CHAPITRE
LES MONTS-DE-PIÉTÉ. DE LEUR CRÉATION (1463) A LEUR APPROBATION DÉFINITIVE (1515).
§ 1®^. — L'usure et le prêt à intérêt au XV^ siècle.
Nous n'avons point la pensée d'entrer dans le développement des questions multiples qui se rattachent à l'usure et au prêt à intérêt ; il nous semble suffisant d'indiquer, en quelques mots, la situation des peuples, au xv® siècle, vis-à-vis des banquiers ou prêteurs sur gag^^ pour faire comprendre le mouvement d'idées auquel les Monts-de-Piété doivent leur origine.
(( Sans doute, dit un archiviste en parlant du Dauphiné, il convient de teni^ compte de la rareté du numéraire. Néanmoins il est impossible de ne pas taxer d'usuraires des contrats où il est exigé cinquante pour cent, et où les intérêts non payés se cumulent tous les six mois^ »
A Bâle, l'intérêt ne paraîtfâu premier abord)que de 37,69 ^/q iUaa^^ mais en raison de la capitalisation immédiate des échéances^^ non payées, il monte à 49 ^q^*
En Allemagne, à l'époque qui nous occupe^ « l'expulsion des Juifs ne parvient pas à extirper Vesprit juif pratique. Les usuriers chrétiens semblent en avoir hérité, et le propagent si bien, qu'il finit par envahir la société tout entière, grandissant toujours à mesure que le commerce prend une extension plus vaste et que le luxe devient plus général. Alors on voit s'affir-
1. Prudlîommc, Les juifs en Dauphiné aax XIV* et XV* siècles, in-8, 1883, p. 75. Sous Philippe-Auguste, le taux légal était de 2 deniers par livre pour une semaine. En supposant qu'on ne capitalisait pas les intérêts cela faisait plus de 43 pour 100 par an (Léopold Delisle, Classes rurales^ op. cit.,, p. 203).
2. Abbé Hanauer, Étud. économ. sur V Alsace^ op. cit.^ t. I, p. 527.
mer des principes qui contredisent absolument les sévères pres- ;» criptions établies par le christianisme ^ ».
A Florence (1406), les Juifs sont autorisés, moyennant une taxe annuelle, à pratiquer l'usure jusqu'au taux de six deniers la lire pour un mois, ce qui donne 30 % : « CoU' onere.peraltro di corrispondere la solita tassa di stagio nella proporzione di 200 fiorini d*oro alFanno, a favore del Comune, e di limitare leusure ■ a sei denari per lira al mese, ossia al 30 per cento^. »
« L'usure dévore la ville de Plaisance(1490). Elle est pratiquée sans aucune honte par des chrétiens. Ils prennent sans scrupule 40 %^ »
La ville de Padoue, à la même époque, compte, au dire des historiens, vingt-deux banques juives qui prélèvent sur la cité, rien qu'en intérêt de leurs avances, un bénéfice annuel de vingt mille ducats d or.
En 1448, un traité est passé entre la ville de Parme et un juif nommé Salomon Gallis. Le traité l'autorise à ouvrir, pour une ^ période de dix ans, une banque de prêts sur gages. D'après
l'art. 2, Salomon peut prendre un intérêt mensuel de 4 deniers par lire, en raison de toute somme prêtée; cela fait du 20 ^/q ; antérieurement un autre banquier prête à 25 ^/q^.
Partout les prêts les plus vexatoires sont ceux consentis pour des sommes minimes, aux petits bourgeois, aux artisans, aux paysans'. La vente des gages procure aux usuriers des
3. Jaiissen, op. cit., t. !•', liv. III, chap. III, p. 380. « En 1338, l'empereur Louis de Bavière accorde aux bourjçeois de Francfort « afin qu'ils protègent les Juifs, de la ville et veillent à leur siirett^ plus volontiers et de meilleur cœur », un
L privilège spécial, j?rAce auquel les emprunts qu'ils feront aux Juifs pourront ne
pi plus ôtre annuellement qu'à 32 \ pour 100 ; mais en traitant avec les étrangers
les Juifs sont autorise:* à mettre l'intérêt sur le pied de 43 | pour 100. « et personne ne pourra les contraindre à faire un marché moins avantageux », dit l'or- \. donnance royale... A Hatisbonne, Augsbourg, Vienne et ailleurs, l'intérêt légal
^ monla même assez fréquemment jusqu'à 86 fpour 100 »> (Janssen, même ouvrage^