‹ Histoire de la charité ou de l'assistance publique, en Bourgogne, jusqu'en 1789Chapitre 9 sur 36 · VAUD1N-BATA1LLE DEL · texte numérisé non relu

VAUD1N-BATA1LLE DEL

( T ’ • •m. placée sous l'invocation de tous les saints, fut érigée, • î33o, sur remplaceraient qu’occupe encore aujourd’hui i Hôpital ( i ) . Une charte solennelle reçut les statuts de cette

loi u. Lac s-i \ déclare, après de pieuses réflexions ri o es homme, end us à Dieu et à sa glorieuse Mère.

« qu'elle veut venir en aide aux pauvres de Jésus-Chris! en . suivant les prescriptions de l’Éyangile, et par là, mériter la gloire éternelle qui y est promise à ceux qui les secourront en ce monde ».

tête de la maison. Il est ’• six frères dont cinq sont prêtres, et de six sœurs;

. a ; 1 de Saint-Augustin. La comtesse

déc!. - ■ t re t fonde pour y pratiquer les

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■ doté, fut accru en i336de 1 emplacement où il de : è.:e . , '.ii dans 1: tau bourg.

Le comte et la comtesse y attachèrent, à et cüvi, de- maisons et leurs dépendances,

ruisseau venant du l iiolon, et des terrains à l’entour. Bien a • on vit s’élever les vastes bâtiments destinés aux services hospitaliers et aux religieux, et la chapelle' qui devait recevoir les tome s >>; de plusieurs comtes de Joigny. Une enceinte, couronnée Je créneaux mit l’hôpital à l’abri des.

’ ; i p* d,e main auxquels il aurait pu être exposé dans les temps où l’on i c< .irait si souvent aux armes pour vider les querelles.

(i) Voir ci-contre le ^ceau.de l’Hôpital au xiv* siècle. (Fig. i ).

La comtesse fut inhumée dans la chapelle de l’hôpital le 21 novembre 1 336 (i). Toutefois l’œuvre de la comtesse Jehanne ne périt pas entre les mains de ses successeurs. Le chartrier de l’hôpital en renferme des preuves écrites nombreuses.

Le comte Jean III, de Noyers, seigneur d’Antigny, l'un des meilleurs capitaines de son temps, donna par testament à l’hôpital le droit de pêche dans l’Yonne et le droit d’usage dans les bois de la vallée de Joigny. 11 voulut aussi être inhumé dans l’église de l’hôpital.

Louis de Noyers, son petit-fils, avait « grand amour el fervente dévotion pour l’hôpital » et il voulut aussi y être inhumé. En conséquence, il donna à la fabrique de l’hôpital, 3o francs d’or ou i 65 o francs de notre monnaie pour aider aux paiements des travaux de construction de la maison.

Mais la fondation de l’hôpital n’aurait pas été regardée comme complète si les rois et les papes eux-mêmes n’y eussent attaché leurs confirmations. C’est ainsi que le roi Philippe VI prit l’hôpital sous sa sauvegarde ; que Louis XII ordonna à son bailli de Troyes « que en signe de sauvegarde el en cas d'éminent péril , ils incitent et assoient ses penonceaulx et bâtons royaux en el sur les maisons et manoirs de l'hôpital » (i 5 o 3 ).

François I er agit de même et envoya sa patente « à ses chers et bien amez orateurs , les inaistres frères el sœurs de l’hôpital » (1626-27). Henri II, Charles IX, Henri III, et Henri IV, accordèrent aussi leur protection à 1 hôpital;

(1) Nécrologie de l’hôpital ; Art de vérifier les dates ; Comtes de Joigny.

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et plus anciennement, à l’origine de l’établissement, alors que la protection du souverain laïque ne pouvait pas arrêter toujours les plus audacieux des barons, les papes Jean XXII (i 339), Clément VI et Clément VII confirmèrent de leur autorité les privilèges de l’hôpital.

Pendant que les comtes créaient ce bel établissement de l’hôpital de Tous-les-Saints ( 1 ), un personnage originaire de Joigny, M. Porcher, sergent d’armes du roi Charles V, qui l’anoblit en i36q, résolut de fonder dans le quartier Saint-André, près de la porte de Persil, un Hôtel-Dieu pour recevoir les pauvres femmes passantes.

L’administration de l’Hôtel- Dieu appartenait, d’après les intentions du fondateur, à un certain nombre de notables appelés patrons , qui élisaient parmi eux un administrateur comptable. Les revenus de l’Hôtel-Dieu paraissent n’avoir pas été exclusivement affectés à la destination primitive que leur avait assignée le fondateur. Les patrons y reçurent d’autres malades de la ville et distribuèrent aux pauvres le reste des revenus disponibles.

L’Hôtel-Dieu Saint-Antoine était souvent occupé par des malades atteints de maladies contagieuses, et les habitants de la ville en élisaient les administrateurs qui rendaient leurs comptes devant les échevins. Pendant la peste de i63q (mai), on employa des moyens rigoureux pour arrêter le fléau. On fit barrer les portes des maisons où la maladie avait sévi et on nettoya avec de la chaux plusieurs de ces bâtiments ( 2 ).

(1) Procès-verbal de 1640, liasse 6, n° 1.

(2) Comptes, chapitre 3, liasse 14, n° 3.

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A la tête de l’association, saint Vincent-de-Paul plaça une prieure ou directrice, élue pour deux ans seulement. Elle avait pour conseil deux assistantes, l’une chargée du soin du mobilier, l’autre des fonds de l’association. Celle-ci rendait ses comptes à la confrérie en présence du recteur, du juge, du procureur fiscal et du syndic de la ville.

Quarante dames composèrent d’abord l’association de la charité. En 1620, Mme Giroust, femme du bailli, fut nommée prieure; en 1622, Mme Gauthier, lui succéda. En 1 663 , on comptait 63 associées. Cette œuvre dura ainsi pendant tout le xvii c siècle.

Parallèlement à l’association des Servantes des Pauvres, saint Vincent-de-Paul fonda, à Joigny, l’association des Serviteurs des Pauvres, destinée à secourir les pauvres valides et infirmes. Le comte de Joigny, et à son exemple, ses officiers, les échevins, des avocats, des bourgeois les plus notables de la ville adhérèrent aux statuts.

La fusion des deux œuvres ayant été opérée par l’archevêque de Sens qui donna « au sieur Vincent de Paul , prêtre bachelier en théologie et aumônier du comte de Joigny » toutes les autorisations nécessaires, chaque section remplit le rôle qui lui était attribué : aux femmes les malades, aux hommes les valides ou infirmes. La dotation de l’œuvre avait été libéralement faite par le comte de Joigny qui y affecta 5 oo livres de rente (1). Le prieur de Notre-Dame fournissait 80 bichets de blé ; PHôtel-Dieu et les quêtes dans les églises faisaient le reste.

(1) 3.000 francs.

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L’administration de l’association des hommes était dirigée par un recteur et trois administrateurs élus par les sociétaires. Il en fut ainsi pendant tout le xvip siècle, et l’association possédait une maison rue Saint-Jacques, appelée la « Maison de Charité », où les malades sans ressources étaient soignés par de pieuses dames de la ville.

Mais on était arrivé à une époque où la centralisation exerçait déjà un pouvoir bien étendu, et, après une première réunion de tous les hôpitaux et autres maisons de secours entre les mains du Grand aumônier de F' rance, on transporta ces établissements à l’ordre de Saint-Lazare.

Il fallut que les villes réclamassent de toutes parts contre la spoliation pour obtenir la restitution des établissements qu’elles avaient fondés. Joigny ayant recouvré ses hôpitaux, on réunit ensemble, d’abord en 1691, l’Hôtel-Dieu-Notre- Dame et la Maison de la Charité, puis en 1695, on y annexa encore la maladrerie Saint-Jacques et l’Hôtel-Dieu- Saint-Antoine, qui n’étaient plus que des bénéfices servant à nourrir les gardiens et les aumôniers.

L’ Hôtel-Dieu-Notre-Dame prit alors une certaine importance. L’archevêque de Sens lui donna un règlement de service, et son action put s’exercer plus fructueusement. II possédait des biens ruraux assez considérables qui s’élevaient en 1748 à 3oo arpents, et qui rapportaient plus de 4000 livres par an.

Au reste, il se trouva à toutes les époques à Joigny des personnes généreuses qui favorisèrent les oeuvres de charité. Ainsi, un bienfaiteur de Joigny, Bourdois de Lamotte, dota l’hospice de deux lits pour les pauvres.

Antoine Benoist (i), par contrat des4et5 septembre 1704, fonda en faveur des pauvres malades un lit devant « être occupé par préférence par ses parents paternels et maternels » et fit donation pour son entretien d’une somme de onze cent livres.

Par autre contrat du 9 mars 1706, reçu par Dona et Lange, notaires à Paris, Benoist (2), donna mille livres afin de fonder aux mêmes Hôtel-Dieu et Charité unis, une place pour y recevoir à perpétuité une pauvre fille orpheline, âgée de huit à neuf ans, ou de dix à douze ans, laquelle devait y servir les pauvres, à charge d’être nourrie, logée, entretenue et instruite dans l’établissement, savoir: jusqu’à l’âge de dix-huit ans pour celles de huit à neuf, et jusqu’à l’âge de vingt ans pour celles de dix à douze ans, auquel temps elles devaient sortir pour prendre un « party honneste ».

« Mais de tous les avantages qu’il a procurés à l’ Hôtel- Dieu, dit Davier, dans ses mémoires, le plus important, le plus utile et le plus désiré, est la fondation qu’il a faite la même année d’une messe à onze heures, les dimanches et les festes, pour la commodité des pauvres malades, des convalescents de la ville et des passants ».

Cette fondation, pour laquelle Benoist donna aussi mille livres, est du même jour et contenue dans le même acte que la précédente (9 mars 1706). Il est dit dans cet acte

(1) Antoine Benoist, peintre et sculpteur en cire de Louis XIV, était le fils d un pauvre menuisier de Joignv, fit de sa fortune une fondation hospitalière en faveur des pauvres de son pays, ce qui lui valut le beau titre de « bienfaiteur des pauvres. »

(2) Voir Vaudin : Notice sur Antoine Benoist, peintre et sculpteur en cire de Louis XIV. (Champion, éditeur, Paris, 1887).

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que M. Benoist « voulant contribuer autant qu’il luy est « possible à la gloire de Dieu, au soulagement des pauvres « de la ville de Joigny et procurer aux malades et convales- « cents de l’ Hôtel- Dieu-et- Charité unis la consolation d’en- « tendre la sainte messe les dimanches et jours de festes, « a fondé une messe basse qui sera célébrée à perpétuité tous « les dimanches et jours de festes de l’année à la chapelle du « dit Hôtel-Dieu, à onze heures, et une messe haute aux « jours de Saint Louis et de Saint Antoine, lesquelles messes « seront sonnées pour l’utilité publique...»

Quelques années plus tard, Benoist désirant « subvenir de plus en plus aux besoins de l’ Hôtel-Dieu et prévenir le .danger où se peuvent trouver les malades , de mourir la nuit sans le secours des sacrements par la difficulté d’exposer les sœurs à sortir à des heures indues pour aller à la paroisse chercher les sacrements, fit réflexion qu’il serait plus à propos d’establir un chapelain pour desservir le dit Hôtel-Dieu, y dire tous les jours la sainte messe, instruire les pauvres des mystères de la relligion, les préparer et exhorter à recevoir dignement les sacrements » . Il compléta donc dans ce sens sa fondation du 9 mars 1706, et par nouveau contrat, en date du 4 août 1713, passé devant Lange et Duport, notaires à Paris, il fit, à cette fin, donation d’une somme de trois mille quatre cents livres, d’un tabernacle, de vases sacrés et ornements nécessaires.

Ces libéralités, jointes à celles de la duchesse de Lesdiguières, comtesse de Joigny, qtii vivait à la même époque, mirent l’Hôtel-Dieu à même de pourvoir largement à ses dépenses ; elles firent considérer Benoist comme étant,

apiès cette dame illustre, celui de tous les bienfaiteurs de l’établissement à qui la ville est le plus redevable.

Y' Illeneuve-sur-Y onne

Il y avait également un Hôtel-Dieu à Villeneuve-sur-Yonne; on trouve dans les archives de cette ville un acte par lequel un vieillard, M. de Bouzé, âgé de 92 ans, cède le 1 1 août 1710 à l’hôpital des immeubles valant à cette époque de quatre à cinq mille livres à la charge de le nourir pendant le peu de jours qu’il avait encore à vivre.

Il demandait à être admis comme pensionnaire dans cet établissement et à y finir ses jours; pour prix de cette admission, il abandonnait à l’hôpital tousses biens, en le chargeant de payer, à son acquit, diverses sommes s’élevant à treize cents livres, et de faire apprendre le métier de tanneur à Edme Jeannot, son fils naturel, qui prendrait à l’avenir le nom de Lemoine.

Le tout fut accepté : M. Etienne Menu en dressa acte.

Par ce traité, l’Hôtel-Dieu devient propriétaire, i° de l’habitation de M. de Bouzé, à Pontigny, que l’orTpeut voir encore dans le haut de ce village, sur le bord de l’ancien chemin d’Auxerre, et de soixante-six arpents de terres labourables et prés qui en dépendaient ; 2 0 d’une portion de maison sise à Sens, rue du Grenier-à-Sel , paroisse Sainte-Colombe (cette portion de maison donnait alors soixante-quinze livres de revenu) ; 3 ° et de vingt-trois arpents de terres et prés à Cheny, Champlay et les Voves.

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Tonnerre

A la fin du xi e siècle et au xn e siècle, les nobles et le peuple s’occupèrent de fonder des hôpitaux. On en comptait quatre à Tonnerre en 1164 1 Saint-Antoine regardé comme le plus ancien ; le Saint-Esprit, destiné aux pauvres vieillards ; l’ Hôtel-Dieu où l’on recevait les pèlerins, et la Maladrerie ou Léproserie. L’Hôtel- Dieu avait été fondé au dehors des trois villes, sous les murs du Perron , au bas de la rue ‘pjxhaul ou Royale, au pied de la montagne Saint-Michel. Il était destiné à l’hébergement des pauvres viateurs (passants) pour une nuit. Le lendemain matin, on leur remettait cinq sous pour continuer leur route. En cas de maladie on les gardait jusqu’à guérison. Cet établissement datait du xii c siècle ( 1 ). Le sanctuaire de l’église Notre-Dame en était primitivement la chapelle ; il était entretenu « par de bonnes matrones qui portaient poignets blancs à cause de quoi on les nommait nonains aux poignets blancs. Quatre chapelains dirigeaient le spirituel, un procureur avait le temporel, un maître, magister Domus Dei , avait la direction générale. Cet Hôtel-Dieu possédait une ferme à Vauplaine, des terres sur Argenteuil et autres lieux. Il a été détruit par un incendie de 1 556. Il devait être reconstruit plus tard, et ses biens vendus nationalement en 1791. L’Hôtel-Dieu et la Léproserie passaient pour être l’œuvre des habitants. Tous deux ont disparu ; celui qui existe a été fondé depuis, en 1293. C’est l’hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles.

(1) L’abbé Mathieu, Histoire du diocèse de Langres .

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L hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles de Tonnerre doit sa fondation et sa îichc dotation a Marguerite de Bourgogne, veuve de Charles d Anjou, comtesse de Tonnerre, reine de Jérusalem, de Naples et de Sicile.

Cette princesse, qui se consacrait depuis longtemps aux oeuvres de charité, résolut, par une charte du mois d’avril 1293, d’instituer à Tonnerre un hôpital ou Maison-Dieu dans lequel seraient exercées les sept œuvres de miséricorde.

Aidée de son clerc ou chapelain, maître Robert de Luzarches, en qui elle avait grande confiance, elle dressa les statuts de son hôpital avec la plus belle ordonnance et une disposition admirable.

Elle voulut tout d’abord qu’il y eut toujours à la tète de 1 établissement un maître (magister) lettré, avec quatre chapelains et quatre enfants de chœur. Robert de Luzarches, qui, dit la comtesse, désirait vivement la réalisation du projet de sa maîtresse, fut le premier maître et recteur.

Les chapelains étaient chargés du service religieux de * deux messes au moins chaque jour, et des soins spirituels à donner aux malades.

La comtesse, ayant pourvu à la direction et aux choses pieuses, prévoit les nécessités de ses hôtes futurs. Elle ordonne qu’il y aura une matrone, maîtresse assistée de douze femmes qui auront soin des malades, devront tenir nets et propres leurs linges et vêtements, les coittes, lits de plume et couvertures. Elle veut que ces femmes portent dans l’hôpital un costume de camelin (1) ou de quelque étoffe

(1) Etoffe de couleur.

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noire; qu’elles aient un voile et par dessus un rochet blanc pendant le service.

Le costume du maître, des chapelains et des autres gens de l’hôpital est également déterminé. Le nombre des servants des deux sexes est fixé à vingt au plus. Le maître, institué par la comtesse et ses successeurs, a la haute direction sur la Maison et tout ce qui l’habite. C’est lui qui reçoit les frères et sœurs sous le consentement de la comtesse ; il a droit de correction sur tous. La maîtresse seule est nommée par la comtesse.

Le maître était chargé de pourvoir directement au régime alimentaire et économique de la maison, il devait fournir chaque semaine, le mardi et le samedi matin, le pain d’un setier de froment et 3o sous en monnaie ayant cours à Tonnerre, et en outre six setiers de vin par jour, le tout pour les pauvres et pèlerins de l’hôpital selon qu’il serait nécessaire.

Le maître devait aussi donner à la maîtresse les viandes salées que le besoin des pauvres de l’hôpital demanderait, et s’il fallait y ajouter, après la consommation de ce qui était distribué, le maître y pourvoirait.

Ali il de pourvoir à cette généreuse hospitalité, la comtesse dota son hôpital en biens fonds, en rentes, en vins et en argent.

La maison fut construite à ses frais, sur un vaste emplacement appelé la rue des Tonneleries. Elle lui donna, entre autres choses, une rente de ioo muids de vin sur le dîmage de Tonnerre, qui était alors très considérable, des héritages dans le même lieu, des biens à Argenteuil, à Ligny, à Roftèy, à Laignes, la seigneurerie de Vertaut et des droits sur la forêt de Maulne.

La comtesse Marguerite accorda à l’hôpital le droit « de tenir dans la forest de Maulne tous les ans quarante porcs librement sans payer aucun panage, — plus le droit d’usage dans la forest pour prendre le bois nécessaire à bastir et à brusler ». Ce n’est que vers i53o ou i5qo que ces droits d’usage furent abandonnés. Dans un compte de 1 533 , on lit : « Payé à un homme abattant bois en Maune pour six jours, deux sols ». En 1392, on coupait du bois dans cette forêt pour fabriquer des fûts à vin destinés au service de l’hôpital.

L’élevage des pourceaux était d’une grande importance au Moyen-Age et lé panage ou droit au gland et à la faine (jus ad glandem et fuginam) était une ressource des plus précieuses pour les pauvres villageois. Dans un compte de l’hôpital du 19 septembre i 3 33 au 20 février i 33 q, on lit parmi les dépenses des gens à gages : « Payé au Aalloz de Cruzy pour garder 40 porcs en Maulne, 20 sols ».

Par son codicille du mois d’août i 3 o 8 , Marguerite de Bourgogne ajouta à sa dotation le minage de Cruzy qu’elle avait acheté, dès 1297, de Guillaume, jadis prévôt, ainsi que la ferme des Fours.

Tous lesans, avant la Révolution, les religieux de l’hôpital célébraient solennellement, le 4 septembre, l’anniversaire de la mort de la Reine. De nombreuses messes étaient dites, puis un somptueux banquet réunissait les frères et les sœurs de l’hôpital, les officiers du Roi à Tonnerre, les comtes, les notables de la ville, les religieux de Tonnerre et ceux de Saint-Michel, qui venaient oublier leurs anciennes querelles autour d’une table copieusement servie.

Les comptes de l’hôpital nous permettent de juger des dépenses qui se faisaient à cette occasion. Ainsi, en 1507, les jours qui précédèrent le 4 septembre, on courut par tout le pays à Roffey, la Chapelle, Flogny, Carisey, Mercy, Yrouer. On en rapporta i 5 cochons, 17 oisons, 2 veaux, 48 pigeons, 65 poulets, i 3 chapons, 2 moutons. Des « compaignons » (chasseurs) de Tonnerre, d’Epineuil, de Roffey, d’Arthonnay et de Laignes rapportèrent 7 lièvres, 6 perdrix, 1 chevreuil. Les pêcheurs mis en réquisition, rapportèrent 7 grandes truites de Tanlay et de Saint-Vinnemer, 9 grands barbeaux et 2 brochets. Enfin, des tartelettes, du pain tendre étaient préparés pour les « Révérends », les bourgeoises et femmes d'honneur. Le tout accompagné « d’épiceries, pouldre, poivre, gizimbre, menues épices, sucre, safran », etc., sans compter la grosse viande de boucherie.

En i 3 oq, Eléonor, comtesse de Tonnerre, promit à Robert de Luzarches, maître de l’hôpital de Tonnerre, de maintenir la fondation de Marguerite, reine de Sicile et de Jérusalem, et les privilèges de cet hôpital, et elle en donna des lettres datées du mois de janvier 1304. Les comtes, successeurs d’Eléonor, firent les mêmes promesses. Ainsi, le lundi 14 janvier i3Ô2, Jean de Châllon, comte de Tonnerre, prêta le serment de maintenir l’hôpital de cette ville dans ses privilèges.

Les comptes de l’hôpital ne commencent qu’à l’année i 332. Ceux des années antérieures n’existent plus. D’après le statut de fondation, la reddition devait être faite par le maître ou son procureur au comte de Tonnerre, ou devant son délégué, en présence de deux chapelains, de la maîtresse

de l’hôpital et de deux bourgeois. Les époques de ces redditions étaient le printemps et l’automne. On observa cet usage jusque vers la fin du xiV siècle; mais alors on ne compta plus qu’une fois par an, de septembre à septembre ou d’octobre à octobre.

La recette se divise en deux parties, les deniers et les grains. En réunissant les deux comptes d’une année, on voit que le chiffre des recettes en argent est de i,5oo livres environ, ou 127,720 francs de notre monnaie. La recette en grains de l’année 1 333 est de 21 muids 2 setiers 6 bichets de froment ou 2,o38 bichets, sans compter quelques recettes d’orge et d’avoine. Il faut y ajouter 223 muids devin.

Les dépenses de bouche, ce qu’on appelle dépenses de l’hôtel, sont simples et peu variées. Les moutons pris dans les fermes, le poisson, les harengs achetés à Auxerre, des aulx et oignons, quelques épiceries, du riz, voilà ce qu’on rencontre dans les frais de nourriture. Le maître vit avec la même simplicité. Les galas sont rares; les jours d obits (1) ou d’anniversaire font seuls exception.

Les malades étaient soignés avec bien peu de drogues, car on ne peut guère appeler de ce nom la tisane à l’orge, du safran, du gingembre, du sucre en petite quantité. L’exploitation des métairies a lieu directement, on y voit des frères grangiers. Les valets de la maison sont payés en nature, et cette dépense prend le nom de poulure. Les provisions sont prises dans les fermes. On récolte, comme je viens de le dire, et on encave les vins, dont le cellerier a

(1) Du latin obitüs, décès.

le soin. Le maître a plusieurs chevaux à son service, et le sien. Il y a aussi les chevaux de deux charrues.

Le service spirituel a pris de l’accroissement à la suite des temps. Des fondations pieuses de chapelles ont augmenté le nombre des prêtres attachés à l’hôpital. On trouve, en 1344, quarante-sept fondations et neuf chapelles.

A. vallon

Avallon avait également une maison de Charité. L’hôpital est un vaste bâtiment situé vers l’extrémité de la promenade du Grand-Cours et au bout de la rue des Odebert. Il fut construit aux frais de la ville au commencement du xvm e siècle (1715-1728). Le président Pierre Odebert fit don, en i 65 o, d’une somme de 3 o,ooo livres pour sa construction. L’ensemble extérieur de l’édifice ne présente rien de particulier.

Avant 1715, il existait encore un hôpital qui avait été richement doté en 1664 P ar un généreux Avallonnais, le président Odebert ; mais cette maison à la fin du vn e siècle était tombée en ruine.

CONCLUSION

En résumé, il résulte de cette étude que les villes du département de l’Yonne n’ont pas hésité, avant 1789, à secourir par tous les moyens les malheureux. Les hôpitaux

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et les Maisons-Dieu que nous avons énumérés, leur organisation sont une preuve frappante que l’assistance a été pratiquée depuis les origines du Moyen-Age, dans la Bourgogne, comme dans toutes les autres provinces du royaume, et que le département de l’ Yonne est un de ceux où l’oeuvre de l’Assistance publique a jeté le plus vif éclat.

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