Passerini, op. cit., p
5. Le Père Ludovic de Bcsse, Le bienheureux Bernardin deFeltreet son œuvre, 2 vol. in-8, 1902, t. I", chap. XXI, p. 254.
6. Le P. Ludovic de Bcssc, op. eiL, II, p. 50 et suivantes. Voir le texte in extenso aux annexes du tome I", p. 443 et suiv.
7. « Les Juifs j)illent et écorchent le i)auvre homme, dit en gémissant l'échanson Erasme d'Erbach 1 i87), la chose devient intolérable: que Dieu ait pitié de nous ! Les Juifs usuriers s'installent maintenant à poste fixe dans les plus petits
bénéfices énormes puisqu'ils ne tiennent nul compte à l'emprunteur de la différence. Il n'est donc pas surprenant de voir « tous les patriotes, les écrivains, les prédicateurs, les législateurs de Florence (et d'ailleurs) désigner l'usure comme le premier et le plus grand des maux ^. »
§ 2. — La création des Monts-de-Piété en Italie,
Dans la seconde moitié du xv® siècle le remède à cet état de choses est encore à trouver. Il existe bien en effet quelques tentatives déjà anciennes, mais elles laissent à peine un vague souvenir. Les auteurs nous parlent, sans détails précis, d'un établissement de prêt sur gages créé à Freisingen (Allemagne), vers 1198. Des bourgeois de Salins (Franche-Comté) réunissent en s'associant un capital de 20.000 florins pour fonder une banque où chaque emprunteur paye un taux modéré (1350). Personne ne sait combien cet établissement dure, quels résultats il •obtient.
Enfin on mentionne aussi un legs, fait en 1361, par Michel de Norlhbury, évêque de Londres, et employé à la création d'une banque populaire ^.
Tous ces essais sont frappés d'impuissance et disparaissent. Au début du xv® siècle les Franciscains d'Italie, frappés de la triste situation des peuples dévorés par Tusure, essayent à leur tour d'apporter un soulagement à ces douleurs. Les caisses de
villages ; quand ils avanccnl cinq Horins, ils prennent des gages qui représentent six fois la valeur de l'argent prêté; puis ils réclament les intérêts des intérêts et de ceux-ci encore des intérêts nouveaux, de sorte que le pauvre homme se voit à la Un dépouillé de tout ce qu'il possédait » (Janssen, op. cit., p. 37 i).
8. Pastor, Hisl. des papes {traduction cilée), t. V, p. 106; Molinari, La Mirandota., op. cit., p. 1 S2. On lit dans le Dizionario di erudizione storicio eccUsiastica compilafo dal cavalière Gaetano Moroni (Venezia, 18 47J les constatations qui suivent : « Verso la fine del secolo w, allorquando i popoli d'Italia provavano il doppio flagello délie guerre civili e délie straniere, la maggior parte délie famiglie erano quasi interamente rovinate, siccomc vittime degli ebreietdi altri usurai, che prestavano con pegni, e prcndevano l'intéresse del 70 e 80 pcr cento » (t. XLVI, p. 253,.
9. A. niaize, Des Monts de Piété et des banques deprét sur nantissement^ in-8, 440 p., 18 43, chap. Il; D. Hraulio Anton Hamirez. Montes de Pied ad y cajas de Ahorros. Jieseîla historica y critica^ in-8, xx-30l p., Madrid, 1876, cap. II.
356 IIISTOIBE DE LA CHARITÉ. — TROISIÈME PARflE. CJÎAPlTRE lll
leurs fraternités du tiers ordre servent maintes fois à accorder des prêts fort utiles ; il n'y a qu à étendre cet usage en le généralisant.
Un Père, Ludovico de Camerino, des frères mineurs, veut, en 1428, jeter les fondements de Tœuvre à Arcevia, petite ville des Marches. Les pourparlers engagés avec la municipalité n'aboutissent point *^. A Pérouse, cest un Père, Michel de Milan, également frère mineur, qui par ses prédications excite le désir de fonder une œuvre analogue. Les magistrats délibèrent à ce sujet au mois d'avril 1462 : douze cents florins sont réunis et rinstitution commence en février 1463. Cest une création encore bien chancelante, débutant elle-même par emprunter, à laquelle le Père Barnabe de Terni donne une forme définitive, aussi passe-t-il généralement pour en être le fondateur.
Ce saint religieux disent, les Annales des frères mineurs, fait des visites aux chrétiens riches de la ville pour leur démontrer que le seul moyen de conserver le Mont-de-Piété est de rembourser l'argent qu'il doit, et de le remplacer par d'abondantes aumônes : « Pios vires et locupletes cives exhortatus est ut, collatis eleemosynis, cumulum seu montem érigèrent, perpetuo conservandum*'. »
Ce Mont-de-Piété est antérieur à tous les autres, et sur la porte d'entrée on lit cette inscription: Hic Mons Pietatis primas in orbe fuit ^-\ sa renommée grandit rapidement et Ton s'adresse de tous côtés à ses directeurs pour avoir les statuts d'une œuvre aussi utile.
En continuant l'ordre des temps, nous trouvons les fondations suivantes :
10. « Si le Père Ludovic ne réussil pas à faire la fondation d'Arcevia, il n'en est pas moins le premier qui ait parlé des Monls-dc-Piété. Ainsi, trente-quatre an» avant la fondation d'un premier mont à Pérouse l'idée était connue... » (Père Ludovic de lîesse, op. cil., U, p. 259).
11. P. Ludovic de Besse. op. cit., H, p. 262-265. Des auteurs franciscains veulent voir là une institution inspirée par révélation divine; le bienheureux Marc de Montep:allo écrit : « tanto bene da esso beni^nissimo Dio nel mondo ô stato, ispiralo. rivelalo e dato da 40 anni inqua vcl circa » {même ouvrage, p. 264).
12. On a cju Uiuefois donné la priorité au Mont-de-Piété d'Orvieto; Morichmi {op. cil., p. 322) tranche ainsi le débat : » Sebbcne il primo Monte s'istituisse in Perugia, quello d'Orvieto fu il primo ad avère la sanzione apostolica nel 1464. »
Orvieto et Gubbio, avril et octobre 1463. En 1468, les Pères Barnabe de Terni et Fortunio Coppoli établissent un Mont à Assise. Le Père Gabriel de Jesi, en 1470, fonde celui de San- Severino ; la même année, le bienheureux Marc de Montegalo celui de Fabriano. Ce sont en général des tentatives quelquefois infructueuses ^3.
Sixte IV (1470) confirme l'érection du Mont-de-Piété de Viterbe, et les avantages lui en paraissent si évidents qu'il dote sa patrie, Savone^ de la même institution (1479). Le pape cite aussi l'exemple de Pérouse : « adinstar similis Montis Pietatis in civitate Perusina **. »
L'année 1473, érection du Mont-de-Piété de Pistoie, c'est le premier que possède la Toscane (Bargiacchi, op. cit., 111, p. 6).
A Milan (1483) quelques citoyens, patriciens et bourgeois, touchés par les prédications des Pères Domenico Ponzone et Colombano, de l'ordre de Saint- François, s'associent pour fonder une caisse de prêts. Cette création est consolidée en 1496 ; Ludovic le More lui donne des statuts et lui fournit des ressources ; le pape Alexandre VI l'approuve à son tour par ses lettres du 18 juin ISOi (Vitali, op, cit,^ cap. VI, p. 85).
A Mantoue, l'œuvre est due au bienheureux Beroardin de Feltre. Le Duc l'autorise (décembre 1484) ; Innocent VIII lui apporte la consécration apostolique (1486) *'».
13. « Il ne faut donc pas se faire illusion : les premiers Monts- de-Piété n avaient pas beaucoup d'importance, et plusieurs n'existaient que sur le papier. Cela justifie l'observation déjà citée de Guslino : « la question des Monts-de Piété est difllcile, et tout le monde ne la comprend pas très bien. » Pour rendre l'œuvre viable, il aurait fallu des spécialistes. Ils vinrent plus tard dans les bienheureux Marc de Montegallo et Bernardin de Feltre » (P. Ludovic de Besse, op. cit.^ II,
14. Le Pape a à la fois en vue d'arrêter les riches sur le penchant de la ruine en les arrachant au vice facilité par les emprunts et de fournir au peuple les prêts de très petites sommes (Cerreti, Histoire des Monts-de-Piété, avec des réflexions sur la nature de ces établissemens, in-8, 153 p., Padoue, 1752, p. 18-20; Père Ludovic de Besse, op. cit., II, p. 59.
15. Bref reproduit in extenso parle P. Ludovic de Besse, I, p. i57-462 : « Quod olim nonnulli bonae mentis viri : provide considérantes, quod in dicta civitate, et locis Marchionatus Mantuani continue erant quamplurimi pauperes, quorum aliqui adco pccuniis carcre nosccbantur, ut in eorum opportunitatibus expedirct eos ad Ilebrœos fœnera tores in civitate prœdicta descentes pcr saepe habere rccursum, et ab eis, pi^s^noribus traditis, sub non Icvibus usuris pecunias mutuo recipere. »
35S inSTOIRG DE LA CÎIARITÉ. — TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III
En janvier 1488, les habitants de Parme s'unissent sur les conseils du même Père, cet illustre prédicateur, dont la renommée s'étend dans toute l'Italie ; ils veulent eux aussi enlever leurs concitoyens au gouffre de Tusure : « Et ad extirpandam hebreorum insatiabilem usurarum voraginem praefrato fratre Bernardino tantioperis impulsore et duce. » Des statuts sont dressés; Innocent VIII les sanctionne quelques mois plus tard ^''.
La même année, bulle d'approbation du Mont-de-Piété de Césène, à la demande de la population ^^.
Le franciscain Bernardin de Feltreest infatigable dans sa campagne contre Tusure ; en 1489, il fonde le Mont-de-Piété de Lucques. L'évêque souscrit généreusement et reconnaît l'excellence de la création nouvelle par une lettre pastorale du 23 juillet, accordant des indulgences aux bienfaiteurs de l'œuvre. Un citoyen guéri miraculeusement donne 40.000 ducats et s'offre à remplir les fonctions de caissier (P. Ludovic de Besse, op. cit., I,p. 241; II, p. 35).
Ce même bienheureux Bernardin suscite la fondation ou le relèvement des Monts-de-Piété : de Civitaducale, 1489 ; de Rieti ^^ et Plaisance *^, 1490 ; Faenza,. Ravenne, 1491 ; Monselice et Monjtagnana, 1494.
A Florence, il lui faut trois tentatives pour réussir. La première remonte à 1472, la seconde est de 1488 ; elle échoue en raison des efforts des intéressés au maintien de l'état de choses 2<^. Le P. Bernardin prêche de nouveau en 1493 et deux ans
16. « Erectio ac slatula sacri montis sanctc pielatis aime civitatis Parmie. in-4, IKfeuillctft non pagines; à la fin : « Kxpliciunt capitula sacri Montis Pielatis Parmen. Impressa Parme per Antonium de Viottis Anno Dfii MDXXXVl. Die vero XXIIIl mensis Aprilis »» .Collections de l'auteur).
17. BuUa Innocentii VIll (S feuillets non i>affinés), sans lieu ni date (collections de l'auteur). Ceretti a donné un frajfment incomplet et fautif de cette bulle, op. cit., p. 20.
IK. Le Mont-de-Piété manquant de ressources il fonde des comités de quêteurs et de quêteuses chargés de recueillir des souscriptions et dos aumônes (P. Ludovic de Besse, op. cil., L p. 234}.'
19. On trouve là aussi le j^erme d'établissement prêtiint des jfrains aux cultivareurs ; institution ({ui grandit beaucoup en Italie au xvi« siècle i P. Ludovic de
■^ Besse, I, p. 25 4).
20. « Un Ebreo, a oui per la straordinaria riccliezza aveva^si grandissima deferenza, considerando il danno immcnso clie ne proveniva a lui ad a tutti délia sua legge, facesse segrotaniente circulare delT oro, e collo sborso di centomila liorini,
après les statuts sont rédigés ; Tautorisation une fois accordée par la Seigneurie, Toeuvre s'ouvre au mois d'avril 1496. En 1501 il faut établir une succursale -^
Citons encore trois fondations :
1** Crémone (1 490) : cette création est due au concours de toutes les classes de citoyens justement irrités en présence de retendue et du développement de l'usure : le clergé, la noblesse, les marchands et artisans, le peuple, la cité fournissent près de 20,000 lires (Ribolotti, op, cit., p. 30).
2** La Mirandola (1496): les prédications d'un frère mineur, le père Évangelista de Faenza, sont le point de départ. La population demande au Gouverneur, le comte Galeotto 1 Pico, d'approuver les statuts d'un Mont-de-Piété, rédigés par des docteurs versés dans le droit civil et la théologie. Le comte examine, consulte, et reconnaissant que cette institution, conforme aux principes de la religion chrétienne, peut être fort avantageuse pour ses sujets, donne son approbation (Molinari, op, cit., p. 144- 145).
3** Enfin Jules II approuve l'érection du Mont-de-Piété de Bologne et fait l'éloge de ces institutions (1506) 2^.
§ 3. — Uoryanisation des Monts-de-Piété. Leurs détracteurs. La décision de Léon X.
Les Franciscains, véritables fondateurs des Monts-de-Pitié, poursuivent deux buts : soulager les petites gens accablés par l'usure ; empêcher ceux qui possèdent un patrimoine de se ruiner en empruntant follement pour des motifs frivoles ou contraires à la morale ^3.
riuscissc a corrompcre i ma^{;iorcnli délia repubblica, c forsc anco lo slesso Lorenzo il Magnifiée), i quali tutti si adoperarono afllnchè il décret o délia Sijçnoria rimanesse corne lettera morta »> (Passerini, op. cil., p. 739. Il cite ici Wadding, Ann. minor.,)
21. Quelques auteurs voudraient faire honneur de cette fondation à Savonarole ; ce fait n'est pas exact, tout ce que Ton peut admettre c'est que l'illustre dominicain ne s'v est pas opposé (Passerini, op. cit., p. 7iO^.
22. M Bolle e provisioni per il sacro Monte di Pietà di Bolo^^na » in-l, Recueil non paginé (collections de l'auteur).
23. Pour eux aussi le prêt est supérieur à l'aumône parce qu'il faut travailler si l'on veut racheter le gage (P. Ludovic de Besse, op. cit., 11^ p. 79).
Le bienheureux Bernardin de Feltre pose trois principes qu'il considère comme la base de ces créations : dépôt d'un gage supérieur en valeur à la somme prêtée ; vente du gage non retiré dans un délai déterminé et remise du bénéfice au déposant ; léger intérêt servant à couvrir les frais d'administration. Ces données fondamentales sont en général adoptées ; l'expérience en confirme bien vite la justesse.
Les statuts du Mont-de-Piété de Parme (1488) ^* et ceux de La Mirandola (1495), qui se bornent à reproduire les règles de Parme avec quelques variantes, nous donnent une idée exacte de l'administration de ces établissements à la fin du xv*' siècle.
A Parme, les Proviseurs à vie sont : le délégué du chapitre ; Tabbédu couvent de Saint-Jean rEvangéliste,de Tordre de Saint- Benoît ; le gardien de l'Annonciation (ordre de Saint-François) ; le supérieur de la Préceptorie Saint-Antoine, et à son défaut le vice-prieur du Saint-Sépulcre. Le conseil comprend en outre neuf laïques élus à temps ; savoir : trois docteurs ; trois marchands ; trois autres citoyens. Les renouvellements se font en gardant la même proportion entre ces éléments divers pris dans la cité. Le scrutin a lieu en présence de TÉvéque, du Podestat et d'autres notabilités -^.
Le Depositario (receveur-chef des engagements) doit être capable, homme de bien, craignant Dieu ; il tient compte des objets déposés et inscrit le tout soigneusement sur les registres.
Le Capscrio ou Fa//ore (caissier) a le maniement des deniers : M Item che detti Presidenti habiano ad elegere uno fattore quai debia tener computo de li denari de la cassa. » Il est, comme le receveur, élu pour un an, deux au plus, et peut choisir un ou deux employés destinés à l'aider dans sa besogne ; il en répond.
Quant au local servant de magasins de dépôt, il convient de le prendre spacieux et présentant les garanties de sûreté nécessaires. Défense, sous peine d amende aux agents, d'y laisser le jour ou
24. Pour Parme, la plaquctlc citc'c imprimée en 1536. Pour la Mirandola, Molinari, op. cit. y p. 175-194.
25. A la Mirandola nous trouvons deux ecclésiastiques assistés d'un conseil composé de six membres : un (gentilhomme, deux marchands, deux artisans; le sixième membre est choisi indifTércmment parmi les docteurs : canonistes^ légistes ou médecins (art. I). Ils restent un an en charge.
la nuit : manger, faire de la musique, chanter, s'adonner à des jeux même licites, et à plus forte raison commettre des actes déshonnêtes 2«.
Deux contrôleurs (Rasonati-Raxonati) nommés chaque année, ni parents ni alliés du receveur et du caissier, vérifient la comptabilité et les registres tenus par ces fonctionnaires, un mois après leur sortie de charge ; ils reçoivent une légère indemnité pour ce travail 27.
Les prêts consentis au début de Tœuvre sont naturellement modiques ; à la Mirandola Tintérét réclamé est de cinq pour cent 28. Il n'est rien demandé lorsqu'il s'agit de tous petits emprunts.
On doit prêter de l'argent aux seuls citoyens qui en ont vraiment besoin et non aux personnes disposées h employer ces sommes à des choses vaines ou condamnables 29.
Les statuts primitifs de Pérouse portent également qu'on ne peut faire aucun prêt sans exiger le serment que Taisent sollicité est destiné à um usage honnête et correspond à des nécessités réelles (P. Ludovic de Besse, op, cit., II, p. 274).
Les gages, qui doivent avoir une valeur double du prêt accordé,
26. « Nel quai loco di pietâ non sia lecito ad alcun de li ofliciali del Monte preditto sotto pena de ducati XXV doro, per ciascun dessi, consentir ne permeitere, che de di, ne di notte se soni, ne se canti, ne si facia alcun ioco, pmisso ne velato, ne si facia, ne si tenga alcuna dishonesta, o altra disoluiionc, ne mangiarie, ma solum sia licito a lor ofQciali starli, manzar, dormirli et habitarli honcstamentc (Parma — La Mirandola, art. V).
27. « Il quale suo salario se intenda essere et sia de libre sei de Impcriali per ciaschuno dessi » (Parma). « El quale suo solario se intenda csser et sia unoducato per ciascuno di essi, et più, secondo che sarà grande la faticha del ditto conto, ma perô non passi libre quattro » (La Mirandola, art. VII).
28. « Et debbano loro uno denaro per libra per ciascun mese per lo salario dclli detti ofliciali et per persone et affitto délia casa >» (art. VIII).
29. Les statuts des deux Monts-de-Piété dépassent la mesure en ce qui concerne la répression de la fraude, ils permettent en efTet de dénoncer quiconque a, dans les deux jours, fait un usa^re mauvais du prêt consenti et alors le dénonciateur reçoit comme récompense le tiers du bénéfice fait sur la vente du gage : « Item, che non sia lecito prestar ad alchuna persona se non per bisogno et nécessita soa, et se alcun ne toUesse per altro che per suo bisogno et per spesa superflua, dannosa o vana, perda el suo pigno quale se possa et debbasi vendere, et de quello che avanza sopra la sorte prestata ne habbi el terzo lo accusatore, al quai sia creduto con un testimonio sufliciente, probando fra doi giorni dopoi sera nolificato alli Officiali quello taie havere giocato, overo haver spese in superfluitket molto magiormente in deshonestate » (art. IX).
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sont vendus aux enchères publiques s'ils ne sont pas retirés au bout d'un an. Aucun autre objet ne peut être simultanément offert aux acheteurs. Ces ventes sont suspendues du 15 septembre au 15 octobre, car alors tout le monde étant occupé par les vendanges il n'y a pas assez de concurrence.
La différence entre le prix du gage vendu et la dette du déposant est remise à lui ou à ses héritiers. Si les ayants droit ne se présentent point, le boni appartient au Mont-de-Piété, tant que le propriétaire reste introuvable : « 11 quale si tenuto sempre a chi pervengano, se comparessino, a quelli tali restituire » (Parma et la Mirandola, art. XI et XVII).
Les agents de l'établissement ne peuvent sous peine de révocation, acquérir directement, ou au moyen de personnes interposées, ce qui est placé en dépôt.
Le Mont-de-Piété ne peut recevoir à titre de gage aucun objet servant au culte, à moins d'une permission émanant de l'autorite épiscopale. S'agit-il d'étoffes de laine, l'intervention des préposés à cette branche d* industrie est nécessaires : « Nec etiam alcuno cavezzo de panno senza licentia inscriptis de uno de li proconsuli de larte de la lana ^o. »
Défense au receveur et au caissier de se payer leurs appointements sans un mandat régulier ^^ signé par les administrateurs. Ils sont aussi obligés de commettre à leurs frais et sous leur responsabilité deux gardiens, sûrs, pour veiller sur les magasins.
En vertu d'une disposition spéciale à la Mirandola (art. XXXV), tous les notaires, de la terre et Comté, procédant à la réception d'un testament, d'un codicille ou de tout autre acte de dernière volonté, sont tenus, sous peine d'une amende d'un ducas d'or, de demander au testateur s'il a l'intention de laisser une aumône au Mont-de-Piété*^-.
30. A la Mirandola : « Ne anche alcuno cavezo de panno senza licentia in scrip- ■^ to delli prcpositi de larte délia lana » (art. XX).
31. « Che delli tri oiliciali che sono salariati, cioc* Dcpositario, Cassicro et Notario « (La Mirandola, art. XXXVII}.
3*J. A Kiorencc nous voyons huit administrateurs choisis parmi les citoyens de la ville et restant 3 ans en fonctions, g:ratuitement. Les élections nouvelles sont faites par les membres sortants. Ils se réunissent une fois la semaine pour traiter les questions importantes. Les alfaires courantes sont expédiées par le directeur (Provveditore) assisté dun notaire ; ils reçoivent tous deux un salaire
Quelques-unes des dispositions adoptées dans ces Monts-de- Piélé de Parme et de la Mirandola sentent Thésitation, les incertitudes des premiers pas d*une œuvre nonvelle ; l'ensemble est sage et dé nature à favoriser laccroissement et les progrès de ces établissements.
Il ne faut pas croire cependant qu'ils demeurent alors à Tabri de toute critique. Les uns accordent des prêts gratuits et ne se soutiennent que grâce aux aumônes qui leur sont faites. Les autres, en plus grand nombre, réclament un léger intérêt de 5 **/o. Cette mesure amplement justifiée par la nécessité de pourvoir, nous n'avons cessé de le dire, au paiement du personnel et à la location des magasins, est le point de départ d'une campagne violente.
Des clameurs s'élèvent contre les Monts-de-Piété ; ils veulent, dit-on, combattre l'usure et ils la pratiquent eux-mêmes!
Ce sont naturellement les anciens prêteurs à gage qui poussent les premiers cris; mais on trouve aussi dans les rangs des détracteurs des hommes de bonne foi comme le dominicain Jeande Viterbe. Unaugustin de Plaisance, nommé Nicolas Bariani fait imprimer à Crémone un pamphlet intitulé ; De monte impielalis (P. Ludovic de Besse, o/>. cit., II, p. 21,277, 278).
Les rivalités entre les ordres religieux viennent embrouiller la question. On multiplie les attaques. En réponse, les Franciscains soutiennent des débats publics à ce sujet, ils en sortent vainqueurs. Car enfin pour tout esprit non prévenu quoi de pluslégitime que de demander aux emprunteurs un léger sacrifice, destiné à consolider l'œuvre, alors qu'on les arrache des griffes des usuriers?
Rien n'y fait, les approbations des Papes adressées à certains Monts-de-Piété ; les lettres épiscopales comme celle de l'évêque de Lucques (1489) restent sans valeur. Il faut que Léon X, durant l'une des sessions du concile de Latran, évoque Talfaire à son tribunal. Le 9 mai 1515 il rend la sentence. La bulle inter
annuel de 12 florins d'or. Des appoinlcmcnls minimes se trouvent accordés au trésorier, à l'économe et aux deux scribes : « (lenui erano anche le merccdi relribute al Camarlinjco.al Massajo, e ai due scrivani destinati ad alle^rperire le fatiche (Ici Messajo ». La caisse principale est fermée à trois clés. L'intérêt demandé aux emprunteurs monte à undenaro per lira al mese (Passerini, op. eit.^ p. 741).
multipliées est aussi formelle que les partisans des Monts de Piété peuvent le désirer.
(( Nousdéclarons et décidons, dit le Souverain Pontife, avec l'approbation du Concile, Sacro approbante Consilio, que les Montsde-Piété où Ton reçoit quelque chose de modique — aliquid moderatum — pour l'entretien du personnel et les dépenses inévitables, sans que ces établissements en retirent aucun profit au delà de ce qui est nécessaire en vue de les dédommaf^er des dépenses qu'ils font en prêtant, n'ont nulle apparence de mal, ne sont point usuraires, qu'au contraire ils forment des œuvres méritoires, permettant de les présenter au peuple comme des monuments de piété et de charité : « Quinimo meritorium esse, ac laudari, et probari debere taie mutuum, et minime usurarium putari ; licereque illorum pietatem et misericordiam populis prœdicare etiam cum indulgentiis a sancta Sede Apostolica eam obcausam concessis. »
Défense de continuer la controverse.
La cause est entendue. Les polémiques cessent; en 1539 un Mont-de-Piété s'ouvre à Rome avec les bénédictions de Paul III. Le tome IV de cet ouvrage montrera les développements de cette institution due à l'initiative de ces humbles fils de Saint-François qui savent se montrer les constants amis des classes nécessiteuses.
Nous nous arrêtons ici ; il n'entre pas dans notre plan de décrire minutieusement les institutions charitables de tous les temps et de tous les pays, risquant de nous perdre au milieu d'une multitude de détails. Nous ne publions point une monographie applicable à une époque spéciale ou à une nation déterminée, mais bien une histoire générale.
Etant donnée l'immensité du sujet il faut savoir nous contenter d'exposer les vues d'ensemble et de résumer en quelques pages — aussi claires que possible — la manière dont, aux divers âges, sont compris les devoirs des hommes envers leurs semblables.
En parcourant les chapitres de ce IIP volume, il est consolant de constater les efforts accomplis du x*' au xvi*^ siècle pour adoucir les misères de l'humanité.
Ces efforts amènent en dépit des troubles, des famines, des pestes, la création d'un nombre immense de demeures hospitalières accueillant: pèlerins, voyageurs, malades, lépreux, pauvres accablés par F âge.
Partout les malheureux qu'atteint la maladie sont reçus et traités comme les maîtres de la maison, et des âmes généreuses se consacrent, sans relâche, à leur service.
Le sentiment qui préside à cette vaste organisation est le même ; T Eglise appose son empreinte sur ces œuvres ; elles obéissent à une direction supérieure unique, et font partie d'une seule famille.
Ces œuvres, avec des nuances nécessaires, continuent ainsi les fondations des premiers siècles de notre Ère et doivent leur force à cet esprit de renoncement, né du catholicisme, que nous voyons vivifier tour à tour les régions les plus diverses dès qu'elles entrent dans le courant de la civilisation chrétienne.
Les confréries, mi-religieuses, mi-laïques, desservant au Moyen Age les petits asiles des campagnes, sans lien entre elles, sans surveillance suffisante, laissent parfois à désirer, avouons-le franchement. On connaît les plaintes du cardinal de Vitry ; des conciles d'Arles (1260), de Ravenne (1311). Leurs critiques s'appliquent à ces établissements dont il est question dans le préambule des statuts de THôtel-Dieu de Troyes, mal dirigés, entre les mains de gens soucieux avant tout de leurs intérêts propres : « Or n'a pas ceste Meson Dieu la condition commune que pluseurs autres Mesons Dieu ont. Car en moût d'autres Mesons Dieu a maistres et sergens, ainsinc, comme il y viennent franchement, quant il leur plaist, franchement il s'en pueent départir, supposé qu'il n'i soient obligiés ne pour veus ne pour sermens. »
Et puis le remède est de constituer des hôpitaux desservis par un personnel de frères et de sœurs dignes de ce nom ; là des règles sévères, appropriées aux circonstances, font régner une exacte discipline. Ces asiles vivent entourés de Testime générale des populations environnantes dont les sentiments de confiance • se traduisent par ces donations et ces fondations sans cesse renouvelées.
L'Hôtel-Dieu de Paris, pour ne citer qu'un exemple, jouit
366 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. — TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Ul
d'une considération universelle, inconciliable, écrit Coyecque « avec r hypothèse d'un personnel négligent et d'une gestion défectueuse. »
« A Châteaudun (Merlet, p. xxii), de l'aveu de leurs adversaires les plus ardents, les maîtres et frères gouvernent pendant longtemps l'établissement hospitalier avec ordre et beaucoup de charité. » « Le fait seul (observe Léon Le Grand) que durant plusieurs siècles on continue à voir côte à côte des frères et des sœurs montre que dans la grande majorité des cas la régularité de la vie n'en est pas troublée. »
Le nombre de ces serviteurs des pauvres est généralement réglé sur les besoins constatés. Saint Louis n'aime pas les bouches inutiles et n'entend point transformer en prébendes les ressources destinées aux malheureux : « Placet nobis et volumus quantum in nobis est ut in dicta domo Dei non plures sorores velatie existant quam tresdecim aut ad plus quatuordecim, qua» ibidem Deo et pauperibus famulantur » (Thomas, Prieures de Pantoise^ p. 4).
Remarquons que cet état prospère décline dès les xiv et xv^ siècles par suite des guerres prolongées et surtout de cette démoralisation incontestable qui envahit la société. « Lidée de morale, affirme l'illustre historien Pastor (V, p. H3-H4), sqbit alors une éclipse générale. »
Or le dévouement, le sacrifice, le soin des pauvres ne sauraient se concilier avec le désir effréné des jouissances et la corruption du cœur.
A dater du règne de Louis XI, le grand hôpital Parisien subit, nous Tavons vu, une décadence temporaire. Ce fait ne reste point isolé ; les ruines morales et matérielles s'accumulent en nombre de pays. Il nous faudra traverser des époques désolées avant d'arriver au xvii*^ siècle à ces floraisons nouvelles de congrégations puissantes, solidement organisées, venant, à leur tour, fournir une page glorieuse à l'histoire de la charité.
Ajoutons, avec Jean Janssen (1, p. G), que l'admirable développement des institutions de bienfaisance provient « d'une croyance
alors fermement enracinée dans les consciences, celle de reffîcacité des bonnes œuvres pour le salut. »
Pensée consolante que traduit le poète en son magnifique langage (Victor Hugo, Les feuilles d'automne) :
Donnez ! pour être aimés du Dieu qui se fit homme, Pour que le méchant même, en s'inclinent, vous nomme, Pour que votre foyer soit calme et fraternel; Donnez ! afin qu'un jour, à votre heure dernière, Contre tous vos péchés vous ayez la prière D'un mendiant puissant au ciel !
TABLE DES MATIÈRRS