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CHAPITRE IX

§ 1®*". — Les praticiens.

Au Moyen Age, Tastrologie, la médecine magique qui sait charmer la douleur au moyen de formules, régnent en souveraines. Il faut consulter les astres au moment de la naissance, régler les opérations et les traitements sur les phases de la lune.

Les charlatans pullulent ; ils parcourent les pays vendant leurs herbes et autres remèdes empiriques ^

Telle est la superstitieuse bonne foi des populations, que dans les manuels français à Tusage des prédicateurs il existe un sermon contre la magie ^.

Les femmes se livrent volontiers à l'exercice de ces pratiques, surtout les juives converties.

Un paroissien de Sainte-Croix-sur-Aizier (Normandie), étant malade, consulte une de ces femmes qui lui ordonne, comme moyen curatif, de se passer autour du corps une guirlande d'herbes cueillies la veille de la Saint- Jean-Baptiste, en prononçant trois fois des incantations^.

En 1495, le Conseil municipal de Forcalquier autorise deux personnes qui prétendent avoir Tart de guérir, par des paroles, les individus atteints de laffection contagieuse, vulgairement nommée le mal de saint Christol *.

La vie de saint Bernard nous fournit un exemple de ces

1. Jusserand, Les Anglais au moyen âge, op. cit.^ 2* partie, chap. !•', p. 105 et suivantes.

2. Abbé Bourgain, />a chaire au \II* siècle, in-8. 1S79, chap. IV, p. 314.

3. Beaurepaire, Notes et documents concernant Vétat des campagnes de la. Haute Normandie dans les derniers temps du moyen tige, in-8, 1865, chap. IX, p. 219.

4. C. Arnaud, Hist. d'une famille provençale^ 2 vol. in-8, 1884, t. I, p. 210.

pratiques. Etant enfant il est abattu un jour par de violentes douleurs de tête. Son entourage fait venir une de ces femmes qui jouent le rôle de guérisseurs, à Taide de formules mystérieuses et rythmées : « Adducta autem ad eum est muliercula quasi dolorem mitigatura carminibus. » A peine Bernard Taperçoit-il qu'il la repousse avec indignation : « Quam cum ille appropinquantem sentiret cum carminalibus instrumentis, quibus hominibusde vulgo illudere consueverat, cum indignatione magna exclamans a se repulit et abjecit^. »

L'autorité ecclésiastique continue, bien entendu, h condamner de telles pratiques. Les évêques interrogent à ce sujet les curés lors de leurs visites pastorales^.

11 suffit de citer les conciles : d'Ecosse (1225) ; de Tours (1236) ; de risle en Provence (1288)". Les rois de France, 1311-1352, font défenses expresses à toutes personnes d'exercer la médecine à Paris sans passer un examen constatant leur capacité®.

La loi de Vestrogothie condamne à l'amende les femmes se livrant à des pratiques superstitieuses ^.

A côté de ces exploiteurs éhontés de la crédulité publique, il existe des médecins pratiquant loyalement leur art, selon les connaissances encore imparfaites de leur époque.

Beaucoup sont moines ^^ ; d'autres appartiennent au clei^é séculier. Ils donnent leurs soins aussi bien aux clercs qu'aux laïques, et saint Bernard est amené à blâmer sévèrement des

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