grenoble, dès que la peste est signalée dans le Dauphiné et les provinces limitrophes, envoie des messagers avec mission de s’enquérir de la nature de la maladie régnante, de son degré de malignité, des ravages qu elle fait et de l’organisation du service de santé. Ces messagers sont choisis avec soin, u gens de sens rassis, d’esprit observateur, habitués à la direction des enquêtes. » Si cela est possible, on utilise le concours d’un médecin

Un recueil publié à Bologne en 1631 nous met parfaitement au courant de l’ensemble de ces avis sanitaires si utiles au point de vue des transactions commerci ales

1. John Howard: An account of the principal Lazarettos in Europe; in-4 nombreuses vues et planches, London, 1791 {The Worhs of John Howard^ vol. II). Cet ouvrage se trouve aussi traduit en français dans le Recueil desf mémoires sur les élablissements d'humanité, an VII, et forme deux volumes de la collection.

2. L’auteur parle aussi des lazarets de Corfou, de Castelnuovo, de Venise. Il entre dans les détails les plus circonstanciés au sujet dc^s deux lazarets de cette dernière ville (1. p. 38 et suiv.).

3. « Lorsque la peste était signalée sur plusieurs points de la même province le délégué devait s’informer de toutes les localités atteintes et faire la même enquête dans chacune d’elles » (Prudhomme, op.cit., p. 100-101).

4. Raccolia di tutti li bandi, ordini eprovisioni faite per la Città di Bologna in tempo di contagio imminente, e présenté. Ti anni 1628, 1629, 1630, 1631. In-4, xx-208 ff. Bologna, per Girolamo Donini, Stampatore camerale. MDGXXXI. Collections de l’auteur.

LES 3IALADIES ÉPIDÉMIQUES

Nous trouvons dans ce volume, à la date du 14 septembre 1628, l’indication de nombreuses régions, considérées comme contaminées : le Languedoc, les cités de Gahors, Neuchâtel, Toulouse, le pays de Vaud, diverses localités allemandes, etc.

Un autre édit, — 12 octobre 1628, — est encore plus complet ; il mentionne la Suisse, l’Allemagne, la Bavière, la Bour- ;gogne, la Flandre, le Dauphiné, etc.

Défense d’introduire à Bologne, sans les précautions requises des personnes, des animaux, des marchandises venant de pays suspects, sotto pena délia vita et de contiscation des objets introduits en fraude

Défense aux gardes des portes de laisser entrer les vagabonds et gens d’aspect douteux, même s’ils sont munis d’un bulletin de santé — etiam che habbino le Fedidi sanità. On doit leur enjoindre de poursuivre leur voyage en contournant les murs de la cité (Bando in materia di contagio, 17 genaro 1629, op. cit., p. 17).

Ces précautions, qui, au premier abord, peuvent paraître excessives, préservent nombre de villes des horreurs de la contagion

5. Des habitants de Grenoble, s’étant rendus dans des pays signalés comme atteints par la contagion, ne peuvent rentrer chez eux qu’après avoir subi une quarantaine rigoureuse.

6. Sy besoin faut, de faire planter potence ou postaux aux advenues de la ditte ville (Bar-le-Duc) avec inscription de defîences à toutes personnes contagiées et qui pouvaient aussy converser avec les infectez et soubsonnez de danger, d’entrer dans la ditte ville, soubs peine de la vie, ou telle autre qui plaira aud. sieur Bailly » (année 1626) (D*; Baillot, hist. sur Vhosp.^ de Bar-le-Duc^ in-8, 1877, p. 26). Ges'peines excessives sont illusoires. A Romans il y avait « pour la simple contravention, amende, prison, et confiscation des marchandises. En cas de récidive, la peine était en outre corporelle. » Le 11 juillet 1722, le bureau de santé -condamna le sieur Eynard, convaincu d’avoir par récidive passé la barrière du pont, à être battu et fustigé nu avec des verges par l’exécuteur de la haute justice, aux carrefours et lieux accoutumés un jour de màrché, appliqué deux heures au carcan, condamné à 25 livres et aux frais (D*" U. Chevalier, IIôp. de Romans, in-8, 1865, p. 104).

7. « Plusieurs villes essayèrent de se soustraire à l’épidémie, en fermant leurs portes, en refusant de recevoir personne du dehors. Munich dut à cette mesure d’échapperà la peste en 1621 et 1628. A Rain sur le Lech, les bourgeois se tinrent •enfermés dans leurs maisons pendant un an. A Deggendorf, les portes de la ville furent fermées » (Gharvériat, op.cit., p. 15).

« Mauriac, disent Boudet et Grand, op. cit., p. 63, reste encore cette fois indemne, grâce au farouche isolement dans lequel il s’enferme au premier bruit de la maladie. » ’Voir aussi, E. Jourdan, La peste de 1720 à Nans /Var), in-8, 77 p. Draguignan, 1889.

Lorsque le mal est proche, les habitants, sans distinction, montent la garde jour et nuit, à toutes les issues. « Que les guet et gardes ordinaires et accoutumées par les habitans d’icelle ville de Lyon y soient, comme tres-requis, et nécessaires, conservez et entretenus. Et à cette fin, que toutes personnes, de quelque état, qualité, et condition qu’ils soient, sauf les gens d’Eglise aillent comme Notables aux Portes, guet et gardes, les jours ordonnés par les billets portez de la part desdits Consuls Eschevins »

Règlement de Grenoble, 1720, art. IX. « Rien ne pouvant garantir plus essentiellement cette ville de la contagion, dont elle semble être menacée, qu’une garde exacte et sévère, il est ordonné à tous notables bourgeois et autres habitants... de se rendre à la porte indiquée par un billet signé d’un de MM. les Consuls, pour y faire la garde dans les formes prescrites, à peine, sur leur simple refus, de 50 livres d’amende et de prison pendant le temps jugé à propos par le Conseil » (Prudhomme, op, a7., p. 11510).

Ces gardes sont pénibles et donnent souvent lieu à maintes contestations 11. Ce n’est pas tout : par crainte du fléau, on voit établir un blocus effectif autour de la ville atteinte par la peste. Le parlement séant à Aix rend un arrêt pour interdire l’entrée et la sortie de la ville de Digne ; on lève des troupes ; les habitants ne peuvent se retirer dans leurs maisons de campagne i- (1630-1631).

8. Cette exemption n’est pas générale ; ainsi, à Reims, les ecclésiastiques sont convoqués comme les autres habitants (D’’ Langlet, Un bureau de santé auXVII^ siècle. La peste de 1635, in-8, Reims, 1898, chap. x, p. 119-120).

9. Lettres patentes du roi Henri III... {L'ordre public pour la ville de Lyon pendant la maladie contagieuse, in-4, 1670, p. 2 à 4).

10. Les dicts maire et eschevins pourvoiront aux gardes des portes de cette dite ville, et y feront mettre journellement à chacune une demie dizaine pour empescher l’entrée d’icelle vile, à tous vagabons, gredins, et a toutes personnes venans des lieux infectez de contagion, » 26 juillet 1627 {La peste à Sens au XVIU siècle, Ann. de l’Yonne, 1868, 3® partie, p. 13). A Agen — 1628 — même prescription par ordre du duc d’Épernon. « Estant nécessaire pour le bien du service du Roy et pour préserver plus facilement la ville d’Agen des maux contagieux quy l’environnent » (Magen, La ville d'Agen pendant l'épidémie de 1628 à 1631 , in-8, 56 p. Agen, 1862, p. 18).

11. E. Monot, Les bourgeois de Lons-le-Saunier et la peste de 1720, in-8, 19 Jp. Lons-le-Saunier, 1895.

12. Guichard, Souvenirs hist. de laville de Digne, VII, p. 62.

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES

En 1720, Marseille subit le même sort. Un arrêt de parlement établit un cercle autour de Tinfortunée cité (2 juillet 1720

Papon, en son traité de la peste (II, p. 70), reconnaît la nécessité de faire entourer par un cordon de troupes toute localité infectée. Il demande, toutefois, que l’on repousse à la « bayonette » ceux qui veulent s’enfuir, et que l’on ne tire qu’à la dernière extrémité. Il veut également que le blocus soit distant d’environ une lieue des murs, afin de permettre aux habitants de cultiver les terres.

Telles sont les mesures extrêmes auxquelles conduit la crainte de la contagion.

§ 2. — Les prières publiques.

Mais, en dépit des précautions prises, des sentinelles, des bourgeois gardant les portes, la peste entre dans une localité. Que font les habitants? Le premier moment de terreur passé, ils prient.

Et ce n’est pas là un fait nouveau; toutes les populations du moyen âge se tournent vers le Créateur,, lors des calamités qui les atteignent. Ôr il existe bien, aux xvi®et xvii® siècles, de nombreux incrédules, de prétendus esprits forts, il faut toutefois arriver à la France du xx® siècle pour avoir la honte d’entendre un ministre s’écrier à la tribune du Parlement « que derrière les nuages il n’y a que des chimères »

13. Écoutons un bourgeois contemporain : « Il est sorty de la ville pour aller en bastide moitié des habitans et tout de gens riches, plusiers medesins, apotiqueres, chierurgiens. Ce bruit a coureu par toute la France, et toutes les villes et villages on farmé leurs portes avec bonnes santinelles, ne lessan entré personne que venoins de Marseille et de son terroir ; on fît de grandes barieres au chemins d’Aix, au cartier dit Seteme, et de l’autre coûté au chemin d’Aubagne avec bonnes santinelles. »

{Mém. ou livre de raison d'un bourgeois de Marseille, publié par Thénard, in-8, 1881, p. 134-135).

14. Voici la citation entière : « Tous ensemble par nos'pères. par nos aînés, par nous-mêmes, nous nous sommes attachés dans le. passé à une œuvre d'anticléricalisme, à une œuvre d’irréligion. Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance. Lorsqu’un misérable, fatigué du poids du jour ployait les genoux, nous l’avons relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages il n’y avait que des chimères. Ensemble et d’un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel

Page 1