T. Ravaschieri Fieschi, op. cU., IV, p
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leurs ; en sorte que le maître et les frères de cette maison sont plus justement les serviteurs que les hôtes des malheureux : « Ita ut Magister et Fratres istius domus non tam receptores dici debeant quam mmî^^rfindigentium *^. »
Le Pape constitue encore cet hôpital chef d'ordre, soumettant à la juridiction de Guy et de ses successeurs dans le généralat tous les établissements de la même religion existant ou devant exister à Tavenir^.
Peu après (1204), Innocent III, qui vient d'élever sur les bords du Tibre, à Santa Maria in Saxia^ un asile affecté aux enfants trouvés, appelle à Rome Guy ; lequel y meurt Tannée 1208 (Morichini, op. cit., p. 99 et 427).
Revenant alors sur sa décision première, le Souverain Pontife restreint les prérogatives de la maison de Montpellier, et Honorius III réduit sa juridiction aux hôpitaux de France, d'Espagne, d'Allemagne pour soumettre à celle du Commandeur de Rome les établissements d'Italie, de Sicile, de Hongrie, d'Angleterre. — Grégoire IX enfin enlève (1228) à la première fondation de Guy la supériorité partielle qui lui reste, et durant quatre siècles cette prééminence générale reste attachée à Vospedale di Santa Maria di Roma (Germain, op, cit,^ p. 23, 24).
Quoi qu'il en soit, l'ordre possède déjà en 1198, ou ne tarde pas à fonder, des maisons en Boui^ogne, en Lorraine, dans les provinces ecclésiastiques de Narbonne, Auch, Bordeaux, Bourges, Arles.
L'Italie, l'Allemagne -^ la Bohême, la Pologne ^2, la Hongrie,
19. « Sane, sicut multorum veridica relalionc didicimus, hospitale sancti spiriius, quod apudMontem Pessulanum dilecti fîliifralris Guidonis solliciludo fundavit, inter cœtera novœ plantationis hospitalia et religione fulget et majoris hospitalitatem charitatis excercet : sicut hi qui corum elcemosynas, sunt experti, plenius didicere, » {Univ. Arch. et Episcop., X kal., maii 1198 ; Migne, t. CCXIV, n» xcv, p. 83).
20. « Statuentcs ut omnes domos, quas in prcpentiarum juste habetis vel in posterum rationabiliter poteris adipisci, prœdicto hospitali S. Spiritus Montis Pessulani, et Procuratorcs earum tibi, fili Guidoni et succesoribus tuis perpetuo subjacere debeant et humiliter obedire u (1198, IX kal., maii ; Mignc, t. CCXIV, n* xcvii, p. 85),
21. Vienne; diocèse d'IIalbestadt : Munich; Kchlheim ; Ulm : Pforzheim (UHlhorn, op. cit.. p. 195-196 ; Ratzinjcer, op. cit., p. 321).
22. La première création remonte à l'année 1283 ; située de prime abord à Slawkow, près Cracovie, elle est transférée dans cette ville même en 1244.
Les enfants TtiotJVÉs Et Les orphelins 143
le Danemark^, l'Angleterre, TEspagne en comptent également.
Il ne faut pas attribuer à cette pieuse milice Tensemble des demeures hospitalières placées sous le vocable du Saint-Esprit, ainsi que les faussaires du xvu® siècle essayent de le faire croire^^. Une remarque de M. de Charmasse nous semble toutefois fort juste : « Bien que Thôpital du Saint-Esprit d*Autun, dit-il, {op, cit,^ p. 208), n'ait à notre connaissance aucune relation avec la grande maison de Montpellier, il parait cependant devoir son origine à cet esprit de charité qui vers cette époque (le xn® siècle) part du Midi de la France et la gagne tout entière. » Le bien, ne l'oublions pas, a sa contagion, mais elle est salutaire.
Signalons aussi la propagande d'Innocent III en faveur des enfants délaissés, c'est pour correspondre à ces exl^rtations qu'à Pistoie deux établissements sont fondés : lo spedale de S. Spirito que gouvernent les Fraticelli di Sant' Alessio o délia Vergine et celui de San Gregorio relevant de la municipalité 2^.
A cause de leur nombre, les hôpitaux desservis par les frères du Saint-Esprit de Montpellier se trouvent hiérarchisés, et cette forte organisation est pour eux un gage de durée et de prospérité : « Les petits hôpitaux, écrit Castan [op, cit.^ p. 155), sont réunis en groupes, et chacun de ceux-ci subordonné à une maison importante de l'ordre. Les chefs de ces maisons magistrales possèdent sur les hôpitaux de leurs districts les pouvoirs les plus étendus ; ils en instituent et en modifient à leur gré le personnel, veillant à ce que les fondations y soient remplies ; ils en reçoivent un tribut annuel, à titre de reconnaissance de leur supé-
23. Le nom donné à ces /ondations (au nombre de 17) : hôpitaux des frères de la Colombe, rappelle leurorifrine (Hurtcr, t. II, chap. XXI, p. 500-501),
24. «Quanta la fabrication, ou du moins la préparation des faux, je n'hésite pas, écrit L. Delisle (article cité, p. 12), à y voir la main d'un certain Olivier de la Trau, sieur de la Terradc, qui, après avoir surpris la bonne foi de Marie de Médicis, de Louis XIII et d'Urbain VIII, réussit à se faire conférer, plus ou moins régulièrement, le titre de jçénéral de Tordre du Saint-Esprit de Montpellier. »
25. « Pistoia sempre pronta nello eserciziti di pielosi uflici, non mai aliéna a sovvenire aile umane sciajrure, ascoUV) le esortazioni di Innocenzo III, e fra le prime nellaToscana venue in soccorso dci fanciulli abbandonati dai genitori... » (Barjjiacchi, op. cit.^ I, p. 124).
riorité. » Les maisons magistrales demeurent assujetties à des obligations du même genre vis-à-vis du chef-lieu de l'Ordre *^.
Des chapitres généraux resserrent les liens de tous ces asiles ^7. Le recteur de celui de Besançon a la haute main sur dixhuit établissements situés en Bourgogne et en Lorraine 2^.
A Torigine, TOrdre du Saint-Esprit est composé de religieux laïques et de séculiers. Innocent III veut que la maison de Rome possède quelques frères prêtres. Cet exemple est suivi dans la plupart des autres commanderies. Les séculiers veulent plus tard former une milice spéciale, et occasionnent des troubles graves auxquels mettent fin Pie II et Sixte IV (1459-1476)^^
Il existe en outre des donats et donates ainsi que des sœurs s'occupant des malades du sexe féminin et des enfants recueillis 3».
Au point de vue des pratiques spirituelles, le pape Eugène IV, par sa bulle de 1446, assimile les religieux du Saint-Esprit aux chanoines réguliers de Saint-Augustin ; ce qui pour détruire certains abus en amène d'autres, notamment Textension des prchendes^^.
26. Aug. Casian entre ensuite dans le détail : des généralats nationaux créés a\\ profit de chefs d'hôpitaux considérables ; des visiteurs ou reforma teurs munis d'instructions spéciales, etc. (p. 156). Voir également Gauthier (Gray), op. ci(., p 9.
27. (I La gestion de chacun des hôpitaux du ressort était, chaque année, soumise à la censure d'un chapitre général, composé du personnel de la maison magistrale et de tous les Recteurs qui en dépendaient. Cette assemblée avait lieu le <iuatrième dimanche après Pâques » (Castan, op. cii.^ p. 160).
28. Les religieux du Saint-Esprit avaient été introduits à Besançon en 1203 (?) par un chevalier nommé Jean de Montferrand.
29. Au milieu de tous ces documents fabriqués, Léopold Delisle considère, comme à l'abri de tout soupçon les bulles suivantes : d'Innocent III (23 avril 1198), d'IIonorius III (7 avril 1225), d'Alexandre IV (12 juin 1256), de Nicolas IV (21 juin 1291), de Boniface VIII (28 juillet 1294), de Clément VI (4 juillet 1343). Ce sont là des indications précieuses pour tous ceux qui ont à s'occuper de cet ordre hospitalier.
30. « Nous ne savons pas au juste l'époque de l'introduction de religieuses au sein de l'ordre du Saint-Esprit. Tout porte à croire qu'elles y furent de bonne heure nécessaires, l'ordre ayant pratiqué, dès ses origines, le sauvetage et l'éducation des fenfants abandonnés » (Castan, op. cit., p. 157). Voir aussi Fabrc, //ôp. de Marseille, t. I, p. 54-55.
31. Les guerres avaient amené la décadence de nombreuses maisons ainsi que l'indique le souverain pontife qui espérait un bon effet de cette innovation: « cujus observatione sperabat revivisccrepossc religiosi spiritus ardorem, et collapsae disciplinae, corruptae que formam restitui » (Petrus Saulnicr, op. ci7., p. 98-99).
L*habit ordinaire des religieux consiste en une soutane originairement bleu céleste, puis de couleur noire à partir de la seconde moitié du xv* siècle, et un manteau noir. Sur le côté gauche de ces deux vêtements ressort en toile blanche, une croix à double traverse, dont les six extrémités échancrées forment un total de douze pointes.
Les religieuses sont vêtues de noir et portent également la double croix blanche.
L'Ordre possède de nombreux privilèges. Les religieux du Saint-Esprit demeurent exempts de la juridiction des évêques ; leur Général ne relève que du Saint Siège. Ils sont dispensés de toute imposition sur le clergé, sauf mandat spécial du pape Chaque établissement a le droit de posséder une chapelle et un cimetière. Lorsque les délégués de Tordre arrivent en terre interdite, les églises se rouvrent pour la publication de leurs indulgences et les convois des morts qu'ils jugent convenable de faire bénéficier de la sépulture ecclésiastique (Castan, op, cit.^ p. 155).
Les revenus des frères hospitaliers s'accroissent par les quêtes qu'ils peuvent effectuer dans un rayon déterminé. Ainsi, pendant trois siècles, la maison de Besançon est autorisée à quêter en Angleterre, en Flandre, en Picardie, en Franche-Comté ; dans la Besse, le Bugey, la Suisse romande, le Dauphiné, la Savoie, le Piémont et le diocèse de Reims ^^
Les établissements dépendant de Montpellier ou de Rome accueillent habituellement les malades de la région et les pauvres étrangers : « Hospitalis sancti spiritus Bisuntini... pauperum nostre dyocesis et alienarum ibi confluentium... receptaculum et sagenam. »
La maison de Neufchâteau, au diocèse de Toul, reçoit en 1476 les indigents de toute catégorie : « In qua pauperes, languidi, orphani, expositi, pauperes puerpere, egeni et advene
32. Castan, op. cit., p. 165. La ville d'Autun^ nous Tavons dit, possédait un hôpital du Saint-Esprit : les quêtes de cet asile occasionnaient des conflits perpétuels avec l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon relevant de l'ordre de Montpellier. Une transaction intervint à ce sujet en 1409 (De Charmasse, op. ci(., p.
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undecumque ad ipsum hospitale decurrentes caritative procurantur^... »
Il est bon de noter que cette assistance des enfants trouvés forme l'un des caractères distinctifs de l'Ordre ; lorsque par suite du malheur des temps Thôpital de Besançon voit réduire ses ressources, il se confine, au xv" siècle, dans la réception des voyageurs et des pauvres créatures abandonnées, laissant à d*autres asiles le soulagement des malades.
Ajoutons qu'il est loisible aux supérieurs des maisons du Saint- Esprit de créer au sein des paroisses des confréries placées sous le même vocable dont les membres participent aux faveurs spirituelles accordées aux Frères hospitaliers. Ces confréries deviennent nombreuses et joignent aux exercices de dévotion lassistance des malheureux '*^.
§ 3. — Du mode de réception et de r éducation des enfants trouvés et orphelins.
De l'ensemble des documents antérieurs au xvi* siècle il résulte que les tours situés dans l'épaisseur du mur des asiles, tournant sur eux-mêmes pour y amener discrètement le précieux fardeau qu'on leur confie, n'existent pas encore. Les enfants sont abandonnés à la porte des églises ^^, ou conduits à Thôpital sans aucun mystère.
Une fois recueillis on les baptise, sous condition, alors même que les parents ont soin de déposer dans les vêtements du délaissé
33. Caria Vilalis, archiep., Bisunl., 1313 (Castan, p. 163; P. Denifle, op. cit., I, n» 789, p. 371).
34. On voit en Auverjçne des confréries du Saint-Esprit remontant peut-être à Tannée 1113. Leurs directeurs portent le nom de halles (Coiffier, L'assistance dans la généralité de Riom, in-«, 1905, p. 207;. Il y a là, comme pour les hôpitaux de» similitudes intéressantes à sig^naler sans que l'on puisse, nous le répétons, attribuer à l'ordre de Montpellier toutes les manifestations du grand mouvement de foi et de charité qui honore le xii" siècle.
35. A Florence il existe un berceau en marbre sous le portique de l'éplise de l'hôpital S. Maria délia Scala où Ton peut mettre l'enfant : « Unu loggia dinanzi a la detta chiesa con una pila dovc si mettono e lasciano i poveri innocenti fanciulli gettati e abandonati » (ann. 1411). « Nella pila posta sotto il portico che introducevaalla chiesa »» (Passerini, op. cit., p. 681-6h2).
un peu de sel comme témoignage du sacrement conféré avant l'exposition 3»>.
Les noms donnés se tirent de circonstances particulières. Lors de Touverture du brefotrofio di Santa Maria degi Innocenti à Florence, la première admission s'applique à une fîlle qui reçoit le nom d'Agathe, en l'honneur de la sainte dont c est la fête : (( Il primo parto depositato al nostro spedale fu una femmina, abbandonatavi nel 5 febbraio 1 444 ; e le fu posto il nome di Agata, perché cotai giorno è nella Chiesa festivo alla martire di cotai nome » (Passerini, op. cit,^ p. 693).
A Marseille, au moment de la réception d'une fillette, se répand la nouvelle du décès d'un médecin célèbre, Jean Blazin ; on appelle donc Tenfant : jB/ajsme(Fabre, op. cit,, I, p. 387).
Le chiffre des admissions varie suivant les localités, sans avoir rien d'excessif; il est un peu élevé dans les régions avoisinant les Pyrénées par suite du nombre de femmes étrangères, d'origine sarrazine notamment, maintenues encore en esclavage, et vouées trop souvent à la prostitution*^'.
A ïospedale di Santa Maria délia scala, Florence, il existe au XIV* siècle de 130 à 130 nourrissons. Le siècle suivant, le brefotrofio degV Innocenti (même ville) compte une moyenne annuelle de 90 entrées. Léo décembre 1508, il est exposé à la Seigneurie que cet asile se trouve dans une grande gêne, en raison de la quantité des enfants abandonnés, il a au moins 1,200 bouches à nourrir : «< Per la quantità dei miseri innocenti che quivi sono multiplicati e ogni di multiplicano. »
L'hôpital du Saint-Esprit de Marseille ne place que treize nouveau-nés durant Tannée 1306 ; il en reçoit onze en 1338*^'^.
Les établissements d'une certaine importance possèdent des nourrices sédentaires pouvant offrir de suite le sein à ces
36. «' Ubi autem puer, cujus baptisma ignoratur, reperitur expositus, sive ciim sale, sive «me sa/c reperiatur, baptizetur, cumnon intelligatur itcralum, quodnescitur fuisse collatum... » [Concil. Ehoracense, 1195, cap. FV; Mansi, XXII, p.652)-
37. «I Dès 11.15 ou ti'ouve à Thôpital Saint-Jean de Perpignan un service organisé pour recueillir les enfants trouvés. Il paraît que l'on exposait beaucoup d'enfants de femmes esclaves qui adoptés par Thôpital devenaient sa propriété »• (Desplanque, Les infâmes dans l'ancien droit Roiissillonnais, in-8, 1893, p. 103).
38. Passerini, op. cil , p. 682. 694, 705 ; Fabre, op. cit., I, p. 386.
148 HISTOniE Oe la CHABirt. — pbfwttjif paxtte^ — chapttbe y
dél^isaéA '^. En Bourgogne nous tojoos une femme se donner arec ses biens à l'asile de Dijon, s'engageant à fournir gratnitement ses soins aux pupilles de la maison^.
D'une manière générale les enfants, une fois admis, sont confiés à des nourrices de la Tille ou de la campagne *^ : elles reçoirent un salaire fort variable. A Marseille, cinq sols par mois en 1341 ; pour des causes inconnues cette allocation atteint seize sols, puis, en 1423, deax florins, c'est-à-dire trois livres quatre deniers ! Ce taux énorme ne tarde pas à décroître . Fabre« op. cit., h p. 390.
Chez les Italiens les pensions suivent les vicissitudes des temps et les ressources de la maison ; d*ailleurs on ne peut établir aucune comparaison utile à ce sujet, car le pouvoir de V^rgent présente selon les régions des différences considérables^^.
La durée du placement en nourrice oscille entre quinze et dix-huit mois ; l'enfant une fois sevré revient à l'hospice pour y être nourri. Souvent aussi il reste confié au dehors à des particuliers. Les garçons atteignant de huit à dix ans sont placés dans des établissements spéciaux ou chez des maîtres, afin d^ap* prendre un métier^.