‹ Histoire de la chimie (volume 2)Chapitre 22 sur 31 · PREMIERE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIERE SECTION

DEPIIS LE IX* jusqu'au X1H° SIÈCLE.

Le neuvième siècle marque à peine dans les annales de la science : c'est que les peuples avaient l'esprit tourné vers la guerre. En Espagne, les Arabes continuaient leurs conquêtes. En Italie, en France et en Allemagne, des princes faibles ou indignes se disputaient les lambeaux de l'empire de Charlemagne. Les empereurs d'Orient, plongés dans de sanglantes intrigues ou absorbés par de vaines disputes de religion, avaient peine à se défendre contre les envahissements des Bulgares, des Croates, des Esclavons et des Sarrasins.

Les siècles suivants ont laissé plus de traces lumineuses. Les Arabes se présentent ici en première ligne.

Quand les souverains donnent eux-mêmes l'exemple de la culture des sciences, les peuples se sentent puissamment encouragés. Les khalifes AlMansour, Haroun-Al-Raschid, Al-Mamoun cultivèrent la philosophie , l'astronomie et les mathématiques. Al-Mamoun appela à sa cour beaucoup de savants étrangers, et il fit, à grands frais, traduire en arabe les classiques grecs. Partout la domination arabe répandait les bienfaits de la civilisation. Bagdad, Bassora, Rufa, Gordoue, eurent des écoles et des bibliothèques publiques, où affluaient les hommes avides de s^instruire (1). L'université de Cordouejouit longtemps d'une grande célébrité. La bibliothèque de la capitale des émirs d'Espagne fut la plus vaste du monde : elle contenait, dit-on, plus de deux cent cinquante mille volumes. Après la conquête de Grenade, la plus grande partie de ces livres fut brûlée par le fanatisme de Ximenès. Au douzième siècle, on ne compta pas moins de

(I) Micli. Casiri , Bibliotheca arabico-hispanico-escurialensis, 1760-1770, 2 vol. in-fol. — B. iVHerheM, Bibliothèque orientale j Paris, 1697, in-fol.

soixante-dix bibliothèques publiques dans les contrées de l'Espagne soumises aux Maures.

Cependant les Arabes avaient moins de génie et moins d'originalité que les Grecs , qu'ils ont traduits ou copiés. On leur doit fort peu de découvertes proprement dites. Cela tenait surtout à ce que les savants arabes s'étaient entièrement formés d'après les principes de l'école d'Alexandrie ; ils pouvaient donc, en quelque sorte, être considérés comme les héritiers et les successeurs des philosophes alexandrins. Le domaine de la poésie et du spiritualisme mystique convenait d'ailleuj's mieux à leur imagination ardente que l'observation du monde matériel.

Les chrétiens étaient alors à peu près dans la même situation intellectuelle. C'est ce qui explique pourquoi ils s'approprièrent sans difficulté, malgré la différence de religion, la science des Arabes; et, dans leur admiration, ils allèrent jusqu'à attribuer aux Arabes ce que ceux-ci avaient emprunté aux Grecs; erreur qui s'est même en partie conservée jusqu'à nos jours.

C'est, dit-on, par les croisades que la science des Arabes fut révélée aux Occidentaux. Mais on exagère ici , évidemment, l'influence des croisades. Car déjà dès le neuvième siècle, par conséquent deux cents ans au moins avant la première croisade, les savants de l'Occident s'étaient trouvés en contact avec les Maures d'Espagne et connaissaient les trésors de l'académie de Cordoue. Au dixième siècle, Gerbert, élu pape sous le nom de Sylvestre II, avait été élevé en Espagne, et avait même appris la langue arabe.

L'influence des croisades s'est fait bien moins sentir sur les sciences et les lettres que sur les mœurs et les coutumes des Occidentaux.

Hormis les Arabes et les Grecs, tout le reste de l'Europe était encore plongé dans les ténèbres. Les rois étaient tous aussi ignorants que leurs sujets. Le clergé, qui constituait un État dans l'Etat, était seul chargé de conserver le dépôt de la religion, des sciences et des lettres.

Chez les Arabes, le khalife réunissait le pouvoir temporel à la suprématie spirituelle ; il n'y avait donc pas de conflit possible entre ces deux puissances antagonistes. Mais il n'en était pas de même chez les chrétiens. Le pape et l'empereur avaient à défendre chacun des intérêts trop diveigents pour n'être pas sans cesse aux prises l'un avec l'autre : les Grégoire VII, les Inno-

cent III, les Boniface VIII, plaçant la tiare au-dessus du sceptre, ne défendaient pas seulement leur cause personnelle , ils étaient la pins haute expression de l'antagonisme permanent entre l'autorité spirituelle et le pouvoir temporel; ils représentaient la prépotence de la pensée sur le glaive , à une époque où ni les peuples ne savaient lire ni les princes signer leurs noms.

Ces conflits mémorables forment, sans contredit , une des pages les plus instructives de l'histoire. Mais les hommes en savent-ils profiter?

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