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Ensuite les Etats de Bourgogne y ont ajouté une gratification de 3.ooo livres (1684, 6 novembre).
Il y est également fait mention d’un acte de la Constitution d’une rente de i5 livres, au principal de 3oo livres, créée par la communauté des menuisiers d’Auxerre, au profit de l’Hôpital général, et hypothéquée sur tous ses biens (1777-1784).
Nous voyons de même dans un extrait du registre des assemblées générales des habitants de la ville d’Auxerre, que par acte du 7 septembre 1681, lesdits habitants avaient cédé à l’Hôpital général les bâtiments de la Maladrerie, mais à la charge d’en maintenir ledit édifice en bon état, et de le restituer à la ville en cas de peste ou de lèpre. Or, les administrateurs dudit hôpital ont vendu pour le prix de 2.000 livres la démolition desdits bâtiments au sieur Legneux ; le bureau de ville approuve cette vente, sous condition qu’en cas de peste ou autre maladie contagieuse, les 2.000 livres et l’emplacement de ladite maladrerie seront remis à la ville qui en pourra disposer selon son gré (1787).
De même une copie de l’arrêt du Conseil d’Etat, du 6 septembre 1672, ordonne l’établissement de l’Hôpital général, « et qu’il sera pris 40.000 des 60.000 livres dues à Auxerre par les communautés villageoises, pour ledit établissement ».
On trouve également dans ces archives des pièces relatives à la cession par les confrères de Notre-Dame-de-Lorrette, de leur chapelle à l’Hôpital général (1684-1761).
Enfin une délibération des Etats-Généraux du Duché de Bourgogne accorde 400 livres par an et vingt rouets estimés 20 livres l’un, pour la filature de coton installée dans l’Ho-
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pital général en 1761. En dernier lieu, une collection d’arrêts est relative à la concession d’une rente annuelle de douze minots de sel, réduite plus tard à cinq, à l’Hôpital général d’Auxerre et à la confirmation de cette libéralité par le roi Louis XV (1676-1748).
Ajoutons à cela les dons des particuliers : c’est ainsi que l’évêque Nicolas Colbert combla l’Hôpital général de sa générosité. La fondation de l’Hôpital général, devint, en effet, l’une des sollicitudes de son existence : « tous les mardis, écrit l’abbé Leboeuf dans son Histoire d'Auxerre, quittant ses emplois les plus sérieux, il se trouvait aux assemblées qui se tenaient chez lui, avec huit administrateurs, tant ecclésiastiques que laïques, dont il avait fait choix. Ce n’était pas assez qu’il eût trouvé un corps de logis pour placer les pauvres, il entretenait cette maison de blé, de vin, de bois; et comme cet hôpital était uniquement pour. les pauvres de la ville et des faubourgs, s’il en faisait entrer qui fussent de quelques-unes des terres du temporel de l’évêché, il donnait pour eux une somme d’argent réglée. Bien souvent il alla visiter les pauvres de ce lieu pour connaître l’état de la maison ».
André Colbert, successeur de Nicolas Colbert, après avoir légué par son testament 12.000 livres à son chapitre et 4.000 à l’Hôtel-Dieu d’Auxerre, légua 8.000 livres à l’Hôpital général. Enfin, en 1672, un arrêt du Conseil d’Etat, comme nous l’avons dit plus haut, ayant décidé qu’une forte somme serait donnée à l’Hôpital général, le Roi, sur la requête des maires et échevins, voulut bien qu’on leur en payât la somme de 10.000 livres dans le cours de l’année, et encore la somme
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de 3.ooo livres tous les ans, pendant dix ans, pour la subsistance des pauvres que l’on enfermerait dans l’hôpital (i).
Lorsque les pauvres et les orphelins étaient valides, on chercha également des ressources dans le produit de leur travail. Si l’on se borne à faire tricoter des bas aux pauvres de l’hôpital du Quesnoÿ, on installera une manufacture de laine et de draperie à l’hôpital général de Soissons. On organisera des manufactures de soie et de tapis à l’aumône générale de Lyon et à l’hôpital des renfermés d'Angers. Les orphelins et les enfants trouvés sont employés à des travaux analogues. Les directeurs des hôpitaux de Troyes établissent dans une maison d’orphelins une manufacture de bas de coton d’une beauté et d’une bonté dont ils faisaient eux-mêmes l’éloge dans le Journal de Verdun.
Les lettres-patentes d’institution avaient donné pouvoir aux directeurs de l’hôpital général d’Auxerre « de faire faire et fabriquer, dans l’étendue dudit établissement et des lieux en dépendant, toutes sortes de manufactures et les faire vendre et débiter au profit d’icelui. »
Il y a lieu de croire que les résultats ne répondirent pas tout d’abord aux espérances qü’on avait conçues, car, suivant l’abbé Potel, qui écrivait en 1760, la pauvreté de la maison était telle qu’elle ne lui permettait pas d’avoir un prêtre en titre. La famille Baudesson donna 3 ooo livres pour y entretenir un chapelain, dont elle s’était réservée la
(1) En 1735, la dépense de l’hôpital s’élevait à 55.182 livres 5 deniers et la recette à 60.707 livres 14 sols 3 deniers. En 1756, recette était de 103.665 livres 7 sols, 1 1 deniers, et la dépense de 74 * V 1 livres 8 sols 9 deniers. (.. Archives de l Hdtel- ‘Dieu, H. Suppl 1 2544 et H. Suppl* 2549).
présentation, droit que lui reconnut un arrêt du Parlement de 1760, qui donne au chapelain le titre de recteur.
Cette situation s’améliora lorsqu’on eut établi dans la maison une filature de coton à l’anglaise de tous prix et qualités, ainsi qu’une manufacture de bas de soie et coton et de bonnets de coton qui eurent un bon débit (1).
Malgré tous ces secours et toutes ces libéralités, la situation de l’hôpital général ne fut jamais très brillante.
L’état de gêne de cette institution charitable parait avoir persisté à peu près à toutes les périodes de son existence. Un document de 1737 accuse 1200 francs de recettes et i 5 oo francs de dépenses. Il est vrai que ce compte était adressé à M. l’Intendant de Bourgogne pour lui réclamer des secours, et l’on pourrait supposer que les réclamants exagéraient un peu leur détresse pour obtenir une plus large subvention. « Au surplus, cet établissement partageait avec l'Hôtel-Dieu les sympathies des habitants, et les déficits annuels n’étaient pas bien inquiétants pour l’avenir de la maison, la charité les couvrait bientôt ; c’est ainsi qu’un bon auxerrois, M. de Girardin, mourait à Paris sans postérité et n’oubliant pas sa patrie, légua toute sa fortune à nos deux hôpitaux qui eurent, en 1720, 26,000 livres à se partager par égale portion, provenant de cette succession. »
Comment expliquer la pénurie de l’hôpital général, malgré les nombreuses ressources dont il disposait ? Ce qui explique cette situation, c’est le grand nombre de personnes de toutes sortes auxquelles on donnait asile dans cette maison de charité.
(1) Courtepée, Description du Duclid de Bourgogne.
Dans le premier plan de l’hôpital, le principal et l’unique objet était d’y renfermer les mendiants de la ville et des faubourgs afin, dit le roi, « de les retirer de l’oisiveté et de la fainéantise, où ils ne croupissent que trop, ce qui est la cause de leur mendicité comme elle l’est de tous les vices ; et enfin de les rendre capables de gagner leur vie en leur faisant apprendre des métiers auxquels ils auraient plus d’aptitude. »
« En conséquence, le roi donnait pouvoir aux administrateurs de faire fabriquer, dans toute l’étendue de l’hôpital, toutes sortes de manufactures, de les y débiter au profit des pauvres ; et' pour subvenir à leur nourriture, il leur accorde douze minots de sel tous les ans ». (i).
En outre, l’Hôpital général, au xvn° siècle, servait également d’asile aux enfants trouvés. Ces enfants trouvés, qui étaient en droit à la charge des seigneurs hauts justiciers, étaient, dès le xvi e siècle, reçus, élevés et instruits dans les Hôtels-Dieu. Plus tard, on les expédiait de tous les points du royaume à l’hospice des enfants trouvés, à Paris ; on les confiait à des voituriers publics qui en laissaient périr un grand nombre dans le trajet. Louis XVI mit fin à ces abus en 177g; des indemnités furent accordées par l’Etat aux hôpitaux de province qui en furent chargés.
Au xvn e siècle, sur les instances de l’évêque Nicolas Colbert, on envoya même à l’hôpital général les femmes possédées.
Ayant trouvé en quelque paroisse qu’on faisait souvent des exorcismes sur de prétendues possédées, b évêque Colbert
(1) Lettres-patentes.
se réserva le droit de le permettre ; et quand ces femmes lui demandaient la permission de se faire exorciser, il leur répondait qu’il fallait qu’elles allassent auparavant passer un mois ou deux à l’hôpital général d’Auxerre, au pain et à l’eau, et qu’il y aurait peine afflictive pour elles au cas qu’elles fussent rebelles. Ces dernières paroles, répétées trois ou quatre fois dans les différents lieux où ces femmes se présentèrent à lui, chassèrent plus de démons en six mois que ne l’avaient fait tous les exorcismes permis par son prédécesseur, pendant quarante ans.
Tous ces faits sont confirmés par le chanoine Potel dans son ouvrage (i). Il s’exprime ainsi :
« On ne reçoit à l’hôpital que les orphelins sans défense, des veuves sans ressources, les pauvres de nécessité et non de libertinage; les enfants exposés à l’Hôtel-Dieu y sont reçus lorsqu’ils ont atteint l'âge de sept à huit ans ; c’est là qu’on leur fournit la nourriture et les vêtements, qu’on leur procure une saine éducation ; ils y trouvent dans le petit travail de leurs mains, et le fond d’une frugale simplicité, une ressource assurée contre la misère et un remède préservatif contre la fénéantise ».
En somme ces agglomérations d’éléments de toutes sortes pouvaient avoir de sérieux inconvénients. « Ce grand assemblage de pauvres de tout âge, de tout sexe et de pays différents, dit un intendant, donne lieu à des abominations qui font horreur, cause une infinité de maladies, établit la fainéantise par la certitude d’avoir du pain et de la soupe...
(i) Recueil d'antiquités de la ville d'Auxerre.
et par l’impossibilité d’empêcher que parmy les vrais pauvres il ne se mesle des gens en état de gagner leur vie. »
Si nous consultons les archives de l’hôpital général, nous trouvons encore des renseignements plus précis. — Dans un mémoire sur le personnel de la dépense des pauvres à la fin du xvii £ siècle, nous voyons que la dépense en totalité est de 22450 livres. Un état des pauvres hospitalisés durant l’année 1748, accuse la présence de 65 hommes et de 5 o filles et on lit à la fin du mémoire : « il y a parfois plus, mais rarement moins. » Enfin, la dépense dans l’hôpital général était quelquefois excessive, ainsi qu’il ressort d’une lettre du sieur Pussort, « critiquant la dépense exagérée faite à l’hôpital général » et d’une autre lettre du sieur Boucher « invitant les habitants d'Auxerre à tirer de leur propre fonds les ressources nécessaires au bon fonctionnement de cet établissement » (1).
Enfin il est encore question dans ce recueil des archives, à la date de 1696-1699, d’un livre (2) de recettes et de dépenses journalières de l’hôpital général d’Auxerre, à commencer du 20 décembre 1696, pour finir le premier décembre 1699.
La dépense est réglée par semaine et par mois. La dépense du mois de décembre 1696 s’élève à 401 livres, i 3 sols. — La dépense du mois de février 1697 se monte à 118 livres 6 sols 6 deniers, etc, etc. La nourriture des pauvres est naturellement très simple, et consiste en légumes, porc salé, œufs et viande, qui se paie trois sous la livre. Le registre
(1) Lettres datées de 1679. Archives, H. 2343.
(2) Archives, H 2346.
est à la lin de chaque année signé d’André, Evêque d’Auxerre. Il s’agit d’André Colbert.
Aussi pour subvenir aux besoins de ce grand nombre des déshérités de tout ordre, il aurait fallu que l’hôpital général jouisse de revenus abondants ; c’est ce qui nous explique pourquoi les ressources de cet établissement furent toujours insuffisantes malgré les libéralités de toutes sortes qui lui étaient faits et aussi, malgré la générosité de ses donations.