CHAPITRE II
tution d’une procession dite de Saint- Adrien, maintenue jusqu’à nos jours. A Neustadt, en Bavière, le curé Antoine Balsterer fait couler en argent une statue de saint Sébastien, de 3D0 florins, et, accompagné par le peuple, la porte à travers les rues. A Passau, on organise, dans toutes les églises, des supplications publiques. Les habitants d’Arnsberg instituent un pèlerinage annuel en vue d’obtenir la cessation du fléau. De nombreuses chapelles sont érigées.
Enfin, le 28 octobre 1633, dix-huit personnes se réunissent à Oberammergau, et font vœu de représenter tous les dix ans le mystère de la Passion. A partir de ce jour la peste cesse ^4.
Gela veut-il dire que ces prières se trouvent, en général, exaucées de suite? Evidemment non ; le miracle ne s’impose pas. Il arrive même parfois que Dieu semble rester sourd aux supplications, et que des processions solennelles amènent, en raison des foules qu’elles réunissent, un redoublement momentané du fléau. Ceci se présente à Milan, à Reims ; épreuves qui ne peuvent que porter les fidèles à redoubler de ferveur Par contre, Lammerl signale des cas où la cessation du mal est immédiate. A Amberg, la peste disparaît après que, sur le conseil du recteur des Jésuites, le P. Hell, on fait vœu de construire sur la montagne du Calvaire une chapelle en l’honneur de la sainte Vierge (1634). La maladie cesse également à Würtzbourg à la suite de prières (1635) ; à Lohr, quand l’on pose la première pierre d’une chapelle dédiée à saint Roch, patron des pestiférés (Gharvériat, op.cit., p. 24)20.
24. Les représentations pieuses se font encore et amènent un concours immense de spectateurs. Les journaux annoncent déjà les représentations qui doivent avoir lieu en mars 1910.
25. « S'il arrive que je ferme le ciel, et qu’il ne tombe point de pluie, ou que j’ordonne et que je commande aux sauterelles de ravager la terre, et que j'envoie la peste parmi mon peuple^ — et misero pestilentiam in populum meum.
« Que mon peuple se convertisse, qu’il ne cesse de prier et qu'il fasse pénitence de sa mauvaise vie, je l’exaucerai, — et ego exaudiam de cœlo {II, Paralipom., VII, 12-14).
26. Des habitants de Pontoise font vœu (1635) de mettre la ville sous la protection de la sainte Vierge et de placer son image de grandeur naturelle sur chacune des portes de la cité, « de telle sorte que depuis ce temps-là ils n’ont été aucunement incommodez de cette fâcheuse maladie » (Le capucin charitable, op. cit., chap. XI, p. 88). Mentionnons aussi les indulgences accordées par les Souverains pontifes à ceux qui soignent les pestiférés et aux malades mourant selon les conditions requises. Urbain VIII, 1630 ; Clément XI, 1720.
LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES
§3. — U établissement des bureaux de santé.
Mais il ne suffît pas de prier, il faut agir. On reconnaît universellement la nécessité de confier la lutte contre le fléau à un certain nombre de bourgeois investis de pouvoirs particuliers. Des bureaux de santé sont donc organisés ; ils se trouvent chargés, avec l’aide de commissaires ou d’archers, de pourvoir au service médical ; de surveiller les progrès de l’épidémie ; d’envoyer les malades aux lieux destinés à les recevoir, s’ils ne sont pas isolés chez eux ; d’empêcher l’introduction des personnes et des marchandises suspectes.
Le rôle de ces citoyens est pénible, difficile, dangereux. A Lyon (( deux magistrats de la justice et deux des sieurs consulz esche vins, » formant le bureau, réussissent à préserver la ville. Le Artaud 26 rendant compte de leurs efforts couronnés de succès, ajoute: «Peut-être ces scrupuleux magistrats montrentils trop de rigueur et de sévérité, trop de scepticisme à l’égard des attestations écrites et verbales, affirmant l’innocuité absolue des lieux qu’ils soupçonnent contagionnés. Mais faut-il les blâmer quand on constate les ravages des épidémies précédentes, et les hécatombes, les ruines amoncelées par les invasions antérieures de la peste ? De ces délibérations se dégage une impression d’honnêteté, de probité, de conscience. Les hommes commis à cette lourde tâche ne reculent devant aucun sacrifice, aucune considération pour assurer la sécurité de leur ville. Sans crainte de blesser des susceptibilités, de s’attirer des inimités, de léser des intérêts particuliers, leur seul souci est de sauvegarder la santé publique, d’éviter à leur cité l’infortune et le deuil (1579). »
La composition de ces bureaux varie à l’infini. I<es commissaires lyonnais « doivent être au nombre de dix ; sçavoir deux magistrats, un médecin, un ex-consul et six bourgeois ou marchands... tous lesdits commissaires nommés par Messieurs les
26 bis. D'' Artaud, Co?ifrt7)u^i07i à l’histoire de Lyon. Le bureau de la santé. Une menace de peste en 1579. In-8, 28 p. Trévoux, 1906.