CONCLUSION GÉNÉRALE
sur l’assistance publique dans le département de l’yonne, avant 1789
Faire connaître l’administration des hôpitaux et des maisons de charité sous l’ancienne monarchie ; étudier leur gestion par les habitants des villes et des villages ; montrer la part qu’y prenaient les ecclésiastiques, les seigneurs et les princes ; indiquer le concours que tous apportaient à 1 assistance publique, dans le département de l’Yonne, tel a été le but et le programme de ce travail.
Nous avons vu que la charité chrétienne avait multiplié les hôpitaux de tous genres au Moyen-Age dans notre département. Avec le particularisme propre à cette époque, elle avait fondé des établissements souvent restreints, soit pour une paroisse, soit pour une maladie déterminée ; elle les avait ciotés et en avait confié le soin à des religieux qui vivaient sur les revenus de la maison en même temps qu’ils
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soignaient les malheureux qui y étaient reçus. Pour ne citer que la ville d’Auxerre en particulier, les maisons hospitalières y furent en grand nombre à cette époque ; celles de Saint- Germain, de Saint-Père-en-Vallée, de Saint-Michel et de Saint-Antoine attestent la générosité et la libéralité des Auxerrois pendant cette période.
Mais l’assistance publique ne fut pas seulement l’apanage du clergé. Les princes et les seigneurs contribuèrent, eux aussi, à la fondation d’établissements hospitaliers dans les villes et les campagnes. Le nom seul de Marguerite, comtesse de Tonnerre, nous rappelle la bonté de cette princesse et le dévouement dont elle fit preuve en fondant l'hôpital de Fontenilles afin de doter la ville de Tonnerre d’une maison de charité.
Malheureusement avec le temps, beaucoup de ces maisons mal surveillées, furent détournées de leur destination primitive ; leur situation financière périclita, parce que les religieux ne pouvaient s’occuper d’une manière efficace à la fois des soins charitables et de la gestion des intérêts matériels. D’autres maisons, comme les maladreries ouvertes pour les lépreux et les santés créées pour les pestiférés, perdirent leur raison d’être lorsque la lèpre et la peste eurent disparu. Il se produisit en conséquence deux tendances constantes depuis la fin du Moyen-Age : substitution des laïques aux membres du clergé pour l’administration temporelle des hôpitaux ; réunion des hospices sous une même direction, soit par l’affectation aux établissements en activité des revenus des hospices devenus inutiles, soit par la concentration dans les mêmes mains de l’administration
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des hôpitaux de la même ville. C’est ainsi que les léproseries du département de l’Yonne, fondées surtout à partir du xii e siècle et l’ Hôtel-Dieu d’Auxerre furent réunis en 1697 à l’hôpital général.
Néanmoins, malgré la suppression d’un grand nombre d’hôpitaux dans les deux derniers siècles, Necker en estimait le nombre à sept ou huit cents, et il était bien au-dessous de la vérité.
Enfin au xvn e siècle, l’Etat fut obligé de faire la police des mendiants, qui longtemps avait été exercée par le pouvoir seigneurial. La profession de mendiant était reconnue légalement, lorsqu’il était avéré qu’on n’en pouvait exercer d’autre. — Mais aux époques de guerre et de disette, les mendiants affluaient dans les villes, la plaie de la mendicité s’aggrava, et le gouvernement pour enrayer le mal, favorisa la création des hôpitaux généraux dans tout le royaume : le département de l’Yonne eut à Auxerre, le sien qui subsista jusqu’à la Révolution française. Les dons et legs de toutes sortes, ne lui firent pas défaut au xvm e siècle que l’on a appelé avec raison le siècle de la bienfaisance : A cette époque, une généreuse émulation anima les individus, le clergé et les municipalités pour soulager l’infortune et combattre la misère. — La royauté elle-même vint en aide à la ville d’Auxerre. A la charité inspirée par l’amour de Dieu vint s’adjoindre la philanthropie inspirée par l’amour de l’humanité. Elle fut le principal mobile de l'assistance donnée par l’Etat qui, en ayant le pouvoir eut le devoir de suppléer à l’insuffisance de l’initiative privée.
Malgré cette haute protection accordée par legouverne;nent
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à l’hôpital général, la situation de cette maison hospitalière ne fut jamais très brillante. Il ne faut pas accuser les Auxerrois d’avoir contribué à la détresse de leur maison : nous devons au contraire leur rendre justice ; car c’est leur grand honneur d’avoir cherché à appliquer cette maxime de la charité :
« Il faut s’entr’aider : c’est la loi de nature ».