‹ Histoire de la charitéChapitre 49 sur 112 · Vernon, XIII ; Angers, XXXV · texte numérisé non relu

Vernon, XIII ; Angers, XXXV

Nul ne peut quitter le dortoir sans permission : « NuUi fratri nel alicui liceat de dormitorio noctu exire, nisi vocatus fuerit ad visitandum infirmos, vel alia justa causa » (Troyes, LXX).

Ainsi qu'il est dit plus haut, le maître et la prieure procèdent à des inspections, afin de s'assurer que tout est en ordre; les dortoirs renferment des clochettes pour sonner le réveil ; ils sont toujours éclairés la nuit : « lumen sit de nocte in dormitorio '^^. »

Frères et sœurs doivent se coucher avec modestie. Il ne convient pas de jeter des regards curieux sur ses voisins. Les sœurs sont tenues notamment se dévêtir sous leurs draps de peur de paraître nues aux yeux de leurs compagnes'^

Au Moyen Age on couche nu'^-.

Cette manière d'agir, si ordinaire alors, n*est point tolérée dans les fraternités hospitalières. Tous les statuts renferment les règles les plus précises à cet égard. Les hommes doivent avoir des chemises, des caleçons ou autres vêtements semblables. Les femmes, des chemises de toile ou de laine : a Et nunquam nudi jaceant, sedvestiti camisiis lineis vel laneis, aut aliis quibuslibet vestimentis ''3. »

« Idem dicimus de sororibus, que debent indui nocte aliquo vestimentolineo vel laneo"^^. »

Ces règles sont édictées en raison de la réserve qui convient à des religieux et aussi dans un sentiment de pénitence. Etant donnée la rudesse des toiles de l'époque '^^, il est considéré comme

70. Troyes, LXVI-LXXI-LXXII ; Sienne, III; Pontoise, I, m /înc ; Vernon, XIII. "Guignard remarque [op. cit., p. III) que dans les slaluis de Paris il n'est pas fait mention de clochettes aux dortoirs.

71. » Les sercurs se chauceint et deschauceint honestement. Quant les sereurs mueront leurs chemises ou leurs robes, gardeint que elles ne soient veuesnucs des autres. Quant les sereurs se coucheront en leurs liz, {i^ardeint se bien que elles ne despoilleint leurs robes de souz jusquez elles oient leurs draps et leurs couvcrtoirs traiz jusque à leur piz »> (Vernon, XIII).

72. « Ils se couchent nus, sous des avalanches de couettes » (Léon Gautier, La Chevalerie, op. cit., p. 669).

73. Saint-Jean, VIII; Règles du Saint-Esprit, XVIII; Montdidier, XXXI; Lille, XIII ; Saint-Pol, XXV ; Troyes. LXVIII.

7i. « Qu'il ne doivent oncques dormir sans famulares et sans chemise. Ne les sercurs ausi sans chemise » (Lille, XIII ; Paris LVI).

75. « Que leurs chemises soient en laine tissée avec chaîne en fil ; ou, si elles le préfèrent, qu'elles portent des chemises de grosse toile » (Statuts de Beaune, VIII).

une délicatesse de coucher sans vêtements. En cas de maladie, la pudeur cède d'ailleurs le pas au bien-être ; les règlements de Vernon et de Pontoise disent : « que nulle sereur ne se gise nue senz chemise, qui saine soit », mais ils ajoutent : « la malade le porra faire par le congié de la prieuse ou de sa vicaire ^^. »

X. — La nourriture, — D'une manière générale les frères, sœurs, convers et autres serviteurs des pauvres observent les commandements de 1 église en ce qui concerne les jeûnes ; leur rude labeur n'est pas considéré comme devant entraîner des atténuations à cet égard ^^.

La maladie, Tâge, les infirmités entrent seuls en ligne de compte : « Que cette devant ditte abstinance dedans la maison et dehors soit gardée de tous. Aux débiles et aux malades on donne à manger de la chair, si comme à la prieure sera veu que bien soit ^^. »

En dehors des temps consacrés au jeûne, on ne doit faire que deux repas chaque jour : « non comedant nisi bis in die. » La viande est distribuée trois fois la semaine : dimanche, mardi et jeudi, ainsi qu'à certaines fêtes, toujours à un seul repas '^.

« Presbyteri, cIericus,conversiet converse tribus diebusinhedomada, die martis videlicet, die jovis et die dominica tantum vescentur carnibus et aliis diebus abstinebunt, nisi Nativitas, Circoncisio, Apparitio Domini, aut festum Omnium sanctorum feria secunda aut quarta veniant, et tune propter solemnitatem diei, carnibus poteruntuti his diebus » (Saint-Pol, XXI).

76. Vernon, XIII ; Pontoise, V. « Coucher nu dans son lit est une habitude de délicatesse qu'on ne tolère qu'aux malades m (Célestin Port, Cartulaire d'Angers^ op. cit., p. 21).

77. « Tous les jeûnes ordonnés par l'Église, de jeûner aussi les veilles des fêtes de la Sainte Vierge et tous les vendredis de chaque semaine, pendant toute l'année ; elles feraient bien et agiraient sagement, si elles s'abstenaient de viande le mercredi ; elles feraient encore mieux si, ce jour là. elles jeûnaient, comme sont en usage de le faire beaucoup de personnes pieuses » (Beaune, XXV).

78. Pontoise, VIII ; Saint-Esprit, XI ; Lille, VI ; Angers, XXIV ; Amiens, XXXyiI ; Aubrac, V-VI.

79. « In diebus jcjunii post nonam, in aliis diebus post tertiam ad prandium, post vcsperas ad ccnam » (Aubrac, IV). — Règles du Saint-Esprit. X-XII ; Lille, I, vi-vii ; Troyes, XLIIl ; Paris, XLVII ; llélyot, II, p. 253 ; Tournai, op. cit., p. 26.

Il est absolument interdit de manger au dehors sans permission, et même dans Tenceinte de la maison, autrement qu'avec tout le monde^.

Il existe deux réfectoires, Tun pour les frères, l'autre pour les sœurs ; on mange en même temps, excepté ceux qui servent à table ou qui sont retenus « es chambres des malades » : « Insicme in uno refettorio, i maschi tutti insieme nel refettorio delli huomini, e le femine tutte insieme nel refettorio délie donne ®^ »

La cloche annonce l'heure des repas, on sonne à petits coups répétés, afin de se faire entendre dans tout rétablissement. Au second coup, le service commence, les retardataires sont blâmés en chapitre®'.

Au moment d'entrer, chacun passe au lavoir se purifier les mains: la prière est faite avant et après le repas; les frères entendent une lecture, de manière à nourrir à la fois Tâmeet le corps ®^.

Le silence est prescrit ; s'il faut absolument dire un mot à soh voisin, que ce soit discrètement, dételle sorte que « la tierce ne puisse oïr. » Pas de rires, de plaisanteries déplacées ; ce nulle ne dien conte, ne novelle, ne truphle, ne ne rie baudement à sa seror près de li ne aus autres ^. »

Le menu est simple, « mediocri victu » (Aubrac, II).

Un potage, un plat, auxquels on peut ajouter du fromage, des

80. « Les sercurs el la prieuse et sa vicaire, en la ville de Vernon, hors de leur meson ne mangeront ne ne buvront, ne prés des franches ne des autres Icus de la Mcson-Dieu, se n'est avecques cardinal, arcevesque ou evesque.. La prieure ne sa vicaire, ne nulle sereur de la Meson Dieu ne mangeront en nul leu dcdanz la meson Dieu, ne en sale, ne en celier, ne en chambre, ne en autre leu dcdanz la Meson Dieu, fors en refrectoir ou en l'ainfermcrie, ne ne mangeront avecques aucun home, ne religieus, ne seculi.r, ne père ne frère, ne prive ne cstranjcc » (Vernon, XV ; Sienne, X ; Tournai, op. ci7., p. 27 ; Angers, XXV).

81. Florence op. ci7., p. 843 : « Fratrcs suum refectorium habeant et sorores suum refectorium »> (Troyes, XLII).

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