‹ Histoire de la charitéChapitre 33 sur 112 · Chaponnière, op. cit., p. 302 et · texte numérisé non relu

Chaponnière, op. cit., p. 302 et

10. « Dans les Pays-Bas, les puissantes corporations (Gilden en neeringen) qui ne s'effrayèrent d'aucuns frais pour faire érijçer dans les églises, des chapelles, où les peintres, les statuaires et les architectes dépensèrent à Tenvi les trésors de

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possèdent des éléments de richesse suffisants, les maîtres es œuvres vives, qui déploient tant de génie dans les monuments religieux, s'ingénient aussi à trouver les formes les plus belles pour les hôpitaux.

Beaucoup de ces édifices élevés en Thonneur des pauvres du Christ disparaissent avec les années ; il en reste cependant encore des spécimens permettant de se rendre compte des résultats obtenus alors **.

Il ne s'agit plus de bâtiments modestes appropriés tant bien que mal à leur destination ; on étudie d'avance le terrain, la nature du sol ; les gens de l'art sont consultés •-.

On recherche particulièrement le voisinage immédiat de cours d'eau, en raison du renouvellement de Tair et de la facilité d'expulser au loin les résidus de toute nature.

C'est ainsi que se construisent: l' Hôtel-Dieu de Paris, baigné par la Seine ; le Saint-Esprit de Rome, que longe le Tibre ; les hôpitaux de Constance et de Mayence, sur les bords du Rhin ; l'hôpital Saint-François de Prague, près de la Moldau ; la Maison-Dieu de Ratisbonne, riveraine du Danube.

leur talent, ou pour transformer leurs maisons sociales (Gilden-huizen; en véritables temples de l'art, furent également préoccupés de l'idée de fonder ou d'entretenir des refuges pour leurs malades ou estropiés (Ed. Serrure, La Biloqne, op. cit., p. 3) : « Aile antiche modeste Léproserie succedevano le fabbriche Nosocomiali fondate sul sistema délie grandi sale, sistema che riceveva l'impronta del secolo animato dal più fervido sentimento di carità cristiana. e che rivela lo stato prospero e le abitudini sociali dei ricchi municipii Italiani » (Azzurri, op. cit., p. 11).

11. Parmi les édifices, ou parties d'édifices, se rattachante cet ordre d'idées on peut citer : les Hôtels-Dieu d'Angers et de Chartres fxii* siècle), de Tonnerre (fin du XIII* siècle), de Milan (xv siècle) : l'hôpital La Biloque de Gand (xiii* siècle) ; la maladrerie (?j d'Ourscamps. près Noyon : le grand asile du Saint- Esprit de Rome, reconstruit au xv siècle ; l'infirmerie de l'abbaye de Fossanova (province de Rome, fin du xii* siècleV et surtout la fondation du chancelier Rolin. à Beaune. si merveilleusement' conservée fl44H).

12. Firenze, Arcispedale di Santa Maria Nuova ^fin du xiii» siècle ^ : « Non a caso fu scelto dal fondatore questo luogo per la costruzione dello Spedale ; ma. guidato probabilmente dai consigli de qualche medicq. vigilatore zelante délia pubblica igiene. e conscio dei danni che possono provenire, in ispecie nei tempi d'infezione. dagli Spedali compresi nel perimetro délie città, voile che Santa Maria Nuova fosse edificata fuori délie mura : non molto perô lungi da esse, aflinchè i malati. non privi dei comodi che provengono dalla vicinanza délia città. potessero in pari tempo godere i beneficj di un' aria più salubre e più facilmente mutabile ; ben considerando inoltre, come ponendo l'edifizio dal lato di tramontana, i cittadini di Firenze non avrebbero risentito nocumento dalle esalazioni che da quelle potessero provenire » (Passerini, op. cit., p. 289),

Parfois des canaux passent sous les bâtiments comme à Fossanova ; à Beaune ^^.

Voici maintenant les lignes générales de Tarchitecture de ces maisons ouvertes à tous les genres d'infortune.

La partie essentielle consiste en une grande salle que le visiteur des Maisons-Dieu de TIle-de-France, si souvent cité, désigne sous le nom d' Hospitalitas (Léon le Grand, op. cit., p. 128).

Avant d'entrer, nous trouvons presque toujours un porche, un auvent ou un portique destiné à abriter les personnes venant soulever le lourd marteau de l'huis (Angers, Tonnerre). Au Saint- Esprit in Saxia, le portique est élégant ; des réchauds y sont placés à rintention des pauvres auxquels on distribue les restes des repas ^^.

La façade de la Biloque de Gand est ornée d'une galerie formant une suite d'arcatelles moulurées, soutenues par des colonnettes, avec chapiteaux et bases dont les socles reposent sur une marche construite en pierre bleue qui forme banc et sert de lieu de repos aux arrivants. A la hauteur de la pierre de couronnement de la galerie, et de chaque côté de la porte, se trouvent deux fenêtres géminées. Au-dessus de cette porte à deux ventaux existent deux oculus, au-dessus encore une fenêtre (Serrure, op. cit., p. 15).

Les grandes salles ont généralement des proportions imposantes et forment de vastes parallélogrammes, leurs murs s'appuient sur de larges et massifs contreforts, car les constructeurs veulent avant tout que leur œuvre dure.

Voici quelques chiffres : Saint-Esprit in Saxia, 126 mètres de longueur, largeur 12" 35, hauteur 1 3"* 55 ; Tonnerre, 80 mètres sur 18™ 50 ; Angers, 60 mètres et 22" 50; la Biloque, 55 mètres et 16

]3. Nous étudierons plus loin les léproseries. — Ayant visité lors de nos voyages les restes de l'hôpital de Tonnerre et le grand établissement du Saint- Esprit à Rome, nous avons tenu à nous rendre à Beaune pour examiner en détail le célèbre Hôtel-Dieu de cette ville. Nous tenons à remercier vivement M. A. Montoy, vice-président de la Commission administrative, qui nous a accueilli de la manière la plus aimable.

14. Ce portique ne tarde pas à disparaître, mais nous essayons de donner une doscription aussi exacte que possible des édifices hospitaliers au moment de leur construction, avant les mutilations ou changements survenus dans la suite.

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mètres ; le Saint-Esprit de Francfort, 40 mètres sur 12 mètres ; THôtel-Dieu de Chartres, 36 mètres et 13 mètres.

En vue de charmer le regard attristé des malades, les parois se couvrent d arcades formant saillie, d'arabesques, de rinceaux, de personnages aux vives couleurs. A Rome, entre chaque ouverture, se déroulent les actes du restaurateur de la maison, le pape Sixte IV: « Rifece magnificamente per alloggiamento dei poveri Thospitale di S. Spirito in Valicano, il quale per vecchiezza cascava, e in quel luogo fece da buoni maestri intagliar per ordinela sua vita » (Azzurri, op. cit,^ p. 9).

Ces constructions, ogivales le plus souvent, forment une seule nef (Fossanova, Tonnerre), ou trois nefs séparées par deux rangées de colonnes (Chartres, CoefFort, Verdun, Angers, Ourscamps ^''^).

Les piliers sont solides, d'un excellent style ; leurs chapiteaux afFectent des formes gracieuses. A Chartres, les ornements consistent en feuilles recourbées en manière de crochets ou de crosses végétales ^^.

Les murs présentent parfois de petites niches à portée de la main pour recevoir les boissons, objets de pansements, etc. (Ourscamps, Fossanova).

A signaler les fenêtres spacieuses disposées en vue de donner beaucoup d'air et de lumière. Celles du haut étant à vitrages fixes et celles du bas pouvant s'ouvrir pour aérer la salle (Chartres, Tonnerre) *^. Les unes sont en plein cintre (Angers) ; d'autres à meneaux ^^,

15. A Brie-Comte-Robert (Ile-de-France), la salle voûtée, de plus petite dimension, dont la longueur est double de la largeur, se trouve divisée en deux nefs par quatre colonnes.

16. A Angers, la pièce principale qui reçoit les malades est un parallélogramme que quatorze colonnes monocylindriques divisent sur deux rangs en trois nefs d'égale hauteur. Huit travées se développent en longueur sur trois de profondeur. Des fûts, d'une légèreté rare à cette époque encore romane, supportent les voûtes (Verdier et Cattois, op. cil., t. II, p. 102).

17. M Les onze fenêtres latérales de chaque côté, à meneaux, sont disposées pour pouvoir être ouvertes du bas jusqu'à la naissance des tiers points, et des marches ménagées dans l'appui permettent de tirer les targettes. » « Les fenêtres de Tabside sont hautes, divisées chacune par un meneau formant deux lancettes surmontées d'une ouverture en forme de quatre feuilles » (Dormois ; Viollet-le-Duc).

18. Mbxeaux. Montants et compartiments de pierre qui divisent la surface d'une fenêtre en plusieurs parties vides. Il existe partout des moyens ingénieux

A Brie-Comte- Robert deux fenêtres accompagnent les portes sur chaque façade et deux autres percées sur Tun des petits côtés du parallélogramme forment un total de six ouvertures qui inondent de clarté les trois travées, autant que le permettent les verrières se composant de petites pièces très épaisses, selon l'usage du temps.

Quant aux voûtes, la charpente est tantôt apparente (Montreuil-sur-Mer), tantôt cachée par des lambris de chêne (Tonnerre, Chartres*'*).

Au Saint-Esprit de Rome, une belle coupole octogonale, ornée de colonnes doriques et de niches, s'élève au milieu de l'immense salle: « Nel mezzo délia sua lunghezza al di sopra delF ingresso principale s'ergeva (come oggi) la sua bella cupola ottagona. »

A Francfort, les clés des arcs de voûte se trouvent ornées des armes des bienfaiteurs (Uhlhorn, p. 2\6j,

Nombre d'établissements possèdent des greniers immenses et des magasins destinés aux provisions.

Souvent la couverture est composée de tuiles formant des dessins variés ; de faîtières surmontées d'ornements délicats, sorte de dentelures qui dominent le toit.

A l'intérieur, les lits déliassant parfois la centaine sont disposés en général sur quatre rangées, la tête placée de chaque côté de la double ligne de colonnes (Verdun, Chartres, Ourscamps, Angers). 11 reste ainsi trois espaces vides, un au milieu, deux le long des murs. A Rome, la rangée des lits est triple; à Brie- Comte- Robert on voit deux files de lits perpendiculaires à l'axe longitudinal.

Les dispositions adoptées à Tonnerre présentent une différence notable. La salle renferme 40 cellules en boiseries abritant

permettant le maniement facile de ces fenêtres : «« Un ballatoio o meniano sostenuto da una série di piccoli arclii al di sopra del tetto del portico dava comodo air apertura e chiusura délie finestre délia salla... » Azzurri, op. cit., p. 12).

19. " I.e maj^Miifiquc comble en boi«* de chêne de la jfrande salle xnr siècle est un chef-d'œnvre de charpente : une durée de six siècles n'y laisse voir aucune trace de décrépitude •» i Serrure. A/i Biloqne, op. cit., p. 18). « .\ Tonnerre, les murs (de 1"» 42) portent une charpente magnifique formant pour couvrir la salle un immense dôme à plein cintre lambrissé... Le lambris est fr>rmé de lames en cœur de chêne d'une lonjçueur de O*" 70, jointes j>ar une rainure en biseau et clouées par bout dessous la charpente circulaire » (Dormois, p. 37).

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chacune un lit ^^^K Deux galeries latérales établissent une circulation continue au-dessus d'une partie des alcôves, ce qui permet d'ouvrir les fenêtres et d'exercer la surveillance. Mais ce système, tout en présentant les avantages de l'isolement individuel, enlève de l'air et de la lumière aux malades -^

En -dehors des fenêtres et des portes, la ventilation n'est assurée que par de petites ouvertures pratiquées dans les lambris pour former des appels d'air.

De vastes cheminées permettent souvent de combattre le froid ; sinon l'on promène à travers les salles des réchauds en fer pleins de charbons allumés. ,

Les pièces petites ou moyennes sont pourvues généralement de foyers.

Les fondateurs désirent associer les administrés aux cérémonies religieuses. L'extrémité de la vaste salle se confond donc avec la chapelle, ce qui permet aux malades d'assister de leur lit aux offices divins. La présence de cette chapelle donne la raison pour laquelle les salles peuvent être orientées comme les églises.

Au Saint-Esprit de Rome, l'autel est placé sous la coupole, au milieu par conséquent des pauvres patients.

De nombreux services accessoires viennent se grouper autour de la salle des malades : chambres destinées au personnel, cellules d'isolement, réfectoires, garde-manger, locaux affectés

20. Un asile de Florence remontant au xiv* siècle et alTecté aux femmes âg:ëe8, privées de familles, se compose de deux cents chambres distinctes, entourées de murs : « Un vasto pala^^io, in cui dispose du^ento piccole stanze, l'una dall' altra separata, ma tutte insieme racchiuse da una cinta di mûri, clie le rendeva libère dal commircio colla città » iPasserini, op. cit., p. 641).

21. Viollet-le-Duc, op. cit., t. VI, p. 212, approuve cependant cet arrangement. « La disposition des lits de l'hôpital de Tonnerre, écrit-il, logés chacun dans une cellule avec galerie «le service supérieur, mérite de fixer notre attention. Cha(]uc malade, en étant soumis à une surveillance d'autant plus facile qu'elle s'exerçait de la galerie, se trouvait possédef une véritable chambre. Il profitait du cube d'air énorme que contient la salle et recevait du jour par les fenêtres latérales. Sa tète étant placée du côté du mur et abritée par la saillie du balcon, il ne pouvait être fatigué par réclal de la lumière. On objectera peut-être que la ventilation de ces cellules était imparfaite, mais la salle ne contenait que quarante lits. Les fenêtres latérales pouvaient être ouvertes, et le vaisseau étant fort élevé, ventilé par des trous placés dans le lambrissage de la charpente, on peut admettre que les conditions de salubrité étaient bonnes. »>

à radministration, dépôt des archives et du trésor de la maison, remises, écuries, grandes, pressoirs, celliers, etc. -"2.

Toutes ces dépeadaaces constituent quelquefois un ensemble considérable de constructions ; on comprend alors cette inscription du Saint-Esprit de Dijon :

Ut rosa flos florum, sic est domus iste domorum : Nam pupillorum est cibus, et requies miserorum.

(Comme la rose est la fleur des fleurs, de même cette maison est la maison des maisons : car les orphelins y trouvent la nourriture et les malheureux le repos) (Peignot, op. cit., p. 8). -^

Pour bien comprendre les dispositions intérieures d'ime Maison-Dieu du xv^ siècle, transportons-nous à Beaune, Tan de grâce 150124, et suivons les enquêteurs qui font Tinventaire du célèbre établissement élevé en 1 443 par le chancelier Rolin et sa femme, Gujonne de Salins.

Nous sommes encore dans les rues de la petite ville bourguignonne et déjà notre oreille est charmée par le son argentin de cloches parfaitement harmonisées. Le Trézeleur sait du reste leur communiquer les vibrations les plus variées*^'.

32. Dans nombre d'établissements d'Allemagne, les malades payants ont à leur disposition de petits locaux ne renfermant qu'un lit. Les maisons dites de retraite offrent la môme facilité. Souvent aussi ces privilégies sont achetés à beaux deniers comptants par les Corporations, en faveur de leurs membres (Uhlhom, op. cit., p. 217).

23. Dans son si intéressant recueil de documents relatifs à Thistoire de Tindustrie et du commerce en France (t. II, p. 42-i4), Gustave Fagniez publie un traité passé avec maître Jean Morant, en 1321, pour la construction de Thôpital que Mahaut, comtesse dWrtois et de Bourgogne, veut faire élever à Hesdin. Le traité décrit minutieusement les travaux à exécuter : l'établissement doit avoir CLX pièi de lonc et XXXI III pies de lé tout dedans nenvre. « Et de tout cest ouvrage faire si que dit est bien soutlisamment d.>it il avoir CXXXX livres paris, à VII livres de rabais, et s'il estoit ensi qu'il y eust plus pies de haut ou de bas ou de lonc, à le quantité. »

24. Ce document est publié dans le petit tartulaihe, op. cit.^ Beaune, 1880.

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