ADMINISTRATION DE L HOPITAL GENERAL
L’ordonnance de 1662, relative à la création d’hôpitaux généraux n’obtint sa sanction à Auxerre que dix ans plus tard, sous l’Evêque Colbert, frère du célèbre ministre de de Louis XIV. De concert avec M. Thomas Marié, baron d’Avignon, lieutenant général du baillage, les habitants décidèrent qu’il serait fondé dans la ville un hôpital général destiné au soulagement des pauvres. Ils avaient en même temps délibéré que les maires et échevins, avec tous les députés de la ville, se transporteraient chez M. Nicolas Colbert, leur évêque, qui avait montré de grandes sympathies pour cette fondation, pour le prier d’agréer l’administration dudit hôpital et le soin de faire tout ce qui le concernait.
Ce fut en effet par les soins de cet évêque que l’Hôpital général fut organisé et bien administré depuis sa fondation.
Des lettres-patentes enregistrées au Parlement, le 9 mars
1678, établissaient un bureau d’administration composé de Mgr l’Evêque, président-né du bureau, et en son absence, de son Grand Vicaire, et nommait pour directeurs et administrateurs perpétuels M. le Lieutenant général, M. le Maire, directeurs-nés du dit hôpital, M. le Procureur du Roi au bailliage, deux avocats, un marchand, un receveur.
L’arrêt du règlement de 1760, conforme à l’arrêt du 9 mars 1678, homologatif des lettres-patentes, donnait la présidence à M. le Lieutenant général en l’absence de Mgr l’Evêque, et ajoutait qu’il y aurait cinq administrateurs perpétuels, dont l’un serait officier au bailliage, un avocat, un marchand, et les deux autres pris indifféremment dans les états ci-dessus, ou dans les notables bourgeois. Les officiers, comme le receveur, procureur, notaire, greffier et les officiers de santé étaient à la nomination du bureau.
Il y avait encore des officiers et des officières au choix du bureau pour la régie particulière, l’économie, l’instruction et le service des pauvres.
La première officière avait le titre de supérieure, les autres officières, filles séculières avaient chacune leur fonction, et, suivant le dernier arrêt de règlement de 1760, les filles et les femmes veuves pouvaient y être admises, après avoir fait preuve d’un âge mûr et d’une conduite irréprochable : leur place, en cas de vacance, était à la nomination du bureau.
Il faut surtout consulter les archives de l’Hôtel-Dieu d’Auxerre pour avoir des renseignements précis sur la manière dont l’Hôpital général était administré. Nous voyons, en effet, dans le registre des procès-verbaux du bureau de l’Hôpital général, une délibération des habitants d Auxerre
qui donnent à l’évêque l’administration de l’Hôpital général (1672). Un autre procès-verbal nous fournit les noms des administrateurs nommés par lettres- patente, de 1678 à 1686 (1).
Nous y lisons, par exemple : M. Girard, conseiller au Châtelet, administrateur d’honneur, au lieu de feu M. son père (1717, fol. VIII). — M. Petit, nommé administrateur au lieu de M. Robelot (1723, fol. XII). — M. de Villemé, trésorier, au lieu de M. Duverger (1733, fol. (XIII). Nous y trouvons également des procédures en Parlement relatives à la prétention du premier échevin de la ville, d’être, durant la vacance de la mairie, administrateur-né de l’hôpital d’Auxerre. Cette prétention ayant été repoussée par le bureau, le premier échevin réussit à faire casser l’élection de deux d’entre eux, les sieurs Coulard et Villetard, qui furent rétablis par arrêt postérieur (1770-1777).
Nous voyons en outre que les soeurs oflicières de l’Hôpital général appartenaient à la maison de Saint-Denis : les archives contiennent en effet des extraits des registres des entrées et sorties, de celui des morts, de celui du magasin, des vivres et effets, du registre des ordonnances signées par le bureau, de celui des recettes, des dépenses, des paiements, etc. Ces extraits sont destinés à servir de modèles pour tenir la comptabilité de l’Hôpital général d’Auxerre (1679).
Comment étaient nommés les administrateurs? Il est probable qu’ils étaient nommés par l’Evêque ou par le Lieutenant général, mais leurs nominations devaient être approuvées parle bailliage qui avait le droit de les confirmer
(1) H. 2348, folio VI.
ou de les annuler. On trouve en effet dans le recueil des archives de l’ Hôtel-Dieu, à la date de 1770-72, toute une série de sentences du bailliage d’Auxerre, annulant ou confirmant des nominations d’administrateurs du bureau de l’Hôpital.
Le bureau d’administration nommait un trésorier qui était tenu de rendre des comptes à des époques fixes. Nous voyons en effet dans la série des archives une pièce qui nous montre que les comptes sont rendus par le trésorier en présence des administrateurs et parfois de l’Evêque. Elle est ainsi conçue : « Compte que rend à vous, Monseigneur l’illustrissime et révérendissime Evesque d’Auxerre, et Messieurs les administrateurs de l’hôpital général d’Auxerre, Gaspard Moreau, marchand, trésorier dudict hôpital, des deniers par luy reçeuz et débourcez depuis le seiziesme jour de mars i 683 , jusqu’à ce jour — aresté le 2 mai 16(84 9 — 1709. Cette pièce fait ensuite mention en détail des dépenses qui ont été faites et des sommes qui ont été payées à divers personnages.
Tous ces faits nous prouvent que l’administration, se rappelant les nombreuses dilapidations dont avait été l’objet l’Hôtel-Dieu de la part de ses administrateurs, soit laïques, soit ecclésiastiques, voulait, par un contrôle très exact éviter le retour de pareils méfaits et assurer à l’Hôpital général les avantages d’une bonne et honnête gestion.
Enfin, la royauté, dans son désir de centralisation à
outrance, exerçait à son tour, par l’intermédiaire de ses inten-
dants et de ses gouverneurs de province, un sérieux contrôle (1) ; il ne s’établit pas un atelier de charité au fond
(1) Alexis de Tocqueville : U Ancien régime et la Révolution .
d’une province éloignée sans que le contrôleur général veuille en surveiller lui-même la dépense, en rédiger le règlement et en fixer le lieu. Crée-t-on des maisons de mendicité? Il faut lui apprendre le nom des mendiants qui s’y présentent, lui dire précisément quand ils entrent et quand ils sortent. Dès le milieu du siècle (i 733 ), M. d’Argenson écrivait : « Les détails confiés aux ministres sont immenses. Rien ne se fait sans eux, rien que par eux, et si leurs connaissances ne sont pas aussi étendues que leurs pouvoirs, ils sont forcés de laisser tout faire à des commis qui deviennent les véritables maîtres ».
Cette administration devait être conservée jusqu’à la fin de l’ancien régime et ne devait être modifiée qu’en 1792, après la proclamation de la République ; 011 trouve en effet dans les archives, aux dates de 1758-1793, un registre relatif à l’administration de l’Hôpital : il y est dit que les demandes d’admission deviennent fort nombreuses et que le poste de supérieure doit être supprimé.
Au début du registre, on rencontre un sommaire de ce qui concerne l’Hôpital d’Auxerre et de ce qui s’y est passé de plus important. Il contient l’origine et l’histoire de cet établissement, l’énumération des principales fondations, la transcription des lettres-patentes d’approbation royale, un extrait des registres du Parlement touchant l’organisation et la liste des administrateurs et du personnel, depuis l’origine jusqu’à 1791. Au folio 92 et à la date du 28 mars 1792, on lit : Le Bureau ne veut plus de supérieure dans l’ Hôpital. Parmi les administrateurs on remarque Maure aîné, plus tard . conventionnel. A partir de cette même année, vu la cherté
des vivres et la dureté des temps, les demandes d’admission à l’Hôpital, soit à titre gratuit, soit à pension réduite, deviennent excessivement nombreuses.
Une dernière question qui se pose au sujet de ces maisons hospitalières consiste à savoir si les hôpitaux généraux atteignirent le but que l’on s’était proposé. 11 n’en fut rien. On constate, en 1712, que les mendiants sont aussi nombreux qu’avant l’établissement des hôpitaux généraux. En 1777, Louis XVI écrit à son ministre Amelot que la dernière fois qu’il s’est promené à pied, il a été vivement affligé de la grande quantité de mendiants dont les rues de Paris et de Versailles sont remplies. Il ne faut pas non plus souffrir, ajoute-t-il, que les mendiants aillent quêter dans l’intérieur des églises, ni aux portes des maisons ; cela trouble le service divin, nuit au recueillement des fidèles et amène des vols ».
Différents systèmes furent suivis pour remédier à la plaie de la mendicité. Tantôt on obligeait les mendiants valides à nettoyer les rues ou à curer les fossés des remparts, on les enrôlait de force pour les employer aux travaux publics ; tantôt on les mettait en prison ; on les enfermait dans les dépôts de mendicité où le travail était pour eux obligatoire.
A Auxerre, comme dans les autres régions, la plaie de la mendicité persista après 1789. S’ils n’atteignirent pas le but qu’ils s’étaient proposés en fondant l’Hôpital général, les Auxerrois eurent au moins l’honneur d’avoir cherché à enrayer le mal : et ce n’est pas un de leurs moindres mérites.