‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 86 sur 197 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dessus, nonobstant tout motif de compassion^ nécessité pressante^ ou autre prétexte que ce puisse être^ à peine de quatre livres parisis d’amende, applicable au profit de l’hôpital, au paiement de laquelle ils seront contraints et sans déport, en vertu des ordonnances des directeurs, sur le rapport de leurs officiers...

Louis XIV élève ensuite l’amende à cinquante livres, somme importante pour l’époque (Déclaration, juillet 1700. Code de l'hôp. Gén.^ p. 438).

La Convention suit l’exemple donné par la Royauté. « En conformité de l’article XV du décret sur l’organisation générale des secours publics, toutes distributions de pain ou d’argent cesseront, disent les conventionnels, dans lescantons à réjDoque du premier établissement des travaux de secours. Tout citoyen qui sera convaincu d'avoir donné à un mendiant aucune espèce d'aumône, sera condamné, par le juge de paix, à une amende de la valeur de deux journées de travail: V amende sera double en cas de récidive. Les sommes en seront versées dans la caisse destinée à fournir les secours à domicile » (Décret, 24 vend, an II, tit. P’’, art. XVI).

Les motifs présidant à la rédaction de ce décret sont un peu différents de ceux qui dictent les prohibitions précédentes. Les gouvernements monarchiques craignent que les aumônes faites sans discernement n’augmentent le nombre des faux pauvres.

Les membres de la Convention veulent que l’assistance soit donnée par l’Etat seul.

Il y a donc toute une série d’actes législatifs défendant, chez nombre de peuples, l’aumône manuelle. Ces prescriptions sontelles légitimes ? sont-elles suivies d’exécution ?

M. de Winterfeld (cité par de Rochow, op. cit., p. 113) écrit : « Dans les villes de Prusse où il est défendu de donner aux mendians sous peine de dix thalers d’amende, on voit des

10. Code hôp. Gén., p. 265 et413. Voir dans le même recueil, p. 415-418, arrêts du Parlement: 18 avril 1657, art. V ; 27nov. 1659. — A ajouter: Arrêt du Parlement de Bordeaux, 1662 ; « dix livres d’amende » {Inv. nrch.hosp.de Limoges, sèvie G,n° 1). Ordonnance du bailli provincial de Soissons, 16 avril 1666, A. Matton, /nv. Arc/i. hosp. de Soissons, n° 841. Déclaration du Roi pour l’hôpital Général de Toulouse, avril 1681, art. 18. Lettres patentes hôpital de laCharité et aumône de Lyon, septembre 1729, art. XII.

LES LOIS CONTRE LES MENDIANTS

mendians vous poursuivre de rue en rue. Peu de personnes ont assez de fermeté pour résister à cette persécution, vu surtout que les pauvres commençent par les prières et finissent par les injures. »

Ce spectacle est de toutes les époques ; la France du xx® siècle permet de rencontrer des indigents, vrais ou supposés, demandant la charité assis au pied du poteau qui soutient la pancarte sur laquelle sont peints en grosses lettres ces mots fatidiques : La mendicité est défendue dans cette commune.

Il y a plusieurs raisons à cet état de choses. La première, on ne peut trop le répéter, est la crainte inspirée par ces caïmans. « Les paysans, ajoute Fauteur cité plus haut, pour se garantir du malheur d’être incendiés, malheur qu’ils regardent avec raison comme le plus grand qui puisse leur arriver, aiment mieux acheter leur repos et donner du pain, du beurre, du lard, des œufs, du grain, en un mot, tout ce qui plaît aux mendians d’exiger » [Étab. d'hum.^ op. cit.., p. 112).

Il y a en second lieu la commisération naturelle ; elle nous porte à venir au secours de notre prochain dans le besoin. Ce sentiment est fort louable, mais ne donnons-nous pas souvent aussi pour nous débarrasser de demandes importunes? nous éviter la peine d’aller au fond de cette misère, et nous assurer qu’elle est réelle ? Jeter une pièce de monnaie à un passant n’est point faire une aumône profitable, c’est encourager les pires désordres 1'.

Les Mémoires envoyés au concours de Châlons-sur-Marne, concluent en majorité à la légitimité de la suppression de Faumône individuelle par Faction impérative des lois [op. cit., chap. IV, p. 69-72)

11. « La mendicité, par toutes ces raisons, est contraire à rintérêt même du pauvre. Elle est contraire à l’intérêt de l’État, puisqu’elle soutient la fainéantise, diminue le nombre des cultivateurs et des ouvriers... Qu'ils sont donc coupables ceux qui, par une pitié mal entendue, la fomentent et la nourrissent en distribuant sur les chemins leurs absurdes aumônes ! » [Lettre k Philopenes, ou réflexions sur le régime des pauvres^ in-12, 1764, p. 62, par Séguier de saint Brisson?)

12. « Je ne serais pas d’avis, lit-on cependant dans ce recueil, d’imposer une amende pour celui qui fait l’aumône. Outre qu’il est facile d’éluder cette loi, €n allégant que c’est le prix d’un service rendu, j’ai remarqué que les gens les

Tel n’est pas notre sentiment, il faut que les pouvoirs publics assurent aux véritables pauvres un asile, renferment les exploiteurs de la crédulité humaine et éclairent, guident l’opinion des masses, en montrant les dangers d’une charité imprévoj^ante. Que les représentants du Christ, père des vrais pauvres, prouvent aux fidèles que leur devoir est de venir en aide à ceux qui souffrent réellement ; d’apporter à ces infortunés l’aumône de leur assistance et de leur dévouement personnel ; de prendre en un mot sur leurs loisirs pour opérer un bien réfléchi et fructueux.

Il n’est pas besoin de lois pour cela ; il convient également d’éviter que les théories des économistes conduisent à la méconnaissance des obligations de ceux qui possèdent. Il y a dans tout cela une mesure à garder et, en écrivant sur de semblables problèmes, la plume tremble entre les doigts, on a toujours peur de n’être point compris et de justifier cette boutade d’Andrieux : « Je suis surpris, je l’avoue, dit-il, de voir plusieurs écrivains, s’élever avec tant de violence contre la mendicité, la dévouer aune sorte d’anathème; ils écrivent pourtant sur la Charité \ mais après avoir lu leurs livres, il arrive, je ne sais comment, qu’on se surprend à être moins charitable »

plus pieux ne se faisoient pas scrupule de l’enfraindre, et que les riches se sous- Irayoient facilement à l’amende. Rien n’est plus dangereux que de publier des lois inutiles (p. 72). »

13. Académie française. Prix Montyon. Concours; de la Charité... Rapp. par le Secrétaire perpétuel (Andrieux), in-4. Paris, 1832, § xvi, p. 69.

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