‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 63 sur 197 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Comme empereur d’Allemagne (avec le titre de Charles V) il multiplie dans les Pays-Bas les placards contre les vagabonds, <( brimbeurs, et bliters » qui, « soubz couleur de demander ausmônes ès villages et plat pays de notre Comté de Flandres, dit-il, y prennent le chair, pain, beurre et autres biens et contraignent les habitants par menaces et à la fin bastures et bleschures, leur bailler de l’argent »

L’article IX de son célèbre édit du 7 octobre 1531 constate que « présentement les pouvres affluent, en ce pays, en trop plus grand nombre que d’ancienneté, ils n’ont accoustumé »

Douze années après le même Monarque reconnaît qu’au comté de Flandres « les vagabonds et autres gens mal conditionnés hantent et conversent journellement tant ès bonnes villes qu’au plat pays où ils font plusieurs mangeries, foulles insolentes et autres excès »

Henri VIII d’xXngleterre (1531) voit également s’accroître de toutes parts, l’armée de ces fainéants et oisifs. Leurs troupes s’augmentent dans des proportions excessives sous Finduence de la paresse, « cette mère et cette racine de tous les vices », « by the occasion of idleness, mother and root of ail vices. » De là des vols continuels, des meurtres et autres crimes atroces et énormes, le tout au grand déplaisir du Dieu Tout-Puissant, au dommage des peuples, au détriment du bien public

4. Ordonnance datée de Malines le 28 novembre 1527. Abbé Carton, De Vétat

ancien de la mendicité dans la Flandre occidentale^ 18i9, p. 52 — Van der

Meersch, Not. hist., sur le paupérisme en Flandre, in-8, 64 p. Gand, 1851, p. 29.

5. Doc. parlem. et discussions concernant le projet de loi sur les étab. de bienf., tome I®’’, Bruxelles, 1857, p. 252 et suivantes. Les principales dispositions de cet édit sont empruntées aux écrits de Louis Vivès et au règlement alors récent delà ville d’Ypres.

6. Décret du 3 février 1543 (nouveau style), abbé Carton, op. cit., p, 53. La Caroline (Code criminel du sérénissime, Très-Puissant et Invincible Empereur Charles V et du saint Empire Romain), édictée et arrêtée aux diètes d’Augsbourg et deRatisbonne enl530 et 1532, ne renferme, sur 219 articles que trois dispositions s’appliquant aux pauvres. On sait que ce code fut conservé même par des Pays ne faisant plus partie de l’Empire. Il resta partiellement en vigueur dans les cantons suisses de Neuchâtel- et de Fribourg jusque vers 1830. Il a été publié en 1890 à Halle, une édition nouvelle de ce code, destinée aux étudiants en droit et accompagnée d’un vocabulaire donnant en allemand moderne certains ternies anciens de la langue du xvi® siècle.

7. 22 Hen., VIII, cap. 12 (1530-1531), Nicholls. A History of the Eng., Poor Law. 1854, t. I, p. 115.

LES LOIS CONTRE LES MENDIANTS

ISl

François (édit du 30 août 1536, chap. iii) s’occupe également de ces mendiants valides qui ne veulent « labourer et besongner pour gagner leur vie ^ Il parle de nouveau (26 mai 1537) de ces gens de guerre, « réunis avec autres vagabonds, gens oisifs et mal vivans, respandus à troupes et assemblées en divers lieux ou endroicts du royaume, tenansles champs, fouJans et opprimans le peuple en leurs personnes et biens, commettans plusieurs forces, crimes, violences et débets »

En 1555 (15 mars), nouvelles mesures prises par Charles V contre les vagabonds dont l’audace s’accroît chaque jour

Trois ans après (18 avril 1558), Henri II de France s’occupe à son tour de ces soldats devenus oisifs « commettant violences, crimes, délits, batteries, voleries, détroussements, pilleries, larcins et homicides. Accoquignés avec des bannis, fustigés, essoreillés et autres gens mal vivants, filles et femmes de débauche, ils se retirent en la ville et fauxbourgs de Paris »

Philippe II d’Espagne, dans sa Pragmatique de 1565, se plaint de la non-exécution des lois antérieures, le nombre des mendiants (vagamundos y holgazanes) ne faisant que s’accroître sans cesse 12.

Ecoutons maintenant Elisabeth d’Angleterre ; elle déclare (1573) que toutes les parties de son royaume sont infestées de gens sans aveu, quémandeurs valides (rogues, vagabonds, and sturdy beggars) ; ce qui amène journellement des meurtres horribles, des vols. Chacun se trouve ainsi constamment menacé

Des édits de 1584 et 1589 applicables à la marche de Brandebourg, constatent que des plaintes multiples s’élèvent au sujet d’anciens soldats, de vagabonds, qui deviennent chaque jour plus

8. Édit sur le fait de la justice dans le duché de Bretagne (Isambert, op. cit., XII, p. 525.

Page 1